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"Regards sur la philosophie sociale de Martin Luther, précurseur de la laïcité ‘à la française’ et au service de l’éducation" par Jacques Hallard

mercredi 4 octobre 2017 par Hallard Jacques


ISIAS Résistance Pédagogie Laïcité

A l’occasion des 500 ans de la Réforme protestante, regards sur la philosophie sociale de Martin Luther, précurseur de la laïcité ‘à la française’ et au service de l’éducation. Ses successeurs pédagogues et auteurs, dont le pasteur alsacien Jean-Frédéric-Oberlin (1740-1826), et jusqu’à Ferdinand Buisson (1841-1932), Paul Ricœur (1913-2005) et Caroline Fourest avec son ouvrage ‘Génie de la laïcité’ paru en 2016

Jacques HALLARD, Ing. CNAM – Site ISIAS – 03/10/2017.

PLAN : Introduction Sommaire Auteur


Introduction

Le présent dossier à usage didactique comporte 3 parties (A à C) et un addenda :

A. Une sélection d’articles alternant avec des accès à des vidéos portant sur la personnalité exceptionnelle de Martin Luther (1483-1546) et sur ses œuvres, en particulier dans le domaine de la musique et de l’enseignement ; il est surtout connu comme théologien allemand, de renommée internationale, au départ simple religieux augustinien et ensuite réformateur au sein de la religion catholique ; il aura grandement contribué à l’éclosion de la Réforme protestante , également appelée « la Réforme ».

Le mois d’octobre 2017 est l’occasion de mettre en relief les 500 ans du déclenchement de cette résistance luthérienne aux pouvoirs établis et à leurs abus, et à la mise en place de la Réforme protestante par Martin Luther ; c’est en effet le 31 octobre 1517 que ce moine afficha ses 95 thèses écrites contre le commerce des indulgences, sur la porte de l’église du château de Wittemberg ou ‘Lutherstadt’, une ville de Saxe-Anhalt en Allemagne, située au bord de l’Elbe » ; cette publication fut à l’origine du protestantisme.

Les idées exprimées par Martin Luther allaient avoir une influence culturelle primordiale en Europe sur les modes de pensée (Voir aussi Modes de penser) à cette époque, amenant un grand changement dans le cours de la civilisation occidentale, et plus tard en Amérique du Nord et même sur le continent africain à travers l’action de missionnaires protestants.

Des attitudes de Luther sévèrement jugées

Mais le personnage de Martin Luther a parfois été aussi contesté, notamment pour son attitude vis-à-vis des juifs et de leurs mensonges, et des paysans en colère.

Ses prises de position à l’égard des juifs en son temps, eurent en effet une influence négative au cours du 20ème siècle par l‘appropriation qu’en firent les tenants de l’idéologie politique du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (en allemand : ‘Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei’, désigné sous le sigle NSDAP), ou nazisme, un parti politique d’extrême droite fondé en Allemagne en 1920 et dirigé par Adolf Hitler ; cet emprunt à Martin Luther contribua à ternir son image, qui fut un moment et pour cette raison, très controversée. Voir aussi Églises luthériennes d’Allemagne face au nazisme — Wikipédia .

Des musiques initiées et encouragées par Martin Luther

Reproduction d’un tableau ; Martin Luther im Kreise der Familie, von G.A. Spangenberg (1866), « Martin Luther en famille » par G.A. Spangenberg (1866).

Mais, par bonheur, l’influence de Martin Luther fut également grande dans le domaine de la musique grâce à l’intérêt qu’il y portait et sur laquelle nous donnons quelques précisions ici. Martin Luther est à l’origine de chants religieux ou cantates : les cantates sont « des compositions vocales et instrumentales comportant plusieurs morceaux enchaînés, portant généralement sur un thème qui peut être profane ou sacré », exprimés en langue vulgaire ou vernaculaire parlée communément au sein d’une communauté, et non plus en latin. Ces cantates sont destinées à être chantées par les fidèles rassemblés en ce temps pour de longs offices hebdomadaires, en matinée et l’après-midi du dimanche, pour les cultes publics qui se pratiquent dans les temples luthériens, et protestants d’une manière plus générale. La cantate est a rapprocher des deux types de compositions musicales suivantes :

a) le cantique « qui est un chant donné à la louange d’un sentiment religieux. Son nom provient du latin canticum qui signifie chant ecclésiastique, à savoir chant biblique. Le terme recouvre donc tous les chants dans la bible, à l’exception des psaumes qui y forment un livre à eux seuls2. Aussi le cantique se distingue-t-il notamment de l’hymne ayant la même fonction, mais qui est un texte non biblique, et composé plus récemment »,

b) le genre musical du choral « qui est un genre musical liturgique, créé au XVIe siècle dans le cadre de la réforme protestante luthérienne, pour être chanté en chœur par les fidèles pendant le culte. La particularité est que les paroles sont uniquement en langue vernaculaire. Il se veut simple afin d’être chanté et retenu par les fidèles ».

On peut se reporter sur ce sujet à la conférence de Katharina Schächl (sur la théologie et la musique : « Luther et la musique », IPTParisMontpellier – Vidéo 1:27:54 ajoutée le 12 oct. 2016. Séance du cours public de la Faculté de Montpellier du 5 octobre 2016. « J’ai créé cette vidéo à l’aide de l’application de montage de vidéos YouTube (http://www.youtube.com/editor) ». Source : https://www.youtube.com/watch?v=NEDqOQeC0Vk

On peut également consulter à ce sujet « La musique au temps de la Réforme protestante  » - Document ARTE (Tous droits de reproduction et de diffusion réservés © 2017 ARTE G.E.I.E ARTE G.E.I.E. 4, quai du chanoine Winterer CS 20035 F- 67080 Strasbourg Cedex) - « Quoi de mieux que la musique pour propager des idées ? Luther l’avait compris et a fait composer de nombreux morceaux et chants choraux pour faire connaître le nouveau culte au plus grand nombre. Cette place centrale donnée à la musique a contribué à son foisonnement dans l’Allemagne de l’époque. Nombreux sont ses illustres héritiers. Citons en particulier un certain Jean-Sébastien Bach. La ’Deutsche Messe’ est le premier concert d’une série consacrée à la commémoration des 500 ans de la Réforme. Il sera rejoué dans plusieurs villes allemandes, et suivi en juin 2017 des projets ’Mitten im Leben 1517’ et ’Errette mich von den Einhörnern : Luther im Original’. C’est à écouter sur ce site : http://info.arte.tv/fr/la-musique-au-temps-de-la-reforme-protestante

Ce répertoire musical, initié par Martin Luther, exerça une influence ultérieure majeure sur le développement de la musique allemande, que notamment des membres éminents de la famille Bach mirent en relief : l’un d’eux, Jean-Sébastien Bach, est considéré de nos jours comme l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, si ce n’est comme le plus grand… Voir aussi « Johann Sebastian Bach, compositeur et organiste allemand (Eisenach 1685 - Leipzig 1750) ».

Voir encore sur J.S. Bach, par exemple « Johann Sebastian Bach, une destinée  » de Gilles Cantagrel (Décembre 1999 - Copyright Clio 2017 - Tous droits réservés) et « Passion Baroque » de Gilles Cantagrel : « Exprimer, provoquer ou relayer l’émotion, les passions, est le propos essentiel de la musique à l’âge baroque, qui se forge en ce temps un nouveau langage. Les instruments permettent de développer une virtuosité étourdissante, qui animera sonates et concertos ; la réflexion théorique engendre de vives disputes esthétiques : les genres qui naissent alors, entre autres l’opéra, véhicule privilégié des affects individuels, s’inscrivent dans cette optique. La préoccupation métaphysique et la sensibilité religieuse, non exemptes de larmes, s’incarnent également dans l’oratorio et au plus haut point dans ces opéras spirituels que sont les Passions, de Bach entre autres. Ce sont ces courants, ces grands sujets de préoccupation des compositeurs en un temps où la musique occupe la première place, que retrace dans ce livre Gilles Cantagrel en un large et foisonnant panorama ».

Gilles Cantagrel (un musicologue, écrivain, conférencier et pédagogue français né le 20 novembre 1937 à Paris). est l’auteur de nombreux ouvrages, et en particulier : Bach en son temps ; Le Moulin et la Rivière, Air et variations sur Bach ; Dieterich Buxtehude ; De Schütz à Bach ; Les Cantates de J.-S. Bach ; Passions, messes et motets de J.-S. Bach. Source : http://www.fayard.fr/passion-baroque-9782213685908. On peut également se référer tout simplement à « Musique baroque » - Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans.

Musique et spiritualité au secours de populations européennes massacrées

Ce renouveau religieux et musical marqua positivement cette époque et contribua, dans une certaine mesure, à consoler les esprits meurtris, à apaiser les humeurs guerrières et à réparer les désastres infligés aux populations européennes pendant la guerre de Trente Ans. (Voir aussi « 1618 à 1648 : La guerre de Trente Ans). Cette série de conflits armés dramatiques ravagèrent l’Europe, faisant chez les belligérants en présence « entre 1 à 2 millions de morts d’un côté et entre 3 à 5 millions de victimes de l’autre côté ». Des territoires européens furent amputés lourdement sur le plan démographique : par exemple en Poméranie, la population diminua de 65 %, la Silésie perdit le quart de sa population pendant cette période. Les historiens « s’accorderaient plutôt aujourd’hui sur le chiffre de 3 ou 4 millions de morts en trente ans, pour une population initiale impactée de 17 millions d’habitants ».

Martin Luther, la Bible en allemand et la langue allemande mise en forme

Une œuvre magistrale de Matin Luther fut son énorme travail de traduction de la Bible en allemand, (voir « Martin Luther, traducteur de la Bible  »), à partir des textes originaux, en latin et en grec ancien, qui contribua de façon magitrale à la fixation de la langue allemande, jusque-là marquée par des dialectes divers et variés, selon les territoires. Voir « Histoire de la langue allemande  ».

https://upload.wikimedia.org/wikipe... Bible en allemand de Luther.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bible_de_Luther

L’attitude de résistance de Martin Luther face à des pouvoirs excessifs

En laissant de côté les fondements théologiques de l’œuvre de Martin Luther, qui sont matière des spécialistes des religions, un certain nombre d’auteurs accordent à Martin Luther une place importante quant à sa philosophie sociale, (« une approche qui prend pour point de départ les ‘rapports sociaux’ ou les ‘formes sociales de vie’, et non des abstractions telles que l’individu, l’État ou l’Esprit »). en particulier son attitude de résistance, caractérisée ici comme en psychologie sociale, « par l’aptitude qu’ont les êtres humains à faire face à toute forme d’abus, à affronter toute situation qui leur paraît illégitime. Elle désigne la possibilité que chacun a, de ne pas se soumettre ».

Martin Luther manifesta une vive résistance vis-à-vis de l’autorité dominante de la Papauté (en la personne du papeLéon X), d’une part, et de l’empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne, Charles de Habsbourg dit Charles Quint (1500-1558), « le monarque chrétien le plus puissant de la première moitié du XVIe siècle », d’autre part ».

L’appel de Martin Luther à la liberté de pensée et à la liberté de conscience individuelle marqua les esprits de son temps et anime encore nombre de courants et mouvements, religieux ou non : dans les organisations religieuses bien sûr, mais aussi chez des militants, des d’intellectuels, ainsi que dans des formations sociales, syndicales et politiques.

B. Un choix d’articles traitant de la philosophie sociale de Luther, avec des articles sur sa conception de l’éducation et de l’enseignement et son approche pédagogique qui a été reprise par la suite par d’autres émules. Plusieurs personnages, influencés par les contributions pédagogues de Martin Luther, ont alors œuvré dans son sillage au cours des siècles suivants.

Par exemple Jacques Sturm, (1489-1553), protestant strasbourgeois et homme politique réformateur, fut l’un des hommes politiques les plus marquants de son époque : il représenta Strasbourg comme diplomate expert auprès de l’empereur Charles Quint et présida au destin de la ville pendant une période particulièrement difficile, avec des affrontements entre catholiques et protestants, entre factions et ligues. Il invita à le rejoindre et introduisit à Strasbourg son homonyme Jean Sturm (1507-1589), un érudit, pédagogue et protestant d’origine allemande, qui est considéré comme le fondateur du Gymnase Jean-Sturm en 1538, promu au rang d’Académie en 1566, et qui devint par la suite le siège de l’Université de Strasbourg

Parmi les personnages qui auraient été grandement influencés par Martin Luther, les historiens citent notamment : Philippe Melanchthon (1497-1560), Martin Bucer (1491-1551), Pierre Bayle (1647-1706), Blaise Pascal (1623-1662) et Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).

Par ailleurs, Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826), un pasteur alsacien de Strasbourg, fut largement inspiré par Martin Luther : il a tenu une place importante dans le domaine éducatif et il a laissé dans les mémoires un rôle d’apôtre du progrès social, dans des vallées vosgiennes retirées. Reconnu pour sa grande tolérance religieuse, Jean-Frédéric Oberlin est bien connu pour ses pratiques pédagogiques actives et très innovantes pour son époque, bien adaptées aux enfants de ce milieu rural, dédiées aux filles comme aux garçons ; on lui doit aussi la création et l’organisation des écoles maternelles.

On a aussi retenu de Jean-Frédéric Oberlin des initiatives et un suivi administratif dans des actions locales de la vallée de la Bruche en Alsace région ‘Grand Est’, en particulier dans l’aménagement des territoires, en facilitant et en sécurisant la circulation dans les vallées vosgiennes, en préconisant la mise en valeur réfléchie des terres cultivables, et en propageant une vulgarisation de techniques de tissage et de pratiques agricoles bien adaptées dans un milieu naturel isolé et d’accès difficile à l’époque.

C’est aussi à Martin Luther que se réfèreront encore plus tard des personnages comme Ferdinand Buisson (1841-1932) et Paul Ricœur (1913 et 2005) qui sont repris dans l’addenda à la fin de ce dossier.

C. Une série de documents sélectionnés à la suite reprennent la notion de laïcité, typiquement française – souvent mal comprise et/ou non reconnue quant à sa formulation dans bon nombre d’états de la Planète -, laïcité dont certains auteurs voient en Martin Luther, le précurseur. Précurseur également d’une certaine forme de gestion démocratique, grâce notamment à l’accès aux écoles et à l’enseignement prodigué aux enfants dans les populations.

On peut écouter « Comprendre la laïcité en France  » avec la Vidéo 3:22 diffusée en partenariat avec Le Monde.fr’  : « On entend tout et son contraire sur la laïcité. Pourtant, la loi de 1905 et les autres textes de loi qui s’y rapportent sont clairs et permettent de définir ce qui est autorisé et ce qui est interdit, selon les lieux et les statuts des personnes. Liberté de conscience, séparation stricte de l’Eglise et de l’Etat, égalité de tous devant la loi… Le blog ‘Dessine-moi la société’ vous explique tout en trois minutes ». Source : http://mobile.lemonde.fr/religions/video/2017/03/16/comprendre-la-laicite-en-france-en-trois-minutes_5095583_1653130.html?xtref=https://www.google.fr/

Martin Luther est même considéré selon certains commentateurs, comme l’inspirateur directe de la laïcité « à la française », une notion sociale et politique, qui repose sur trois principes et valeurs essentielles : « la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions ». Voir Les valeurs, principes et symboles de la République française. Cette notion de laïcité est encore bien expliquée dans une vidéo produite par le Sénat : « Les clés de la République et la laïcité ». Accès sur ce site : http://ww2.ac-poitiers.fr/ia79-pedagogie/spip.php?rubrique191

Pourtant la laïcité est périodiquement l’objet de controverses, même en France, par exemple avec l’épisode de la Loi Debré de 1973 – ainsi qu’avec les manifestations étudiantes qui s’ensuivirent, témoignant de l’âpreté du sujet dans la population française.

L’ensemble du présent dossier comprend 33 documents écrits (plus des vidéos intercalées) qui ont été choisis en tenant compte de la pluralité des opinions et de la sensibilité des auteurs, ce qui amène parfois une certaine redondance avec les rappels historiques. Ces documents et vidéos sont répartis dans les 3 rubriques (A,B,C) passées en revue ci-dessus et sont présentés dans le Sommaire qui suit. Ces documents se poursuivent avec des articles d’actualités sur les 500 ans de la Réforme protestante et avec quelques citations de Martin Luther.

In fine, ce dossier se termine avec un addenda dans lequel se trouvent :

1. Une introduction d’un article de Wikipédia concernant le protestant Ferdinand Buisson (1841-1932), « philosophe, éducateur et homme politique qui joua un grand rôle dans la loi concernant la séparation des Églises et de l’État1, « une loi adoptée le 9 décembre 1905 à l’initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand, qui prend parti en faveur d’une laïcité sans excès ». Ferdinand Buisson fut aussi très actif dans la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, plus communément appelée Ligue des droits de l’homme ou LDH, d’une part, et dans la Ligue de l’Enseignement, d’autre part ; cette dernière, fondée en 1866 par Jean Macé (1815-1994), est « une confédération d’associations françaises qui revendique 25.000 associations1 locales ».

« Son organisation s’appuie sur 103 fédérations départementales, elles-mêmes regroupées au sein d’unions régionales. Les associations locales, les fédérations départementales et le centre confédéral comptent plusieurs milliers de salariés et des centaines de milliers de bénévoles, et œuvrent dans les domaines de l’éducation populaire ou de l’enseignement, des pratiques artistiques et culturelles, des activités sportives, des vacances et des loisirs, de la formation professionnelle ou de l’action sociale » ».

« Elle est l’organisation associative qui perçoit la plus importante subvention annuelle du ministère de l’éducation nationale avec 23 millions d’euros en 20132 devant l’Union nationale des sports scolaires (U.N.S.S. - 17 millions) qui fédère les associations scolaires en collèges et lycées ou les Pupilles de l’enseignement public (P.E.P. - 6 millions)2… »

2. Quelques informations sur le philosophe de confession protestante Paul Ricœur (1913-2005) « qui développa la phénoménologie et l’herméneutique, en dialogue constant avec les sciences humaines et sociales. Il s’intéresse aussi à l’existentialisme chrétien et à la théologie protestante… » - Avec un blog de Christophe Courtin (Consultant international sur les questions de : société civile, justice, droits de l’homme), qui aborde un sujet à l’ordre du jour : « Emmanuel Ricœur et Paul Macron  » (sic) !

3. Finalement, figure un aperçu des travaux et communications de la journaliste, essayiste et réalisatrice Catherine Fourest, avec des vidéos et en rapport avec la sortie en 2016 de son ouvrage intitulé « Génie de la laïcité »

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Sommaire

A. Documents sur Martin Luther et la Réforme protestante

1. Pourquoi Merkel et Obama fêtent la Réforme : cartographie du protestantisme25.05.2017 Par Camille Renard

#Vidéo2010Vidéo 2:36 « Luther et la Réforme »

2. 500 ans de luthéranisme (5° partie) : la philosophie sociale de Luther Publié le 25 mai 2013 à 04:00 par Jean-Pierre Rissoan 

Vidéo 2 ;22 « Il y a 500 ans, la réforme »

3. (Re) découvrir Martin Luther (1483-1546), sa vie, son oeuvre avec le Musée virtuel du protestantisme

Vidéo 1:28 1520, « Luther est excommunié par le Pape »

4. Martin Luther (1483-1546) L’initiateur de laRéforme – Avec ‘Herodote.net’ 2017

Vidéo 2 ;57 « La Réforme en 3 minutes »

5. Martin Luther avec Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans

Vidéo 15 ;12 – « 2017, La fin du protestantisme ? » Etude prophétique sur l’actualité

B. Documents sur l’enseignement et l’éducation autour de Luther

6. Luther par Théodore Gerold, Institut Français de l’Education L’édition électronique

7. L’éducation protestante au XVIesiècle - Document ‘Musée du Protestantisme’

8. L’éducation dans le monde protestant de la Réforme à la Révolution

9. Dans le sillage de Martin Luther, le psteur Jean-Frédéric Oberlin

10. Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826) D’après le Musée virtuel du Protestantisme

11. Le musée Jean-Frédéric-Oberlin à Waldersbach en Alsace Réfion ‘Grand Est’

12. De Luther à la loi Debré : protestantisme, école et laïcité - Extrait : ‘Histoire de l’éducation’ Auteurs : Patrick Cabanel et André Encrevé (seulement le résumé)

13. Propos de Luther sur l’éducation L’encyclopédie de l’Agora ‘Pour un monde durable’ Par Gabriel Compayré 2012-04-01

C. Documents sur la laïcité à la suite de Luther

14. Définition de la laïcité selon ’Toupictionnaire’ : le dictionnaire de politique

15. Laïcité - Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés

16. Tout sbvoir (ou presque) sur la Laïcité avec Wikipédia

17. La Laïcité en France d’après Wikipédia

18. Qu’est-ce que la laïcité ? Par l’Observatoire de la laïcité’ /Gouvernement.fr’

19. « La laïcité, c’est la réconciliation entre ces deux aspirations qui animent l’humanité, le présent et l’infini » Publié par ‘La Croix, le 12/05/2013

20. Protestantisme, école et laïcité Par Patrick Cabanel et André Encrevé

21. « Luther, précurseur de la laïcité » - Protestantisme et laïcité par la Fédération prestante de France

22. Les racines oubliées de la laïcité Publié par Ichtus 02 10/07/2008

23. « Luther, précurseur de la laïcité » par Nicolas Weill 19.04.2017

24. Il était une foi Luther par Nicolas Weill Publié 19.04.2017

25. Luther, la laïcité et nous – Blog édité par Jacques-Simon Eggly 2016

26. Paradoxes de la réforme De la guerre à la laïcité par André Comte-Sponville, 27/02/2017

27. La Loi Debré de 1973 – Document de Wikipédia

28. La mobilisation lycéenne contre la loi Debré en 1973 – 21 mars 1973 Documents ‘Jalons version découverte’ Médiathèque Fiche média – Archives INA Réf. 01071

29. Acès à d’autres sources d’information sur les mouvements lycéens

30. Loi Debré, «  l’assassinat de l’école publique  » par Sylvie Ducatteau 18/09/2016

31. Les 500 ans de la ’ Réforme protestante ’ Blog : RESISTEZ ! par register 09/011/2017

32. Accès à des articles d’actualités sur Luther – Sélection du 19/09/2017 avec Google

33. Sélection de quelques citations de Martin Luther

ADDENDA

1.Le protestant Ferdinand Buisson (1841-1932) : introduction à l’article de Wikipédia

« Dictionnaire de pédagogie », de Ferdinand Buisson : le bréviaire des « hussards noirs » de la République Par Jacques de Saint Victor Mis à jour le 28/09/2017

2.Informations autour de Paul Ricœur, philosophe de confession protestante

3. Livre, vidéos et commentares :« Génie de la laïcité » par Caroline Fourest. 2016

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A. Documents sur Martin Luther et la Réforme protestante

1.
Pourquoi Merkel et Obama fêtent la Réforme : cartographie du protestantisme 25.05.2017 Par Camille Renard sur France Culture

Ce 25 mai 2017, Barack Obama et Angela Merkel fêtent ensemble à Berlin les 500 ans de la Réforme. Des Etats-Unis à L’Allemagne, le protestantisme regroupe 35% des Chrétiens. Cartographie des multiples visages réformistes, et analyse de leurs dynamiques.

Photo - Barack Obama, Angela Merkel et l’archevèque protestant de Saxe à Dresde, juin 2009• Crédits : Mandel Ngan - AFP

Ce 25 mai à Berlin, Barack Obama et Angela Merkel fêtent ensemble les 500 ans de la Réforme. A l’occasion du Kirchentag (’jour de l’Eglise’), qui réunit les Protestants tous les deux ans en Allemagne, ils échangent au sujet de la démocratie dans le monde. Quelques jours plus tard, l’archevêque anglican du Cap, Thabo Makgoba, rejoindra les célébrations. Des Etats-Unis à l’Allemagne, de la Corée à l’Afrique du Sud, les différents courants du protestantisme regroupent aujourd’hui près de 900 millions de personnes, et plus d’un tiers des Chrétiens. Témoignant de cette actuelle ’mondialisation spectaculaire’ des protestantismes selon le sociologue des religions Jean-Paul Willaime, voici les cartes de leur répartition, et une analyse des dynamiques de cette religion vivace née il y a un demi millénaire.

A la conquête des Amériques... et du monde

Les Protestants dans le monde

Illustration - Les Protestants dans le monde • Crédits : Camille Renard - Radio France

Un demi millénaire après sa naissance en Allemagne, le protestantisme a aujourd’hui quitté son foyer initial européen : à l’horizon 2050, on devrait y trouver moins de 10% des Protestants. L’exportation de la culture protestante se développe déjà au XVIIe siècle avec l’arrivée des Européens du Nord aux Etats-Unis. Elle se renforce au XIXe avec les missionnaires en Afrique, Océanie et Asie. En ce XXIe siècle, le protestantisme n’a jamais été aussi mondialisé : on le rencontre aussi bien en Asie (plus du quart de la population en Corée du Sud), qu’en Amérique latine et en Afrique : 41% des Protestants vivent actuellement en Afrique. Ils devraient être 53% en 2050.

NB : cette carte représente le taux de Protestant rapporté à la population de chaque région du monde (Amérique du Nord, Asie du Sud-Est...), à partir de la base la plus récente, celle du ’World Christian Database’, pour 2015. Mais pour ce qui est des seuls Etats-Unis, le ’Pew research center’, organisme de recherche et de sondage américain, a identifié comme protestante 46% de la population.

A ECOUTER ’Quand les protestants écrivent leur histoire’, La Fabrique de l’Histoire (février 2016)

Les cinq pays où l’on trouve le plus de Protestants, en effectifs absolus, sont les Etats-Unis, le Nigeria, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud. Si on observe un protestantisme anglophone, le protestantisme francophone, puissant notamment en Afrique subsaharienne, n’est pas négligeable. Sur 214 millions de francophones, 16 % sont Protestants, confirme Jean-Paul Willaime, sociologue des religions à l’Ecole pratique des hautes études, spécialiste des protestantismes.

Carte du monde - Répartition des Protestants • Crédits : Camille Renard - Radio France

Les principales zones d’expansion sont l’Amérique latine, avec des pays comme le Brésil ou le Mexique, de tradition catholique. Un quart de la population brésilienne est actuellement évangéliste pentecôtiste. On constate cette courbe ascendante depuis les années 1970. Le protestantisme, dans sa diversité confessionnelle, s’exporte également en Asie : plusieurs milliers de centres protestants plus ou moins reconnus ou clandestins en Chine, qui accompagnent le mouvement des droits civiques. Pour Jean-Paul Willaime, les raisons de cette expansion des protestantismes sont à comprendre à l’aune de son adaptabilité à notre modernité :

’Nous sommes tous prêtres’, disait Luther. Dans le protestantisme, originellement anticlérical, les institutions ecclésiastiques ne sont pas sacrées. L’essentiel est l’engagement individuel et la référence à la Bible, dans une souplesse d’interprétation ouverte aux multiples lectures personnelles et locales. Cette relation directe profite d’internet et de ses structures horizontales et réticulaires. La multiplicité des sites internet évangéliques renforce par exemple cette Eglise hors les murs qui s’adresse directement aux individus, et dans une dimension concrète : il s’agit de changer sa vie personnelle, dans une expérience qui se veut authentique.

La Réforme, moteur de réformes

Autre facteur de cette expansion : l’ouverture d’une offre religieuse plurielle. Eglises réformées (80 millions de personnes), luthériennes (76 millions de personnes), évangéliques pentecôtistes (630 millions de personnes), anglicanes (85 millions de personnes), sont toutes des familles du Protestantisme. Jean-Paul Willaime le souligne dans une émission de la Fabrique de l’Histoire sur France Culture, en février 2016 :

Cette diversité est structurelle et originelle. Dès le XVIe siècle, il y a une Réforme luthérienne, une Réforme anglicane, une Réforme réformiste... Un moteur de réforme est inscrit dans la Réforme ! Ce serait comme un logiciel de transformation qui aurait plusieurs applications.

Photo - Baptême de pèlerins brésiliens dans le Jourdain en Israël, 2016 • Crédits : Menahem Kahana - AFP

Le dénominateur commun entre ces courants : la ’sola scriptura’, l’accès à ’l’écriture seule’, sans intermédiaire, dans une relation immédiate à la Bible. Parmi ces familles, les Eglises évangéliques sont en expansion significative, en Amérique latine et en Asie notamment. Ce christianisme de conversion stipule qu’on ne naît pas Protestant, mais qu’on le devient, à partir d’une démarche personnelle. Le baptême des adultes et l’importance de le rendre visible, d’en témoigner ensuite, le caractérisent. Cette foi ostentatoire est prosélyte : chaque chrétien converti se fait évangélisateur. La ’window 10-40’ consiste en cette zone géographique entre les 10e et 40 degrés au nord de l’équateur, globalement musulmane ou de tradition asiatique hindouiste, peu christianisée, où se focalisent les missionnaires évangéliques. Quelques conversions ont par exemple eu lieu dans la Kabylie algérienne. On compte par ailleurs en France une trentaine d’Eglises chinoises à tonalité évangélique.

A ECOUTER ’Du pouvoir des mots (3/4) - Parler aux âmes’, CulturesMonde (janvier 2016)

A l’autre bout du spectre, le protestantisme luthérien et calviniste (réformé), moins spectaculaire, connaît quelques frémissements, en Allemagne ou en France. Mouvement inversé de la ’sortie de l’Eglise’ qui touchait l’Europe sécularisée, ce relatif regain d’activisme est perceptible depuis quelques années. Incarnation de cette Eglise libérale, ce christianisme social ouvert sur la société et l’action caritative, Barack Obama rejoint la luthérienne Angela Merkel en ce mois de mai pour évoquer à Berlin la responsabilité de la mise en place des démocraties, dans leur pays et dans le monde. Une continuité de la valeur protestante d’engagement dans la vie publique.

Source : https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/pourquoi-merkel-et-obama-fetent-la-reforme-cartographie-du-protestantisme

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Luther et la Réforme

Vidéo 2:36 imineo.com ajoutée le 6 oct. 2010

Luther et la Réforme sur http://www.imineo.com/documentaires/r... En 13 épisodes, cette série de télévision raconte l’histoire du Christianisme. Les sujets abordés sont divers et complémentaires : les origines de cette religion, ses évolutions dues aux contextes politiques, sociaux et culturels, son émergence, ses symboles, ses traditions, ses zones d’ombres... Episode 7 ’Luther et la Réforme’ : Luther, moine insoumis, attaque et critique les dérives du catholicisme. Il rédige ses thèses et propose une Réforme pour ’réaligner’ la vie religieuse. Episode 8 ’La Contre Réforme’ : Le combat pour la liberté religieuse en Hollande est devenu un modèle pour tous les mouvements de liberté. Un conflit violent s’engage entre les catholiques et les protestants. Source : https://www.imineo.com/documentaires/societe/religions/2000-ans-christianisme-volume-4-video-2204.htm

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2.
500 ans de luthéranisme (5° partie) : la philosophie sociale de Luther Publié le 25 mai 2013 à 04:00 par Jean-Pierre Rissoan [ mis à jour : 13 déc. 2016 à 09:48 ] – Luther est un réformateur religieux, mais aussi l’homme de l’indépendance nationale allemande face à la tutelle papiste qu’il saura soulever et faire basculer. C’est déjà beaucoup. De braves hommes ont cru qu’il était aussi un réformateur social. On qualifiait d’ailleurs à l’époque (années 1520’) les paysans en révolution de « luthériens ». Mal leur en a pris. Luther prendra vite le parti des Princes. Ceux-ci sauront rapidement l’en remercier. L’appui des princes à Luther vient de ce point de doctrine qui prône la fin de la propriété foncière et immobilière pour l’Église romaine. Les biens d’Église peuvent et doivent revenir aux Princes (ou au Magistrat dans les villes). Cela ne tombe pas dans l’oreille de sourds car il y a un immense gâteau à récupérer. En Angleterre, on parle ’d’âge du pillage’. En Prusse historique, Frédéric II dit Le Grand, compétent en la matière, dit carrément : « Si l’on veut réduire les causes du progrès de la Réforme à des principes simples, on verra qu’en Allemagne, ce fut l’ouvrage de l’intérêt  »[1]. Dans le Pays de Montbéliard, nombreux sont les entrepreneurs qui sont de religion luthérienne. Si leur esprit d’entreprise s’accorde toutes les libertés dans le domaine de l’innovation technique, les rapports sociaux sont frappés au coin de l’ordre social et moral.NB. Les mots soulignés le sont par moi sauf indication contraire. HOMME D’ORDRE ET D’AUTORITÉFils aîné d’un mineur ancien paysan qui, à force de travail, parvint à la relative aisance du petit entrepreneur[2], Luther appartient au monde des patrons et de la bourgeoisie. Ami des princes, il relevait idéologiquement des classes dominantes. Déterminant à cet égard est son Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande (et à l’empereur, ce que l’on oublie souvent, JPR). Ce n’est pas un appel à la bourgeoisie intellectuelle et libérale, encore moins un appel aux paysans ! Cela montre bien sa soumission aux autorités allemandes. Quant à l’ordre social, ne dit-il pas « un maître de maison ne doit-il pas avoir le droit et le pouvoir de renvoyer un hôte ou un valet ? S’il lui fallait au préalable donner ses raisons et discuter juridiquement avec lui, il serait un pauvre homme de maître, prisonnier sur son propre bien ». Ailleurs, lors de ses fameux ’propos de table’[3], il dira de façon pittoresque « il ne faut pas que les enfants mangent sur la tête des parents »... Par conséquent, chez Luther, la société est nettement hiérarchisée et sans doute était-il d’accord avec Bernard de Clairvaux pour dire que c’est un ordre providentiel (ie : voulu par Dieu). Après avoir ouvert la voie à la liberté de conscience, il retrouve une démarche parfaitement hétéronomique : le prince gouverne, le peuple est un éternel mineur.Dans son traité (1523) De l’autorité civile et des limites de l’obéissance qui lui est due, Luther écrit que, dans ce monde, l’autorité voulue par Dieu est assurée par les autorités auxquelles le chrétien doit le respect le plus absolu. La légitimité de l’État est fondée par le péché originel, par la corruption dont il est cause sur cette terre. Contre les forces du mal, le Pouvoir doit être armé et il obéit à Dieu en faisant usage de ses armes. Certes, il y a des princes indignes - « depuis que le monde existe, le prince sage est un oiseau rare » — mais cette constatation justifie-t-elle le recours à la révolte ? Non, car tout pouvoir vient de Dieu dit l’apôtre Paul, (Rm XIII, 2). Sur ce point Luther se montre d’un plat traditionalisme. Le domaine des âmes, constate Luther, est interdit aux pouvoirs civils mais dans tous les domaines touchant le temporel, il faut reconnaître la seule autorité du « glaive  », que Dieu a mis entre les mains du Pouvoir pour châtier le désordre et l’anarchie. « Notre Dieu », écrit-il « est un puissant monarque ; il lui faut de nobles et illustres bourreaux : les princes  ». Si ceux-ci sont des tyrans, cruels et sanguinaires, c’est la faute du peuple, qui est coupable : les hommes ont les princes qu’ils méritent. D’où l’extrême violence avec laquelle, après avoir tenté de s’entremettre, il a jugé l’insurrection paysanne. (Cf. infra).En revanche, il innove quant au primat du politique sur l’ecclésiologique. « Voici que l’on prétend poser comme principe chrétien que le pouvoir temporel ne s’exerce pas sur le clergé et n’a pas non plus le droit de le réprimander. (...). C’est pourquoi je dis que, puisque l’autorité temporelle a été instituée par Dieu pour châtier les méchants et protéger les bons, on doit laisser son action s’exercer librement et sans entraves à travers tout le corps de la Chrétienté, sans considération de personnes (...). C’est pourquoi il faut laisser le pouvoir temporel chrétien agir librement et sans entraves, et ne pas considérer s’il s’en prend au Pape, aux Évêques, aux prêtres ; que celui qui est coupable pâtisse : ce que le droit canon dit à l’encontre de ceci n’est que pure invention et arrogance romaines, car Saint Paul parle ainsi à tous les Chrétiens (Rom. 13, 1 ss) « Toute âme (je pense : aussi celle du Pape (Martin Luther [4]), doit être soumise à l’autorité, car celle-ci ne porte pas en vain l’épée, c’est par là qu’elle sert Dieu, pour la punition des méchants et la gloire des bons  ». Saint Pierre dit aussi « Soyez soumis à toutes les institutions des hommes pour l’amour de Dieu qui veut qu’il en soit ainsi. I, Pierre 2, 13 » [5]PROVIDENCE ET IMMOBILITÉ SOCIALEMichel Johner admet que Luther a fait de la parole de l’apôtre Paul une interprétation assez littérale et conçu l’ordre social comme un ensemble d’états relativement immuables [6]. Luther traduit la parole de St Paul (dans 1 Co. VII, 17) de la manière suivante : « Que chacun vive selon la condition dans laquelle il se trouvait quand Dieu l’a appelé (18) (…). Que chacun demeure dans la condition où il se trouvait quand il a été appelé (…) (21) Étais-tu esclave quand tu as été appelé ? Ne t’en soucie pas ; au contraire, alors même que tu pourrais te libérer, mets plutôt à profit ta condition d’esclave. (22) Car l’esclave qui a été appelé est un affranchi du Seigneur ». (Première épître aux Corinthiens, traduction de Luther).Luther a fait de cette parole une interprétation littérale et a conçu l’ordre social comme un ensemble d’états relativement immuables : chacun doit rester à la place où la Providence l’a mis. Dans ses Lettres aux princes de Saxe sur l’esprit séditieux, puis dans son libelle Contre les prophètes exaltés, il a soutenu que les insurgés devaient être contraints « par la loi et par le glaive, comme on tient les bêtes fauves par les chaînes et la cage ». II écrira contre les revendications des paysans : « Ni l’injustice ni la tyrannie ne justifient la révolte. Un serf chrétien possède la liberté chrétienne. L.’article qui proclame l’égalité des hommes tend à transformer le règne spirituel du Christ en un royaume terrestre et extérieur, or les royaumes de ce monde ne subsistent que par l’inégalité des conditions  ».Pour Calvin, par contre, cette exhortation ne signifie pas qu’un fils de cordonnier ne puisse pas apprendre un autre métier, mais qu’il doit le faire uniquement s’il a de bonnes raisons (comme le bouvier Amos qui devint prophète ou le charpentier de Nazareth qui devint Messie)
- pour le puritain, rien n’empêche que l’on change de profession, pourvu que cela ne soit pas à la légère mais pour la gloire de Dieu (= dans le sens d’un avantage plus grand) - [7].La notion de Beruf chez Luther [8]. L’une des notions essentielles dans l’analyse par Weber du ’devoir professionnel’ et donc du lien qu’il y aura entre religion reformée et ’esprit du capitalisme’ est le terme allemand Beruf au sens de Luther, désigné en anglais par le terme calling (métier, vocation, profession[9]). Ainsi son sens apporté par la Réforme, avec Luther en précurseur, définit le dogme protestant : ’L’unique moyen de vivre d’une manière agréable à Dieu n’est pas de dépasser la morale de la vie séculière par l’ascèse monastique, mais exclusivement d’accomplir dans le monde les devoirs correspondant à la place que l’existence assigne à l’individu [Lebenstellung], devoirs qui deviennent ainsi sa vocation [Beruf]’. Et c’est cette double connotation, présente uniquement à cause de la Réforme, religieuse (vocation) et mondaine (profession) que nous décrit Weber. Pour autant le lien entre l’’esprit capitaliste et le luthérianisme s’arrête là car la vision traditionaliste du métier, notamment dans l’acceptation de la divine providence, dans ce courant était selon Weber un frein à la modernité. Comment Weber a-t-il analysé les thèses luthériennes ? Selon Weber, le point de vue de Luther est le socle de l’expression d’un dogme central de tous les courants protestants : il n’est qu’un moyen de vivre qui agrée à Dieu : non le dépassement de la moralité intramondaine [10] dans l’ascèse monastique, mais l’accomplissement exclusif des devoirs intramondains qui découlent pour chaque individu de la position qui est la sienne et qui constituent par là-même son ’Beruf’. L’idée de la sola fide [11] s’imposant de plus en plus clairement à Luther, ce dernier accorde une importance croissante à la notion de ’Beruf’. ’L’ardeur à exercer son métier est et doit être un effet de la nouvelle vie procurée par la foi’ écrit Weber qui poursuit son expression de la pensée du Grand Réformateur : ’le travail du métier temporel apparaît comme l’expression extérieure de l’amour du prochain (…) la division du travail contraint chaque individu à travailler pour d’autres’. Puis Luther aboutit définitivement à l’idée que ’l’accomplissement des devoirs intramondains est dans tous les cas le seul moyen de plaire à Dieu, qu’il est (voulu) et que lui seul est voulu par Dieu et que tout métier est par conséquent d’égale valeur devant Dieu’. Dans une note infrapaginale, Weber ajoute que pour les luthériens, ’ la hiérarchie des Stände (que l’on peut traduire par ’état’ c’est-à-dire condition, métier, profession, statut, JPR) était voulue par Dieu ’ mais ces mêmes luthériens ’ considéraient tous les métiers comme égaux en dignité’[12]. Je vais illustrer cette dilection de Luther pour l’immobilité sociale - et donc l’hostilité à toute révolution - en montrant son attitude lors de la Guerre des paysans, épisode déterminant de l’histoire de l’Allemagne. LA GUERRE DES PAYSANS, Génocide fondateurLa répression par les princes - bénie/bénis par le Grand Réformateur - a fait des dizaines de milliers de victimes. Mais l’ordre a été sauvé. Gravure - Sur le drapeau de la figure ci-dessus (Strasbourg, 1522), on peut lire ’Freiheit’ = liberté En 1523, paraît De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit. Luther exalte l’autorité temporelle, dont le fondement est divin, tout en récusant la contrainte en matière de foi. C’est la doctrine des « deux règnes » auxquels le chrétien est soumis, l’un temporel, l’autre spirituel.En 1524, des paysans se révoltent en Allemagne du Sud, revendiquant la réduction des impôts et du servage et la souveraineté des Écritures. Ils sont poussés à l’insurrection par Thomas Müntzer, un ancien moine partisan d’une réforme radicale. Face à cette guerre des paysans, Luther appelle à la paix dans son Exhortation à la paix à propos des douze articles de la paysannerie souabe, il dénonce les faux prophètes qui trompent le peuple et condamne la révolte qui ensanglante le centre et le sud de l’Allemagne. Luther s’exprime sur la guerre des paysans dans le libelle Contre les hordes criminelles et pillardes de paysans. Il la traite d’œuvre du diable, alors même qu’il avait été accusé de l’avoir allumée par ses idées. Les paysans révoltés sont battus, la répression est terrible, Müntzer est décapité.Exhortation a la paix, en réponse aux douze articles des paysans de la Souabe, et aussi contre l’esprit de meurtre et de brigandage des autres paysans ameutés ...Reproduction philatélique - Thomas Münster et la Guerre des paysans étaient célébrés en République démocratique allemande.Les paysans continuent la lutte. Le libelle de Luther Contre les hordes criminelles et pillardes de paysans est beaucoup plus violent. Au moment final de la guerre des paysans, c’est-à-dire de la défaite des gueux, Luther hurle avec les loups et sans doute sous le coup de ses colères légendaires, il crie « mieux vaut la mort de tous les paysans que celles des princes et des magistrats  ». Malheureux Luther qui ne réalise pas qu’après ce génocide, il ne pourra ni engloutir sa bière, ni dévorer ses saucisses[15]. Pire encore, il fait entrer le salut dans la problématique de la guerre des classes « que celui qui en a le pouvoir agisse. (...). Nous vivons en des temps si extraordinaires qu’un prince peut mériter le ciel en versant le sang, beaucoup plus aisément que d’autres en priant ». Guerre sainte.Son appel au massacre des paysans en révolution se transforme, en effet, en guerre sainte (pardon pour la répétition) : « Il faut les mettre en pièces, les étrangler, les égorger, en secret et publiquement, comme on abat des chiens enragés ! C’est pourquoi, mes chers seigneurs, égorgez-les, abattez-les, étranglez-les, libérez ici, sauvez là ! Si vous tombez dans la lutte, vous n’aurez jamais de mort plus sainte ! » ou encore « mieux vaut la mort de tous les paysans que celles des princes et des magistrats (…) que celui qui en a le pouvoir agisse. (...). Nous vivons en des temps si extraordinaires qu’un prince peut mériter le ciel en versant le sang, beaucoup plus aisément que d’autres en priant ».Lire aussi : 500 ans de Luthéranisme : 1ère partie, la Guerre des PaysansCONCLUSION (provisoire)Luther, initiateur de l’Allemagne moderne - rappelons le mot de Nietzsche : ’L’événement capital de notre histoire, c’est encore et toujours Luther- a-t-il laissé une théorie militaire ? Assurément non, mais ses actes et ses écrits autorisaient toute initiative dans le domaine du recours à la force. Luther a exposé toute une théorie consacrée au renforcement du rôle de l’État. Il y a dans ses textes un culte de l’épée qui autorise tous les excès[16]. W. Wette cite un pédagogue pacifiste de 1920 qui stigmatise « l’univers intellectuel centré sur un État fort et militariste » en utilisant le « terme très exact de ’foi en l’épée ’ »[17]. Au terme de sa carrière au service de l’ordre établi, Luther peut tirer un bilan : personne n’a mieux que lui justifié le recours à la force du prince. En Allemagne est-elbienne, l’État c’est … Luther. Et la critique la plus lourde qui peut lui être portée est assurément celle-ci : « La Réforme qui, avant 1525, était un mouvement populaire spontané qui se développait selon ses énergies propres devint, à la suite de la guerre des paysans, l’affaire des princes (...).  »[18].Quant au rôle de l’éducation, je rappelle ce que disait l’écrivain Gerhardt Hauptmann, bien placé pour le dire, « le personnage qui se tenait derrière le pédagogue, invisible et péremptoire, n’était pas Lessing, Herder, Gœthe ou Schiller, mais le sous-officier prussien »[19]. Luther a établie la distinction absolue entre l’Église invisible, véritable « corps mystique » formé de la communion des âmes des fidèles, où chaque chrétien jouit de la plus entière liberté et l’Église visible (avec sa hiérarchie de pasteurs, d’évêques, d’inspecteurs et summus episcopus : le prince) où chaque homme trouve sa vocation dans les obligations ponctuelles de son état (Beruf), dans la réalisation de la charge que Dieu lui a confiée - la dogme de la prédestination est ici posé - domaine temporel où le croyant reste entièrement soumis à l’autorité séculière. « Depuis les temps apostoliques, proclame hautement Luther pas un juriste n’a, avec autant de maîtrise et de clarté que, par la grâce de Dieu, je l’ai fait, assis sur ses fondements, instruit de ses droits, rendu pleinement confiante en soi, la conscience de l’ordre séculier ». Les souverains de Prusse intégreront avec zèle ces données. Hélas pour tous.L’ordre social est donc d’origine providentiel. En vouloir changer est donc impie et profanatoire. Cela aboutira à ce mot fameux d’ Ebert, social-démocrate, futur chef de l’ État : Le 7 novembre 1918, Max de Bade - chancelier en exercice - part pour le Grand Quartier Général afin d’obtenir l’abdication de Guillaume II. Il prend ses assurances : « lutterez-vous à mes côtés pour empêcher la révolution sociale ? » demande-t-il à Ebert, chef du parti social-démocrate allemand. « Je ne veux pas de la révolution, je la hais à l’égal du péché  » répond ce dernier.Ebert était luthérien.Llire également : 500 ans de luthéranisme (4° partie) : Martin LUTHER[1] Cité par Jacques PIRENNE, Les grands courants de l’histoire contemporaine, tome 2. [2] Michèle et Jean DUMA, Martin Luther dans son temps, L’Humanité, numéro du 9 novembre 1983. [3] Recueillis par de multiples témoins, traduits et mis en forme -avec d’autres textes du maître - par Jules Michelet lui-même. Ouvrage : ’Mémoires de Luther écrits par lui-même’, introduction de Claude Mettra, Mercure de France, 1974, 1990. Ouvrage imprimé en 2006.[4] C’est en effet Luther lui-même qui commente. Il est en cela très allemand : il n’a pas digéré la défaite de l’Empereur face au Pape dans la fameuse querelle des Investitures (Canossa, etc…) puis dans la lutte du Sacerdoce et de l’Empire. Pour Luther, le Pape doit être soumis à l’autorité de l’Empereur …allemand.[5] Martin LUTHER, Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande, pp.89-91. [6] M. JOHNER, La liberté et l’argent, paragraphe ‘providence et mobilité sociale’. disponible sur le net.[7] Michel JOHNER, faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence, La liberté et l’argent, Calvinisme et économie, [8] http://mip-ms.cnam.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1295877017816 [9] Il existe aussi la traduction ’appel’, to call signifiant ’appeler’. Le chrétien est appelé par Dieu à faire tel ou tel métier. Dès lors celui-ci est sa mission. [10] L’ascèse intramondaine du protestant se pratique au vu et au su du monde où l’on vit, à l’intérieur (intra) du monde dans lequel on vit. Les moines catholiques, pris pour exemple, pratiquent une ascèse retirée de ce monde, extra-mondaine. JPR. [11] Concept-clé créé par Luther : la foi (fide) seule (sola) assure le salut du pécheur (préoccupation exclusive de Luther), les œuvres (charité, etc…) sont inutiles de ce point de vue. [12] Extraits de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, § la conception luthérienne du métier (Beruf). Flammarion, coll. Champs, présentation par Isabelle Kalinowski. [13] Ce passage de l’Exode est la base théorique de la Théologie de la Libération d’aujourd’hui. [14] Il est facile de rétorquer ici à Luther ce passage de l’Évangile de Matthieu 10.34. Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. [15] Pourtant, Michel JOHNER (Cf. bibliographie) nous dit que Luther « dans la hiérarchie de la dignité des professions, met en tête le travail des champs ». Acceptons-en l’augure. Cela n’enlève rien à ses responsabilités dans le massacre des paysans pour terrasser leur soulèvement. [16] Pour l’anecdote, rappelons qu’au XIX° siècle, il était de bon ton chez les étudiants d’avoir au visage une cicatrice qui montrait à tous la trace d’un duel, authentique rite de passage à la germanité autant qu’à l’âge adulte [17] F.W. Foerster cité par W. Wette, Les crimes de la Wehrmacht ; page146. cf. aussi page 154.[18] Richard STAUFFER, La Réforme, pp 35-36, c’est moi qui souligne. [19] Dus Abenteuer meiner Jugend, p. 216. (cité par Gilbert Badia).


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Source : http://www.jprissoan-histoirepolitique.com/articles/10-religions-s-reforme/b-luther/philosophiesocialedeluther

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Il y a 500 ans, la réforme Vidéo 2 ;22 Le Temps ajoutée le 11 avr. 2017 - La critique radicale du catholicisme lancée en 1517 a donné naissance à de nombreuses Eglises, dites protestantes. Elle a aussi contribué à poser les fondations du monde moderne - ource : https://www.youtube.com/watch?v=5mMuGqm4MZc

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3.
(Re) découvrir Martin Luther (1483-1546), sa vie, son oeuvre avec le Musée virtuel du protestantisme

Martin Luther fonde sa théologie sur la Bible et non sur les dogmes. En se référant à l’épître de Paul aux Romains, il affirme que le salut provient de la grâce de Dieu et non des œuvres. Sa théologie est le fondement de la Réforme protestante. Elle est adoptée par les Églises luthériennes et aussi, dans ses principes, par les autres Églises protestantes.

Le moine augustin et l’universitaire

Portrait - Luther (1483-1546) - Eglise des Billettes (75) © O. d’Haussonville

Martin Luther est né le 10 novembre 1483 à Eisleben, petite ville située à l’ouest de Halle (Saxe-Anhalt), dans une famille de paysans. Son père, très attaché à la promotion sociale de sa famille, était mineur dans une mine de cuivre. Luther effectue ses études à Eisenach puis à l’université d’Erfurt où il commence ses études de droit. En 1505 il est pris dans un violent orage : terrorisé par la foudre qui s’abat à côté de lui, il fait le vœu de se faire moine, s’il en échappe. Quelques jours après, il entre au couvent des moines augustins à Erfurt contre la volonté de son père et à son insu . Il prononce ses vœux en 1506 et il est ordonné prêtre en 1507. Après un séjour à Wittenberg où il devient bachelier en théologie, il entre au couvent d’Erfurt en 1509.

En 1510, il est envoyé à Rome avec un frère à propos d’une querelle interne aux couvents augustins. Il est peut-être choqué par le manque de recueillement des prêtres et par le luxe de la vie des cardinaux. En tout cas, il commence à avoir des doutes sur l’efficacité des prières en faveur des âmes du purgatoire.

En 1512, il est sous-prieur à Wittenberg et prépare un doctorat en théologie qu’il obtient l’année suivante : il donne alors des cours de théologie à l’université sur les psaumes et les épîtres aux Romains, aux Galates et aux Hébreux.

En 1513, il devient professeur et en 1515, il est nommé vicaire des Augustins en Allemagne. Cette même année, dans son Cours sur l’épître aux Romains, Luther exprime sa thèse selon laquelle l’homme est à la fois juste et pécheur.

Luther quitte les Augustins en 1525, peu de temps avant son mariage.

L’affichage des 95 thèses contre les indulgences

Gravure - Luther affichant ses thèses à Wittenberg © S.H.P.F.

En 1515, le pape Léon X renouvelle l’indulgence plénière que son prédécesseur Jules II avait promulguée pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome. En 1516, le dominicain Tetzel est chargé d’une campagne de vente d’indulgences en Allemagne : rémissions des péchés et des peines temporelles sans repentir ni confession pour les vivants, limitation du séjour au purgatoire pour les morts, contre le versement d’une somme d’argent. Cette démarche est contestée, notamment par le prince électeur de Saxe, Frédéric le Sage, qui n’autorise pas la vente des indulgences sur son territoire. Luther va plus loin dans la réprobation avec les 95 thèses qu’il placarde lui-même le 31 octobre 1517 sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Outre une violente critique des indulgences, contre lesquelles d’autres s’étaient déjà élevés, Luther refuse la théologie des œuvres : le pécheur n’est pas pardonné en raison de ses œuvres. Tourmenté par la justice de Dieu qui punit le pécheur, Luther réalise que l’homme est justifié (rendu juste) par la foi qui est un don de Dieu. C’est la révélation que décrit Luther dans l’expérience de la Tour, dont ni la date (entre 1512 et 1519) ni le lieu ne sont connus.

La rupture avec Rome

Gravure - Diète d’Augsbourg © S.H.P.F.

Les thèses de Luther sont attaquées par Jean Eck, vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt. Le pape Léon X charge le général des Augustins de ramener Luther à la raison. Luther est sommé de comparaître à Rome mais Frédéric le Sage demande et obtient qu’il soit jugé en Allemagne. Le pape mandate le dominicain Cajetan pour entendre Luther à Augsbourg devant la diète. Après la séance, tenue en octobre 1518, Luther rédige un appel Du pape mal informé au pape mieux informé et quitte la ville en secret mais le pape répond par la bulle Cum postquam qui réfute les idées de Luther et demande à Frédéric le Sage de livrer Luther. Le prince électeur interdit à Luther de quitter l’Allemagne. La mort de l’empereur Maximilien en janvier 1519 donne plus d’autorité à sa décision, en effet la charge impériale étant élective, le petit-fils de Maximilien, Charles Ier d’Espagne, le futur empereur Charles Quint, avait besoin du soutien de l’électeur de Saxe pour l’emporter sur l’autre candidat, François Ier.

Mais la polémique reprend. Au cours d’une confrontation à Leipzig avec Jean Eck, Luther affirme que la Bible est la seule autorité. En réponse à son traité Sur la papauté de Rome, la bulle Exsurge Domine du 15 juin 1520 somme Luther de se rétracter. Celui-ci jette la bulle au feu.

La diète de Worms

Gravure - Luther devant la diète de Worms © S.H.P.F.

Alors que les idées de Luther commençaient à se répandre en Allemagne et hors d’Allemagne, la bulle Decet romanum pontificem du 3 janvier 1521 excommunie Luther et ses partisans. Malgré les demandes pressantes du nonce, Charles Quint refuse de livrer Luther à Rome mais le convoque en sa présence à la diète de Worms, muni d’un sauf-conduit. En avril 1521, devant la diète, Luther refuse de désavouer ses écrits : « Je ne puis ni ne veux rien rétracter car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience ». Charles Quint est furieux mais laisse Luther repartir. Pourtant, un mois plus tard, il le met au ban de l’empire. Frédéric le Sage, qui avait des sympathies pour Luther, le fait alors enlever pour le mettre à l’abri dans son château de la Wartburg, près d’Eisenach, où Luther passe près d’un an, de mai 1521 à mars 1522. C’est pour Luther une période d’intense activité avec de nombreux écrits sur la vie religieuse et la vie conjugale et surtout la traduction du Nouveau Testament en allemand.

Vers l’Église évangélique

Gravure - Luther (1483-1546) © Musée Calvin de Noyon

Luther s’inquiète des profondes transformations de la messe voulues par Carlstadt. Celui-ci était un réformateur radical qui avait lui aussi, un peu avant Luther, affiché des thèses et pris la tête du mouvement de Réforme pendant que Luther était retenu au château de la Wartburg. Malgré les consignes de prudence de Frédéric le Sage, Luther retourne à Wittenberg et se met à prêcher avec son habit de moine.

Ne voulant pas heurter les consciences, il introduit graduellement des changements dans la messe. Dans un premier temps il maintient le latin pendant l’office et garde les vêtements liturgiques puis il introduit l’allemand, notamment pour la prédication. Mais Luther tient à retirer à l’eucharistie son caractère de sacrifice. Les fidèles participent par le chant.

En 1523, dans De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit, Luther développe la théorie des deux règnes selon laquelle le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont complémentaires sans s’exclure : l’un s’adresse aux hommes pieux tandis que l’autre a pour rôle de mater les méchants. Cette distinction, qui écarte la théocratie, convient aux princes allemands attirés par la Réforme.

Le message de Luther trouve aussi un écho favorable dans les villes libres.

L’appel à la noblesse et la révolte des nobles allemands

L’appel de Luther A la noblesse de la nation allemande paru en 1520 et qui traitait des pouvoirs temporels et de l’Église avait suscité des espoirs chez certains nobles qui voulaient s’émanciper de l’empereur, des princes ou des villes libres. Ils pensent trouver un allié en Luther. En 1522 éclate une révolte de nobles allemands qui envahissent les terres de l’évêque de Trèves. Luther, ne voulant pas imposer la Réforme par la force, ne soutient pas la révolte.

La révolte des paysans

Reproduction - Timbre représentant Müntzer et la guerre des paysans © Collection privée

En 1524, des paysans se révoltent en Allemagne du Sud, revendiquant la réduction des impôts et du servage et la souveraineté des Écritures. Ils sont poussés à l’insurrection par Thomas Müntzer, un ancien moine partisan d’une réforme radicale. Face à cette guerre des paysans, Luther appelle à la paix dans son Exhortation à la paix à propos des douze articles de la paysannerie souabe, il dénonce les faux prophètes qui trompent le peuple et condamne la révolte qui ensanglante le centre et le sud de l’Allemagne. Il la traite d’œuvre du diable, alors même qu’il avait été accusé de l’avoir allumée par ses idées. Les paysans révoltés sont battus, la répression est terrible, Müntzer est décapité.

La première diète de Spire

En 1525, François 1er avait été vaincu et fait prisonnier à Pavie. Libéré en 1526, il constitue avec l’Angleterre, Florence, Venise, Milan et le pape Clément VII la Ligue de Cognac contre l’Espagne, ce qui affaiblit Charles Quint. Celui-ci doit alors faire des concessions dans l’empire : son frère Ferdinand, qui le représente à la diète de Spire en 1526, accepte la suspension provisoire de la mise au ban de l’empire pour Luther, tandis que les princes obtiennent la liberté religieuse dans leurs états.

Ainsi la nouvelle Église évangélique pouvait s’organiser.

L’organisation de l’Église

Reproduction - Luther 450e anniversaire du Catéchisme - Timbre © Collection privée

Sur les territoires des princes et des villes ayant adopté les idées luthériennes, il convenait de visiter les paroisses, qui ne dépendaient plus des évêques, pour veiller aux bonnes mœurs des pasteurs et à l’orthodoxie de leur doctrine et s’assurer de la contribution financière des fidèles. Dès 1524, Jean-Frédéric de Saxe, régent de Thuringe veut désigner des visiteurs. Luther refuse d’abord puis finit par accepter que le prince ou le magistrat municipal désigne une commission d’inspecteurs ecclésiastiques composée de théologiens et d’hommes de loi pour inspecter la vie des communautés de la nouvelle Église évangélique.

Les visites des paroisses révèlent le besoin de l’énoncé d’une doctrine pour préciser la foi. Luther rédige alors deux ouvrages pédagogiques : le Catéchisme allemand ou Grand Catéchisme puis le Petit Catéchisme à l’usage des pasteurs et des prédicateurs peu instruits.

C’est aussi l’époque d’une controverse entre Luther et Érasme qui avait pris position contre la Réforme dans son traité Du libre arbitre (1525).

La seconde diète de Spire

Après le sac de Rome de 1527 par ses troupes mutinées et devant les perspectives de paix avec la France, Charles Quint convoque en avril 1529 une seconde diète à Spire avec une majorité de catholiques. Il veut revenir à l’édit de Worms qui avait banni Luther. La minorité acquise à la Réforme « proteste » en affirmant qu’elle ne consentirait à aucun acte ou arrêt contraire à Dieu, à sa Sainte Parole, au salut des âmes et à la bonne conscience. De là vient le nom de « protestant ».

Le colloque de Marbourg

Dans l’empire, cinq princes et quatorze villes libres, dont Strasbourg, ont adopté la Réforme.

Vienne est assiégée par les Turcs de Soliman le Magnifique en 1529. Luther est, comme le prince électeur de Saxe, Jean le Constant, très attaché à l’empire. Il ne souhaitait pas une union politique protestante mais la recherche d’une unité doctrinale lui paraissait utile : c’est l’objet du colloque de Marbourg en octobre 1529 qui aboutit à une déclaration commune mais laisse subsister des avis divergents sur l’eucharistie. Luther reste attaché à l’idée de la présence réelle, et pas seulement symbolique, du Christ dans le pain et le vin de la communion. En cela il est opposé à d’autres réformateurs, dont Ulrich Zwingli.

La Confession d’Augsbourg

Reproduction - Timbre : lecture à Charles Quint de la Confession d’Augsbourg, 1530 © Collection privée

Durant l’été 1530, Charles Quint convoque une diète à Augsbourg pour tenter une conciliation entre catholiques et protestants au sein de l’empire. Luther se fait représenter par Melanchthon (1497-1560) qui soutient une confession de foi, inspirée des idées de Luther et connue sous le nom de Confession d’Augsbourg ; celle-ci affirme le caractère universel de la foi luthérienne. L’empereur n’accepte pas la Confession et demande aux protestants de revenir au catholicisme. Luther demande alors à Melanchthon de composer une apologie de la Confession d’Augsbourg. Charles Quint mécontent remet en vigueur l’édit de Worms contre Luther et somme les protestants de se soumettre avant le 15 avril 1531. Les électeurs de Hesse et de Saxe refusent et constituent la Ligue de Smarkalde. L’empereur accepte la trêve de Nuremberg en juillet 1532.

L’unité doctrinale de la Réforme dans l’empire est à nouveau évoquée en 1536 lors du colloque de Wittenberg auquel participent Luther, Melanchthon, Bucer et Capiton : la Concorde de Wittenberg admet que le corps et le sang du Christ sont réellement présents dans le le pain et le vin de la communion. Le courant réformé de Zwingli n’est pas représenté.

En 1537, Luther rédige des thèses doctrinales, dites Articles de Smalkalde, pour préparer la position de la Réforme dans la perspective d’un concile qui ne s’ouvrira à Trente que huit ans plus tard en 1545.

L’homme

Photo - Statue de Martin Luther à Eisleben © Collection privée

Le 13 juin 1525, Luther épouse Catherine Bora, une ancienne moniale, avec laquelle il aura six enfants.

Pendant les dernières années de sa vie il s’en prend violemment aux Turcs, aux papistes et aux juifs.

Au cours d’une vie mouvementée et pleines de périls, avec des périodes de confiance puis d’angoisse et même de dépression, Luther a pris progressivement conscience de sa mission. D’abord contestataire et condamné pour hérésie, il a ensuite pris le parti des princes dans la guerre des paysans et a fondé les principes d’organisation d’une Église renouvelée.

Universitaire brillant, théologien, prédicateur, écrivain, il est doué pour s’exprimer dans un langage simple, en latin ou en allemand. Il a laissé une œuvre écrite considérable avec plus de 600 titres, tous au service de son message religieux.

Musicien, il a composé une série de 36 cantiques en langue allemande pour être chantés par l’assemblée des fidèles, ce qui a contribué à développer la musique allemande. Le plus connu de ses hymnes est C’est un rempart que notre Dieu (Ein feste Burg ist unser Gott).

Il meurt le 18 février 1546 à Eisleben, sa ville natale, alors que la Réforme protestante était lancée avec un profond renouvellement de la spiritualité.

Notices associées

Au hasard des notices


1520, Luther est excommunié par le Pape - Vidéo 1:28https://www.youtube.com/watch?v=x1Y...Meromedia ajoutée le 6 août 2014 è http://www.meromedia.com est une boutique proposant des vidéos de catéchèse, des dessins animés sur la Bible, des portraits et des vidéos sur l’Histoire du protestantisme.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=x1YPBtHn7fE

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4.
Martin Luther (1483- 546) L’initiateur de la Réforme Avec ‘Herodote.net’ 2017

Le 31 octobre 1517, un moine affiche sur la porte de l’église de Wittenberg (Saxe) 95 thèses où il dénonce les scandales de l’Église de son temps. Sans s’en douter, Martin Luther jette ainsi les bases d’une nouvelle confession chrétienne, le protestantisme.

L’Europe religieuse https://www.herodote.net/articles/a... L’Europe religieuse (droits réservés : Alain Houot)

Aux alentours de 1500, la chrétienté occidentale est en pleine ébullition. Les conditions de vie s’améliorent, surtout dans les villes où les échanges commerciaux et l’artisanat favorisent l’émergence d’une bourgeoisie riche et relativement instruite.

L’invention de l’imprimerie met la lecture à la portée du plus grand nombre et l’on prend goût à lire dans le texte et commenter les écrits évangéliques sur lesquels se fonde l’enseignement de la religion chrétienne. Aussi le geste de Luther a-t-il immédiatement un profond retentissement en Allemagne...

L’enchaînement des passions va entraîner une scission religieuse sans précédent en Europe et la constitution d’Églises rivales de Rome, les Églises dites protestantes ou réformées.

Un moine inquiet

Martin Luther, né 34 ans plus tôt, s’est très tôt interrogé sur les moyens d’accéder à la vie éternelle. Ses réflexions l’ont conduit à dénoncer la hiérarchie catholique de son temps, dédaigneuse du message de l’Évangile.

Le premier des scandales que dénonce Luther dans ses 95 thèses est l’abus qui est fait des indulgences. Il s’agit des aumônes que le clergé récolte contre la promesse d’un allègement des peines qui attendent les pécheurs au Purgatoire, antichambre du Paradis.

Naissance d’une nouvelle religion - Illustration – Portrait de Martin Luther –

Les 95 thèses affichées à Wittenberg ont un profond retentissement en Allemagne. Mais le Saint-Siège et les princes allemands tardent à les condamner.

De son côté, Martin Luther ne tarde pas à entrer résolument en dissidence contre Rome qu’il présente comme la « rouge prostituée de Babylone ».

Il dénie à l’Église le pouvoir d’effacer les peines dans l’au-delà et formule une doctrine de la grâce divine en rupture avec la pratique catholique.

Considérant que les chrétiens n’ont pas besoin d’intermédiation pour aimer Dieu, il condamne la fonction cléricale et la vie monastique. Des pasteurs mariés suffisent pour guider le peuple dans la lecture des Saintes Écritures.

Les idées de Luther se répandent comme une traînée de poudre en Allemagne. Les prêtres se marient, les moines et les religieuses abandonnent leur couvent... Le prédicateur prend les choses en main et organise la nouvelle confession.

Tandis que l’Europe centrale se déchire entre catholiques et protestants, l’homme qui est cause de tout cela finit sa vie paisiblement en 1546 à Eisleben, sa ville natale.

La Fête de la Réformation

Le 31 octobre, anniversaire des 95 thèses de Luther, est commémoré par les protestants sous le nom de Fête de la Réformation.

Quant à la « Confession de foi d’Augsbourg », elle fédère encore 65 millions de fidèles des églises luthériennes, principalement en Allemagne, en Scandinavie et dans les régions américaines d’immigration allemande.

Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2015-06-04 08:28:20

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La Réforme en 3 minutes - Vidéo 2 ;57 Meromedia ajoutée le 14 juin 2017 - Une vidéo produite dans le cadre de Protestants 2017. Réalisation et montage : Emeline Ferron Production : Fondation Bersier - Source : https://www.youtube.com/watch?v=4NFxRTAFDdE

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5.
Martin Luther avec Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans

Des questions ? Pose-les au Savant

Illustration - Martin luther lorsqu’il était moine catholique. Portrait peint par Lucas Cranach l’Ancien

Martin Luther est un moine et théologien du XVIe siècle. Il a provoqué la réforme protestante qui va bouleverser l’Europe occidentale. Il naît en Allemagne, à Eisleben, en 1483, et meurt dans sa ville natale, en 1546, à 62 ans.

Sommaire

Son père, paysan d’origine, devient mineur dans une mine de cuivre de la région de Mansfeld et reçoit le statut de bourgeois, puis de magistrat.

Luther fait ses études primaires et secondaires à Mansfeld, à Magdebourg et à Eisenach. En 1501, il entre à l’université d’Erfurt, où il obtient un diplôme de bachelier en 1502 et une maîtrise de philosophie en 1505.

En 1505, Martin Luther devient moine à Erfurt en entrant dans l’ordre religieux des Augustins. En 1507, il est ordonné https://download.vikidia.org/vikidi... prêtre. En 1510, il fait un voyage à Rome où il est choqué par l’atmosphère mondaine de la cour du pape Léon X. Rentré en Allemagne, il devient docteur en théologie et rejoint l’université de Wittenberg où il est nommé professeur d’Écriture sainte.

Les Indulgences

Reproduction - La vente des Indulgences. Gravure de Hans Holbein le Jeune

Les grandes calamités qui ont secoué l’Europe aux XIVe et XVe siècles ont poussé les chrétiens à rechercher tous les moyens possibles pour le salut de leur âme. Le culte de la Vierge Marie et celui des saints a pris une grande importance. Beaucoup de chrétiens pensent alors que la Vierge et les saints, considérés comme très proches de Dieu, interviendront en leur faveur pour obtenir le salut éternel.

Mais également, la papauté a développé l’ancienne pratique des Indulgences. Les chrétiens croient que le pape peut réduire le temps de purgatoire en accordant des Indulgences (pardon des fautes) à des chrétiens méritants. Beaucoup de pèlerinages, même les expéditions des Croisades, donnaient lieu à des Indulgences pour ceux qui s’y rendaient.

Au début du XVIe siècle, les besoins financiers de la papauté sont considérables. Le pape, souverain de l’Italie centrale, mène la lutte contre les expéditions militaires des rois de France en Italie. De plus, les papes ont entrepris de faire reconstruire dans le goût de l’époque l’antique basilique Saint-Pierre, à Rome. Pour financer l’entreprise, le pape utilise la vente des indulgences. Désormais, l’achat des Indulgences peut remplacer l’engagement physique personnel, la prière et la pénitence pour obtenir le pardon de tous les péchés.

Les débuts de la Réforme

Reproduction - Luther brûle la bulle du pape. Peinture du XIXe siècle.

En 1517. Martin Luther s’oppose à l’autorité papale (du Pape). Il affiche sur les portes du château de Wittenberg, ses ’95 thèses’ où il dénonce la vente des Indulgences organisées par l’Église catholique. Il rejette l’autorité du pape en affirmant que la Bible est la seule source légitime d’autorité religieuse.

La papauté demande à Luther de se rétracter https://download.vikidia.org/vikidi.... Il refuse. Pour défendre ses idées, il publie Manifeste à la noblesse allemande, Captivité à Babylone et Petit traité de la liberté humaine. Il fonde une nouvelle conception du christianisme où le salut de l’âme (aller au paradis ou non) de chacun dépend uniquement de la grâce de Dieu. Seules la Foi https://download.vikidia.org/vikidi... et la lecture de la Bible peuvent sauver l’homme. Pour lui, les Œuvres (culte des saints, pèlerinage, indulgences qui sont des pratiques courantes du catholicisme de son époque) sont des tromperies qui égarent l’homme dans la recherche du salut. Luther ne conserve que deux sacrements (ceux pratiqués par Jésus lui-même, comme le baptême et l’Eucharistie), proclame que tout chrétien peut entrer en contact avec Dieu par l’intermédiaire de la lecture de la Bible, ce qui rend inutile l’existence d’une clergé différent du reste des fidèles.

En juin 1520, le pape menace de l’excommunier par la bulle https://download.vikidia.org/vikidi... Exsurge Domine. L’excommunication est promulguée en janvier 1521. Pour réponse, Luther brûle publiquement la bulle du pape le 3 janvier 1521. C’est la rupture définitive avec la papauté et le catholicisme.

Pour en savoir plusPour en savoir plus, lire l’article : Luthéranisme.

Les débuts difficiles de la nouvelle confession chrétienne

Reproduction - Luther en 1532. Portrait par Lucas Cranach l’Ancien.

Condamné par plusieurs facultés de théologie (la Sorbonne et Louvain en particulier), Luther trouve refuge auprès de Frédéric III l’électeur https://download.vikidia.org/vikidi... de Saxe. Soucieux de maintenir la paix religieuse dans l’Empire, l’empereur Charles Quint convoque Luther à Worms afin de discuter des problèmes. Au cours de la réunion, en avril 1521, Luther est mis au ban de l’Empire (c’est-à-dire déclaré hors-la-loi), mais l’électeur de Saxe le sauve de l’arrestation et le cache dans le château de la Wartburg pendant une année.

Luther publie alors de nombreux écrits contre le catholicisme et commence la traduction de la Bible en allemand (terminée en 1534).

Les idées de Luther provoquent une révolution en Allemagne. Des prêtres, des moines et des nonnes renoncent à leurs vœux et se marient (Luther lui même se marie en 1524 avec une ancienne nonne cistercienne). Des chrétiens poussent à l’extrême ses idées et créent le mouvement des anabaptistes. Des princes allemands se rallient à la réforme et en profitent pour s’emparer des biens de l’Église catholique.

Les paysans allemands se révoltent contre leurs souverains, mais Luther prend violemment le parti des princes, car ceux-ci lui apportent la protection nécessaire contre l’empereur (favorable au catholicisme) et garantissent l’ordre social. Il sera par la suite protégé par le margrave https://download.vikidia.org/vikidi... Philippe de Hesse.

Les divisions des réformés

Luther doit lutter contre les idées du théologien suisse Zwingli qui ne voit dans l’Eucharistie https://download.vikidia.org/vikidi... qu’un symbole, alors que Luther est persuadé que le pain et le vin sont le corps et le sang de Jésus. Le désaccord est définitif en 1529.

En juin 1530, son ami Mélanchthon le représente à la diète d’Augsbourg convoquée par l’empereur. Luther approuve les positions doctrinales modérées de son ami, mais refuse tout rapprochement avec les catholiques.

Dans les dernières années de sa vie, il voit avec tristesse que ses disciples se querellent sur des points de doctrine.

Source : https://fr.vikidia.org/wiki/Martin_Luther

Vidéo 15 ;12 ajoutée le 19 janvier 2017 lors d’une cérémonie religieuse : « 2017, La fin du protestantisme ? » - Quoi de neuf - Etude prophétique sur l’actualité – Source : https://www.youtube.com/watch?v=OShxn6xJon0

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B. Documents sur l’enseignement et l’éducation autour de Luther

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Luther par Théodore Gerold, Institut Français de l’Education L’édition électronique

Martin Luther, le réformateur de l’Allemagne, naquit à Eisleben, en Thuringe, le 10 novembre 1483, d’une famille honorable, mais pauvre. Ses parents, voyant les heureuses dispositions de l’enfant, n’hésitèrent pas à lui faire donner une instruction savante. A quatorze ans, son père l’envoya étudier le latin à Magdebourg d’abord, à Eisenach ensuite. Luther connut là tous les vices du système scolaire alors en vigueur et toutes les misères de la vie d’écolier. Ses parents ne pouvant pourvoir à son entretien, il dut, comme beaucoup de ses compagnons d’études, mendier de porte en porte panem propter Deum. En 1501, il entra à l’université d’Erfurt ; il y étudia la philosophie scolastique, devint maître ès arts et se voua, d’après la volonté de son père, à la jurisprudence. Mais la piété craintive qu’il nourrissait depuis son enfance le poussa vers le cloître. En 1505, il se fit recevoir au couvent des Augustins d’Erfurt. Il s’y soumit aux règles les plus minutieuses, aux pratiques les plus sévères, sans trouver pourtant la paix de l’âme. L’influence de Staupitz, le vicaire général de l’ordre, et surtout l’étude de la Bible, ne l’amenèrent que peu à peu à une conception nouvelle du christianisme, à la certitude que le salut ne dépend de rien d’extérieur, mais uniquement de la foi.

Appelé, en 1508, à professer la dialectique et la physique à la nouvelle université de Wittenberg, Luther ne se rendit qu’à regret à cet appel. Déjà son attention s’était tournée ailleurs : il étudiait avec un zèle opiniâtre les Saintes Ecritures, d’où il allait tirer bientôt une théologie nouvelle. En 1509, il reçut le grade de bachelier ; trois années plus tard, il fut promu à celui de docteur en théologie. Il commença, des lors, à faire des cours sur les épitres pauliniennes. Il tenait les études classiques en haute estime ; il était lié avec les humanistes ; mais il suivait sa direction propre et, avec le siècle, se tournait de préférence vers les questions religieuses.

Dès 1517, la vente des indulgences l’appela à l’activité militante du réformateur. Indigné de ce trafic, Luther afficha à la porte de l’église du château de Wittenberg ses 95 thèses contre l’abus des indulgences. C’était le commencement de la réforme ecclésiastique qui devait détacher de Rome une partie de la chrétienté et amener la fondation de l’Eglise protestante.

La réforme de l’Eglise, dont nous n’avons pas à poursuivre ici l’histoire, devait nécessairement entraîner celle de l’école. Luther s’adressait à la conscience individuelle, il revendiquait pour chaque chrétien le droit, voire même le devoir, de scruter les Saintes Ecritures, de les interpréter, d’y chercher la vérité : c’était du même coup proclamer la nécessite de l’instruction pour tous. Pour consulter les Ecritures, il fallait que le fidèle sût lire ; pour trouver et saisir la vérité, il fallait qu’il fût capable de comprendre et de juger. Or, sous le rapport de l’instruction du peuple, tout était à faire ou à refaire. Il existait peu d’écoles accessibles aux multitudes des villes et des campagnes, et celles que l’on possédait ne répondaient pas aux exigences les plus modestes. La lecture et l’écriture, le chant et la religion, tels étaient les objets sur lesquels devait porter l’enseignement ; mais cet enseignement était fait d’après une méthode absurde, dans une langue barbare, et avec des livres plus barbares encore, tels que le Calendrier Cisio-Janus, la Gemma gem-marum, le Mammetractus, etc. Enfin, les jeunes filles étaient partout exclues du bienfait de l’instruction.

Depuis longtemps Luther s’était préoccupé de la question pédagogique. Dès 1520, dans sa Lettre à la noblesse allemande, il insistait sur la réorganisation des universités et des écoles. En 1524, dans sa Lettre aux conseillers de toutes les villes d’Allemagne, il demandait la création immédiate d’écoles chrétiennes, et rappelait aux autorités qu’elles avaient l’obligation de veiller à la propagation des lumières et à l’amélioration de l’état intellectuel et moral du peuple. En même temps, il s’occupait d’élaborer un plan d’études, qui paraît d’ailleurs n’avoir jamais été publié. En 1525, il organisait lui-même l’école d’Eisleben, sa ville natale.

La même année nous le voyons en instance auprès de l’électeur Jean le Constant afin d’obtenir ses secours pour la création d’écoles populaires et l’amélioration de l’instruction publique. Deux années plus tard, il faisait, de concert avec Mélanchthon, une tournée d’inspection, et constatait l’état déplorable des églises et des écoles. C’est à la suite de cette « Visitation » que parurent les Instructions des visitateurs aux pasteurs de la Saxe électorale, rédigées par Mélanchthon, mais approuvées par Luther, et contenant un plan d’études qui devait être introduit dans les écoles de l’électorat.

Luther lui-même, frappé de l’ignorance des pasteurs et des troupeaux, voulut donner aux uns et aux autres un livre où ils pussent apprendre « à épeler la religion ». C’est là l’origine du Grand et du Petit Catéchisme, qui parurent tous deux en 1529. Le dernier, véritable chef-d’oeuvre pour l’époque, fut aussitôt introduit dans les églises et les écoles, pour servir à l’instruction religieuse des enfants. On sait que dès 1521 Luther avait aussi entrepris une traduction de la Bible en langue populaire, ’ qui fut achevée en 1534, et qui, avec le Petit Catéchisme, est restée la base de l’enseignement religieux dans l’Allemagne protestante jusqu’à nos jours.

En 1530, le réformateur prit encore une fois la plume pour plaider la cause de l’éducation populaire et publia son Sermon sur la nécessité de mettre les enfants à l’école. C’est son dernier écrit « pédagogique » ; mais jusqu’à sa mort, arrivée en 1546, Luther ne cessa de se préoccuper des questions d’éducation, et ses différents écrits renferment une foule de passages qui s’y rapportent plus ou moins directement.

C’est dans sa Lettre à la noblesse allemande touchant la réforme de la chrétienté (An den christlichen Adel deutscher Nation von des christlichen Standes Besserung), datée de 1520, que Luther, nous l’avons dit, aborda pour la première fois la grave question de l’instruction publique. Il s’y plaint amèrement de l’état des universités, et réclame « de bonnes et solides réformes ». Aristote régnait alors en maître dans les écoles savantes. Luther demande que la Physique, la Métaphysique et l’Esthétique du Stagirite, ainsi que son Traité de l’âme, soient bannis des universités, avec tous les ouvrages qui prétendent enseigner les choses naturelles sans en rien savoir. Il ne veut conserver que la Logique, la Rhétorique et la Poétique d’Aristote, qui sont utiles pour exercer la jeunesse à parler et à discourir. Mais il recommande, avant tout l’étude des langues, du latin, du grec et de l’hébreu, ainsi que celle des mathématiques et de l’histoire.

Enfin, il insiste pour que dans les écoles supérieures et primaires la lecture des Saintes Ecritures occupe la première place. Les jeunes garçons devront lire l’Evangile. Quant aux jeunes filles, il serait désirable qu’il y eût dans chaque ville une école où elles pussent entendre chaque jour pendant une heure la lecture de l’Evangile soit en allemand, soit en latin.

Ces voeux n’occupent pourtant qu’une petite place dans l’écrit que nous venons de mentionner. C’est dans un écrit de 1524, intitulé Lettre aux conseillers de toutes les villes d’Allemagne pour leur demander de créer et d’entretenir des écoles chrétiennes (An die Rathsherren aller Städte deutschen Landes, dass sie christliche Schulen aufrichten und halten sollen), que Luther est entré dans le vif de la question scolaire. Cet écrit s’ouvre également par des plaintes amères sur l’état déplorable dans lequel se trouvent les écoles. Luther conjure les magistrats de ne pas rester indifférents en face d’une situation si grave. On dira peut-être que l’instruction des enfants est l’affaire des parents et qu’elle ne regarde pas les magistrats et le gouvernement. Cela est vrai, répond Luther ; c’est avant tout aux parents qu’incombe le devoir de faire instruire leurs enfants ; mais si, par insouciance, incapacité ou manque de loisirs, ils négligent ce devoir, c’est aux magistrats à prendre la chose en mains. N’ont-ils pas l’obligation de veiller à la prospérité de la ville ? Or la prospérité d’une ville ne consiste pas seulement à amasser de grandes richesses, à construire de fortes murailles et de belles maisons, à fabriquer des arquebuses et des cuirasses ; le vrai bien d’une ville, son salut et sa force, c’est de posséder beaucoup de citoyens capables, savants, honnêtes et éclairés. Puis donc que les villes ont besoin d’hommes capables, et. qu’on se plaint partout d’en manquer, il ne faut pas attendre qu’ils poussent tout seuls ; on ne peut pas non plus les tailler dans la pierre ou le bois ; c’est à nous de nous en occuper, de mettre notre argent et notre peine à les élever et i les former.

Voilà pour la nécessité de créer des écoles. Mais ces écoles une fois créées, qu’y enseignera-t-on ? Tout d’abord les langues. Luther s attache à bien démontrer l’importance de ces études. A ceux qui lui disent : Que nous sert d’apprendre le latin, le grec et l’hébreu, et les arts libéraux en général ? il répond : « Je m’étonne qu’on ne vienne jamais me dire : Que nous servent la soie, le vin, les épices, les marchandises étrangères, puisque nous avons nous-mêmes du vin, de la laine, du lin, du bois et des pierres en abondance. Eh quoi ! nous mépriserions les arts et les langues qui nous font honneur, qui nous sont d’une très grande utilité et ne nous causent aucun préjudice, alors que nous refusons de renoncer à ces marchandises étrangères qui ne sont ni utiles ni nécessaires ? »

Luther envisage d’abord la question au point de vue religieux. Il montre que la chrétienté ne peut conserver l’Evangile sans le secours des langues.

« Mais, continue-t-il, lors même que nous n’aurions pas d’âme et que nous n’aurions pas besoin d’école, et de langues en vue des Saintes Ecritures et de Dieu, nous aurions une raison suffisante pour créer partout les meilleures écoles pour les garçons et les filles : c’est que le monde a besoin d’hommes et de femmes capables de remplir leur tâche, il a besoin d’hommes sachant gouverner les hommes et les choses, et de femmes sachant conduire leurs enfants, leur maison et leurs domestiques. Puis donc qu’il est nécessaire que les garçons deviennent de tels hommes et les jeunes filles de telles femmes, il est nécessaire aussi qu’on les élève pour cela.

« On veut que chacun se charge de l’instruction et de l’éducation de ses fils et filles. Mais qu’est-ce qu’une pareille instruction ou une pareille éducation ? Si elle est poussée bien loin et si elle réussit, elle servira tout au plus à apprendre aux jeunes gens des manières honnêtes ; pour tout le reste, ils seront des bûches, ne sachant parler ni de ceci ni de cela, et ne pouvant aider ni conseiller personne. Qu’on les mette, au contraire, dans des écoles où il y à des maîtres et des maîtresses habiles, qui savent enseigner les langues, les arts et l’histoire, ils apprendront l’histoire du monde entier, ce qui est advenu à telle ville, à tel empire, à tel prince, à tel homme ou à telle femme, et ils arriveront ainsi à former leur jugement, à se conduire dans le monde avec piété et prudence, à distinguer ce qu’il faut faire de ce qu’il faut éviter, et aussi à conseiller et à guider les autres. « Pour moi, ajoute Luther, si j’avais des enfants et si je disposais des moyens nécessaires, je leur ferais apprendre non seulement les langues et l’histoire, mais le chant, la musique et les mathématiques. C’est en ces matières que les Grecs ont instruit autrefois leurs enfants, et c’est ainsi qu’ils sont devenus des gens habiles et aptes à toutes choses. Ah, combien je regrette aujourd’hui de n’avoir pas lu plus de poètes et d’historiens et de n’avoir eu personne pour me les enseigner ! »

Luther ne veut pas d’ailleurs qu’on consacre à l’instruction des jeunes garçons et des jeunes filles plus de deux heures par jour ; il faut leur laisser le temps, aux uns d’apprendre un métier, aux autres de s’initier aux travaux du ménage. « Mon avis n’est pas, dit-il, qu’on crée des écoles semblables à celles que nous avons eues jusqu’ici, dans lesquelles on passait vingt ou trente ans à étudier Donat et Alexandre, sans pourtant rien apprendre. Je voudrais qu’on envoyât les jeunes garçons pendant une ou deux heures par jour à l’école et qu’on employât le reste du temps à les faire travailler à la maison ou à leur faire apprendre un métier, et qu’ainsi les deux choses marchassent de front. Car n’est-il pas vrai qu’ils ont dix fois plus de temps à donner au jeu de quilles, au jeu de paume et à la course ? Quant aux jeunes filles, elles trouveront le temps nécessaire pour aller à l’école pendant une heure par jour et pour faire leur besogne à la maison, car elles consacrent plus de temps au sommeil, au jeu et à la danse. »

Dans celte Lettre aux conseillers, Luther insiste aussi sur la création, dans les grandes villes au moins, de bibliothèques publiques. Il voudrait qu’on y réunît non seulement les Saintes Ecritures dans les différentes langues, avec les travaux des meilleurs commentateurs, mais aussi les poètes et les orateurs grecs et latins, les livres qui traitent des arts libéraux et de tous les autres arts, les ouvrages de jurisprudence et de médecine, enfin et surtout les vieilles chroniques et les annales de tous les peuples.

Dans le troisième écrit du réformateur relatif à l’éducation, le Sermon sur la nécessité de mettre les enfants à l’école (Predigt, dass man die Kinder zur Schule halten solle), publié en 1530, Luther reprend la thèse qu’il a développée dans sa Lettre aux conseillers. Il gourmande les parents qui négligent d’envoyer leurs enfants à l’école, il leur retrace les avantages matériels et spirituels que procure une bonne instruction, il leur fait entrevoir la terrible responsabilité qu’ils assument par leur négligence et leur insouciance. « Si l’Ecriture et l’Art devaient péricliter, s’écrie-t-il, il ne resterait dans le pays allemands qu’une horde sauvage de Tartares et de Turcs. »

Dans ce dernier traité, Luther émet quelques idées que ne contient pas encore l’écrit de 1524. Il demande, entre autres, que l’instruction soit rendue obligatoire. « J’estime, dit-il, qu’il est du devoir du gouvernement de forcer les sujets à fréquenter les écoles. Le gouvernement doit, en effet, veiller à ce qu’il y ait des pasteurs, des prédicateurs, des jurisconsultes, des médecins, des instituteurs, etc., puisqu’on ne peut pas se passer d’eux. Or, s’il peut forcer les sujets qui y sont aptes à porter le mousquet et la pique, à monter sur les remparts et à faire autre chose semblable quand éclate la guerre, combien plus doit-il forcer les sujets à envoyer leurs enfants à l’école, puisqu’il s’agit ici d’une guerre autrement terrible. »

Mais la question de l’instruction obligatoire, surtout si l’obligation doit s’étendre pour quelques-uns aux études supérieures, en appelle une autre, celle des secours aux écoliers et aux étudiants sans fortune. Luther n’a pas négligé cette dernière question. Après avoir déclaré que l’autorité doit veiller à ce que tout jeune homme bien doué fasse des éludes, il ajoute immédiatement : « Si le père est pauvre, qu’on lui accorde un secours sur les biens ecclésiastiques. Les riches devraient aussi faire des legs avec cette destination spéciale ; cela s’appellerait avec raison donner son argent à l’Eglise. »

Ce n’est pas seulement dans les écrits que nous venons d’analyser que Luther a consigné ses idées sur l’éducation. Il les a semées partout en passant, dans ses sermons, ses traités, ses lettres, etc., et l’on pourrait citer un grand nombre de passages où il s’est prononcé non seulement sur l’utilité des sciences et des arts et sur l’importance des études historiques, mais sur la manière dont il faut développer l’esprit des enfants et sur les moyens disciplinaires dont il faut user envers eux. Jusque-là on avait eu recours aux traitements les plus rigoureux pour maintenir la discipline dans les écoles : Luther voulut qu’à une juste sévérité on alliât l’amour et la douceur ; jusque-là on ne s’était guère adressé qu’à la mémoire des enfants : Luther demanda qu’on leur donnât une explication claire et simple de tout ce qu’on leur faisait apprendre. Il insiste également sur la nécessité des exercices gymnastiques, « qui donnent la souplesse aux membres et conservent la santé du corps ». Enfin, il recommande la musique comme un objet nécessaire de l’enseignement. « Il faut absolument maintenir la musique dans les écoles, dit-il. Il faut qu’un maître d’école sache chanter, autrement je ne le regarde point. » Et il ajoute : « Après la théologie, j’accorde volontiers à la musique la première place et le plus grand honneur ».

Telles sont, en résumé, les opinions pédagogiques de Luther. Quant à la manière dont le réformateur essaya d’appliquer ses idées, nous la connaissons par les instructions des visitateurs aux pasteurs de la Saxe électorale (Unterricht der Visitatoren an die Pfarrherren im Churfürstenthume Sachsen), rédigées en 1527 à l’occasion de l’inspection faite dans les églises et les écoles de la Thuringe. Les Instructions, comme nous l’avons dit, sont sorties de la plume de Mélanchthon, mais Luther les approuva ; il y ajouta une préface en 1528 et en publia une nouvelle édition en 1538. Elles peuvent donc être considérées comme l’expression de sa pensée.

Les Instructions des visitateurs se composent de dix-huit chapitres. Les dix-sept premiers renferment un abrégé de doctrine, des règles générales pour le culte public, et des conseils relatifs au gouvernement de l’Eglise : le dix-huitième est spécialement consacré aux écoles : il contient un plan d’études qu’on appelle ordinairement le Plan d’études saxon (Sächsischer Schulplan). Adopté d’abord dans les écoles de Saxe, il devint dans plusieurs pays la base de l’organisation scolaire. Luther conseillait aux pasteurs de répartir les enfants en trois groupes d’après leur degré d’instruction, et leur indiquait de quelle manière ils devaient graduer l’enseignement des langues anciennes — latin, grec, hébreu — et de l’allemand. Sans entrer dans plus de détails, remarquons en passant que ce plan ne répondait pas complètement aux idées libérales que Luther avait exprimées ailleurs. Et pour ne citer qu’un seul point, il n’accorde aucune place à l’histoire et aux mathématiques, dont le réformateur recommandait si instamment l’étude. Evidemment, les auteurs du plan d’études ont dû tenir compte de la situation, de l’absence de tous livres, de la pénurie de maîtres capables ; ils ont dû prendre en considération ce qui existait déjà pour y attacher l’organisation scolaire nouvelle. On peut le regretter ; maison ne doit pas oublier que ce plan, si imparfait, si défectueux, était un progrès immense, et surtout qu’il ouvrait la voie à des progrès ultérieurs.

C’est à ce point de vue surtout qu’il faut envisager l’oeuvre pédagogique de Luther, comme la manifesta tion puissante d’un nouvel esprit. Il a, sur ce terrain, comme sur le terrain religieux, donné le branle et ouvert une voie féconde, dans laquelle sont entrés après lui les hommes distingués qui ont préparé la pédagogie moderne.

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Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3085

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7.
L’éducation protestante au XVIe siècle - Document ‘Musée du Protestantisme’

L’éducation profane et religieuse est une priorité pour les réformateurs. Partout en Europe, de nouvelles écoles paraissent dans le sillage de la Réforme ainsi que des catéchismes.

Le projet éducatif de la Réforme

Gravure - Philip Melanchthon © S.H.P.F.

La Réforme affirme le sacerdoce universel des fidèles : la formation religieuse des individus est donc indispensable. Elle a pour base la lecture de la Bible pour éclairer la foi des fidèles, connaître et vérifier personnellement les enseignements fondamentaux de la foi chrétienne.

Luther élève la vocation du maître d’école à la hauteur d’un sacerdoce. Il écrit : « pour moi si Dieu m’éloignait des fonctions pastorales, il n’est pas de charge sur terre que je ne remplirais plus volontiers que celle de maître d’école, car après l’œuvre du pasteur, il n’est pas d’œuvre plus belle ni plus importante que la sienne ». Mais outre la formation des élites « citoyens érudits, intelligents, honorables, et bien éduqués » Luther demande la création d’écoles populaires dans lesquelles les jeunes trouveront, en plus d’une instruction de base, l’apprentissage d’un métier et une orientation adaptée.

Le système scolaire

Gravure - L’école au Moyen âge © Collection privée

Philippe Melenchthon, ami et collaborateur de Luther, va jeter les bases d’un nouveau système scolaire. Celui hérité du Moyen Age, où les écoles dépendaient le plus souvent des paroisses et des couvents, est abandonné. Dans les États passé à la Réforme, la responsabilité scolaire est confiée aux autorités politiques, Princes et magistrats.

La Réforme pose les bases du droit au savoir pour tout homme. Cela s’applique aussi aux filles. Dès 1530, une école de filles est créée à Wittenberg.

À Genève également, une grande importance est donnée à l’éducation. Les enfants, garçons et filles, bénéficient d’un enseignement élémentaire public et surtout gratuit.

L’œuvre de Melanchthon

Melanchthon s’attache tout particulièrement à rénover le système scolaire en Allemagne. C’est pourquoi on lui a donné de son vivant le titre de « professeur de l’Allemagne ». Son désir découle à la fois de l’humanisme et de la Réforme. Pour lui, l’éducation de tout homme est nécessaire pour lui permettre de vivre en société et de comprendre l’Évangile. Son but c’est la scolarité obligatoire pour tous.

Il réforme les écoles des villes appelées aussi écoles latines (car on y enseigne le latin) et sépare les élèves en trois classes. Melanchthon fonde la Haute École (sorte de lycée). C’est l’étape intermédiaire entre l’école latine et l’université. On y enseigne la rhétorique et la dialectique, la littérature latine, les mathématiques et le grec.

Melanchthon rédige également de nombreux manuels scolaires dont beaucoup furent utilisés jusqu’au XVIIIe siècle, même dans les écoles catholiques. C’est le cas en particulier de ses grammaires grecques et latines.

Ses programmes scolaires comme ses manuels furent utilisés dans la plupart des écoles protestantes en Allemagne et aussi à l’étranger.

Le premier « gymnase » à Strasbourg

Gravure - Martin Bucer (1491-1551) © S.H.P.F.

À Strasbourg, le réformateur Martin Bucer se soucie également de l’enseignement. En 1538, il contribue à la création du premier « gymnase » (sorte de lycée) à Strasbourg. Son premier recteur, l’humaniste Jean Sturm, en fait un centre renommé.

Pour la fonction religieuse, Bucer écrit deux catéchismes.

L’académie de Genève

Gravure - Théodore de Bèze (1519-1605) © S.H.P.F.

Dès son passage à la Réforme, la ville de Genève rend l’instruction publique obligatoire. Les enfants, garçons et filles, bénéficient d’un enseignement élémentaire public et gratuit.

Jean Calvin a aussi le souci de l’éducation religieuse. Il écrit un catéchisme qui sera en usage à Genève et en France pendant plus d’un siècle.

En 1559, Calvin fonde l’Académie de Genève qui formera bien des pasteurs français aux XVIe et XVIIe siècles. Son premier recteur est l’humaniste français Théodore de Bèze qui contribue à la réputation internationale de l’Académie.

L’obligation éducative

Pour les réformateurs, l’obligation éducative repose d’abord sur la famille. Luther, Melanchthon, Zwingli, Calvin et Farel insistent sur l’importance capitale que revêt l’éducation de la famille pour l’avenir de l’Église et pour la société toute entière.

C’est de la responsabilité des parents de faire de leurs enfants des chrétiens instruits.

L’éducation domestique est complétée par celle de l’école. Dans ses sermons, Luther rappelle aux parents le devoir d’envoyer les enfants à l’école.

L’enseignement protestant en France

L’enseignement de la lecture et de l’écriture est concomitant à la diffusion de la doctrine des réformateurs. Il va s’organiser rapidement en descendant des couches instruites (clercs, magistrats, étudiants, imprimeurs) vers des groupes sociaux variés : artisans et marchands, souvent alphabétisés par nécessité, en allant jusqu’à la paysannerie. Les consistoires prennent sous contrat des maîtres d’école ou régents qui enseignent les filles aussi bien que les garçons. Dans les petites communautés, le pasteur se charge de l’enseignement.

La pratique de la lecture et de l’écriture va donner aux réformés une avance culturelle qui perdurera dans les siècles suivants, d’autant que cet enseignement se fait en français en toutes régions.

Bibliographie Livres

    • CARBONNIER-BURKARD Marianne et CABANEL Patrick, Une histoire des protestants en France, Desclée de Brouwer, Paris, 1998
    • CHAUNU Pierre, Le temps des Réformes II, Edition complex, 1984
    • PERONNET Michel, Le XVIe siècle, Hachette Col. U, 1981
      Notices associées

Source : https://www.museeprotestant.org/notice/leducation-protestante-au-xvie-siecle/

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8.
L’éducation dans le monde protestant de la Réforme à la Révolution

Par L’encyclopédie de l’Agora ‘Pour un monde durable’ - Illustration

Dès le début de la Réforme, une place importante a été réservée aux apprentissages de la lecture et de l’écriture, outils nécessaires à une instruction religieuse fondée sur la lecture de la Bible.

Très vite, le monde protestant a encouragé le développement d’un enseignement technique exigeant qui prend toute sa place à côté de l’enseignement de la philosophie, de celui des humanités et de la théologie.

Au XVIe siècle, l’éducation est l’une des priorités des humanistes et des réformateurs (Luther, Melanchthon, Calvin, Bucer, Rabelais, Montaigne). Luther confie cette responsabilité aux familles et aux autorités civiles. Melanchthon rédige, comme d’autres humanistes, des traités d’éducation et des manuels d’apprentissage.

A Strasbourg, le réformateur Martin Bucer crée un établissement où sont enseignées les Humanités. C’est le premier « gymnase » ou lycée. Dès son passage à la Réforme, la ville de Genève crée un collège.

En France, la lecture et l’écriture se diffusent vite dans les milieux réformés. « C’est la Réforme qui s’est passionnée pour l’instruction du peuple. Elle a voulu que tout homme sût lire, et quel livre ? Celui où elle même puisait la vie (Jean Jaurès, 1911) ».

Après la signature de l’Edit de Nantes, les protestants sont autorisés à entretenir des écoles dans les villes où le culte réformé est reconnu. Une grande attention est donnée à l’instruction religieuse. La théologie, la philosophie, les humanités, ainsi que le droit sont enseignés dans des Académies. Celles de Saumur et de Montauban sont célèbres. Tous ces établissements ont été fermés après la Révocation de l’Edit de Nantes.

Commencer le parcours

Illustration Philippe Melanchthon (1497-1560)

Illustration Martin Bucer (1491-1551)

Illustration Jean Sturm (1507-1589)

Illustration L’éducation protestante au XVIesiècle

Illustration L’enseignement protestant au XVIIesiècle

Illustration Les académies réformées au XVIeet XVIIesiècles

Illustration Pierre Bayle (1647-1706)

Illustration Blaise Pascal (1623-1662)

Illustration Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

Source ; https://www.museeprotestant.org/parcours/leducation-dans-le-monde-protestant-de-la-reforme-a-la-revolution/

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9.
Dans le sillage de Martin Luther, le psteur Jean-Frédéric Oberlin

Jean-Frédéric Oberlin d’près Wikipédia Page d’aide sur l’homonymiePour les articles homonymes, voir Oberlin.

Portrait de Jean-Frédéric Oberlin par J. Gottfried Gerhardt vers 1800.

Johann-Friedrich Oberlin, Jean-Frédéric Oberlin en français, né le 31 août 1740 à Strasbourg et mort le 1er juin 1826 (à 85 ans) à Waldersbach, est un pasteur protestant alsacien, piétiste et apôtre du progrès social.

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10.
Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826) D’après le Musée virtuel du Protestantisme

  • Une figure exemplaire – Gravure Portrait de Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826) © Société Évangélique de Genève –Illustration.
    Né à Strasbourg, où son père était professeur au Collège protestant (« Gymnase »), il fait ses études de philosophie dans cette ville, puis de théologie, et devient en 1767 pasteur de l’église luthérienne de Waldersbach, paroisse du comté du Ban-de-la-Roche, qui se trouve à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, région de montagne déshéritée, au sol pauvre et au climat rude, avec une population de « sauvages » ignorants, parlant un patois lorrain. Il y demeurera toute sa vie, menant une expérience exceptionnelle.

Dans son ministère pastoral, inspiré du mouvement « piétiste » allemand, il est convaincu du fait que l’élévation de l’âme humaine vers le spirituel passe par une amélioration sensible des conditions matérielles de l’existence.

Ainsi il mènera de front :

  • Le développement d’une industrie de tissage, en favorisant le travail à domicile.
  • Le développement de l’agriculture par l’introduction de nouvelles semences et de nouvelles techniques de cultures (amendement des soles, irrigation, plantation et greffes d’arbres fruitiers).
  • La construction d’un réseau routier pour désenclaver le Ban de la Roche.
  • L’amélioration des conditions d’hygiène et d’habitat.
  • Le financement de la formation de sujets capables à des professions utiles au bien public, comme par exemple celle de sage-femme.
    Mais tout ceci implique un énorme effort en matière d’enseignement, qui restera toute sa vie une préoccupation première, cherchant dans le message biblique des réponses aux questions quotidiennes : « le questionnement dialectique de la théorie par la pratique, de l’action par les textes, alimente la démarche pédagogique pastorale ». Un projet pédagogique cohérent sera progressivement mis en place.

1. Son œuvre la plus originale concerne la petite enfance  : il invente les écoles maternelles. Oberlin est frappé par l’état d’abandon dans lequel sont laissés les jeunes enfants, inutiles aux travaux de la campagne avant l’âge de six ans, restant des journées entières livrés à eux-mêmes, sans surveillance, sans éducation. Il va créer une nouvelle institution, celle des « poêles à tricoter » : dans une maison, une pièce avec son poêle et sa chaleur bienvenue en hiver, est consacrée à l’accueil des enfants, sous la direction des « conductrices de la tendre enfance ».

Ces conductrices sont des jeunes filles célibataires, non émancipées, ce qui oblige à obtenir l’accord préalable du chef de famille. Elles sont rémunérées pour ce travail, la rémunération étant une garantie d’indépendance de l’institution par rapport aux familles, et gage de sérieux et d’engagement professionnel. Ce caractère contractuel donne aux jeunes paysannes qui s’engagent aux côtés d’Oberlin un véritable statut social dans l’accomplissement d’une réelle tâche de service public.

Ce choix participe du projet éducatif, inspiré par la théologie piétiste : la connaissance du Divin est liée à l’éducation des sens, la raison étant souvent un obstacle à la quête spirituelle ; c’est la femme, la mère, qui possède cette sensibilité lui permettant de réagir sur le potentiel sensitif et émotionnel du jeune enfant, or les mères sont hors d’état de s’occuper de leurs enfants, d’où la nécessité de leur substituer des personnes du même sexe qui, sans contraintes domestiques, seront disponibles pour mener cette tâche difficile. Position d’autant plus originale qu’en général les discours sur la petite enfance nient le plus souvent une possibilité d’éducation des enfants avant 7 ans, reconnaissant aux seules familles une responsabilité avant tout nourricière jusqu’à cet âge. Les familles, exclues du processus éducatif, sont néanmoins tenues au courant des résultats et des progrès des enfants grâce au système des récitations publiques, valorisant le caractère scolaire des « poêles à tricoter » au sein de la population.

Le programme d’enseignement comprend :

  • des activités manuelles, illustrées par le « tricotage », le dessin, la constitution d’herbiers, donc une production permettant de fixer l’attention fugitive des enfants.
  • l’éducation physique avec de nombreuses sorties en plein air.
  • surtout l’apprentissage du français, rendu difficile pour des enfants dont les parents ne parlent que patois : répétition des mots, utilisation de la représentation graphique des objets, pratique du chant.
  • des éléments de géographie et de botanique.
  • tout ceci dans une « douce contrainte », empreinte d’un caractère ludique, en rupture avec l’âpreté de l’environnement familial.
    Plusieurs « outils pédagogiques », inventés par Oberlin, son utilisés :
  • Création d’une documentation pédagogique écrite avec des cahiers thématiques rédigés par le pasteur.
  • Collection d’histoire naturelle (minéralogie, botanique).
  • Jouets, cartes, alphabets en bois, herbiers, jeux collectifs : le jeu est un moyen privilégié comme moyen didactique.
    Cet édifice pédagogique se construit autour de l’idée selon laquelle la contemplation de la nature et la compréhension des phénomènes qui la régissent rapproche l’homme du divin Créateur. C’est une pédagogie d’éveil à la nature et à l’activité humaine, ancrée dans le milieu de vie des enfants. On peut spéculer sur le caractère actuel du débat concernant les modalités de garde et d’éducation de la petite enfance en Europe : rôle de la mère ou de l’éducatrice, famille ou école, clôture ou ouverture ?

2. Pour les enfants plus âgés, il va, avec l’aide de la population, reconstruire les écoles des 5 paroisses. Une dynamique de prise en charge communautaire de la question éducative est amorcée, chacun se sentant responsable.

Pour perfectionner la pédagogie, Oberlin entreprend en 1778 et 1780 des voyages pédagogiques à travers le Bade-Wurtemberg, qui lui permettent de prendre contact avec d’autres réalisations, et au retour il codifiera le programme scolaire élémentaire, la conduite à tenir en matière de discipline, de méthode, d’émulation et de formation des enseignants : cf. les textes d’Oberlin.

3. D’autres initiatives sont prises par Oberlin :

  • Bibliothèque de prêts de livres : l’accès du plus grand nombre aux livres est une préoccupation constante : nul ne doit être exclu de l’univers culturel contenu dans la langue écrite. Il aide les plus pauvres à acheter des manuels scolaires à moitié prix, la moitié restant étant due en heures de travail pour l’école : ce système permet de faire considérer le livre comme un bien précieux, son prix devient mesurable puisqu’il équivaut à une quantité de travail.
  • Réunions d’éducation pour adultes.
    Le retentissement de son action fut considérable, connue par une correspondance abondante, et de nombreux voyages dans les centres pédagogiques d’Allemagne et Suisse. L’abbé Grégoire le protégera pendant la tourmente révolutionnaire (Oberlin fut brièvement emprisonné sous la Terreur), le Tsar Alexandre le prit sous sa protection lors de l’invasion de la France en 1814, Louis XVIII lui décerna la Légion d’Honneur, une ville de l’Ohio prit son nom. La modernité de l’action pédagogique d’Oberlin reste actuelle, sans oublier qu’il fut un précurseur de l’œcuménisme.

Bibliographie Livres

    • CHALMEL Loïc, Le pasteur Oberlin, collection éducation/formation, PUF, Paris, 1999
    • GOURSOLAS François, J.-F. Oberlin, pasteur « catholique évangélique », Albatros, Paris, 1985
      Musée virtuel du Protestantsme Accueil > Personnalités

Source : https://www.museeprotestant.org/notice/jean-frederic-oberlin-1740-1826-2/

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11.
Le musée Jean-Frédéric-Oberlin à Waldersbach en Alsace Réfion ‘Grand Est’

Le musée Jean-Frédéric-Oberlin – communément appelé musée Oberlin – est consacré à la vie et à l’œuvre du pasteur alsacien Jean-Frédéric Oberlin.

Photo - Entrée du musée et buste du pasteur Oberlin Situé sur un flanc verdoyant de la haute vallée de la Bruche, à Waldersbach, le village du Ban de la Roche où il exerça son ministère pendant 59 ans, cette institution – l’un des musées protestants les plus connus en France1, révèle à travers le foisonnement de ses collections et une muséographie originale, la soif de connaissance et l’éclectisme des intérêts d’une forte personnalité du siècle des Lumières, à la fois prédicateur visionnaire, pionnier de la pédagogie et ardent défenseur du progrès social.

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Cette notice vous est proposée par leMusée Jean-Frédéric Oberlin

Accueil > Thèmes > Musée Jean-Frédéric Oberlin - Le Musée Oberlin est consacré à Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826), pasteur novateur en agriculture comme en pédagogie, et précurseur du christianisme social.

Au Ban de la Roche, Oberlin fut pasteur pendant 59 ans

Photo - Maison du pasteur Oberlin àWaldersbach (C.C. de la Vallée de la Bruche) © Denis

Le Musée Oberlin est le lieu de mémoire du pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui a essayé de traduire la prédication de l’Évangile dans la pratique de la vie économique, sociale, culturelle et politique du Ban de la Roche, symbolisant d’une part l’esprit du siècle des lumières avec sa volonté de progrès et donnant d’autre part l’impulsion au mouvement du christianisme social.

Le musée a ré-ouvert ses portes en juin 2002, après d’importants travaux de restauration.

Musée Jean-Frédéric Oberlin 25 Montée Oberlin F-67130 Waldersbach
Tél. +33 (0) 3 88 97 30 27 Fax +33 (0) 3 88 97 32 21
Contact : oberlin@musee-oberlin.com

Source : https://www.museeprotestant.org/notice/musee-jean-frederic-oberlin/

Musée J.-F. Oberlin

• Un musée où les enfants et les adultes découvrent, expérimentent, manipulent et jouent.
• Un musée qui invite à la discussion et à la réflexion sur les thèmes du développement et de l’environnement
• Un musée qui associe respect des Droits de l’Homme et développement de la personne.

Le Musée Jean Frédéric Oberlin de Waldersbach

Autour d’une figure de proue de l’Alsace du XVIIIe siècle, Jean Frédéric Oberlin, pasteur, pédagogue, animateur rural, défenseur des Droits de l’Homme.

Le Musée Jean-Frédéric Oberlin a fait l’objet d’un programme de développement pour devenir un véritable lieu d’apprentissage où la pédagogie de J.F. Oberlin est mise en oeuvre.

• Le pasteur Oberlin s’adresse à nous par ses écrits, des objets collectionnés ou fabriqués par lui-même et à partir de manipulations et d’ expérimentations dans la logique de ses recherches pédagogiques

• Au Musée Oberlin, il ne s’agit pas de regarder de manière passive un objet, une image, un cartel, mais de percevoir, d’écouter, de lire, de construire, d’expérimenter, de manipuler, de raisonner, de ressentir et enfin de comprendre la divine complexité du monde du pasteur de Waldersbach.

• l’exposition rend sensible le cheminement complexe du projet personnel de Jean-Frédéric Oberlin et permet au visiteur de pénétrer dans son intimité et ses contradictions

Source : http://www.musee-oberlin.com/

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12. D
e Luther à la loi Debré : protestantisme, école et laïcité - Extrait : ‘Histoire de l’éducation’ Auteurs : Patrick Cabanel et André Encrevé

From Luther to the “loi Debré” : Protestantism, Education and Secularism

Von Luthers Theorie zum Debré-Gestetz : Protestantismus, Schulwesen und Laizität

De Lutero a la ley Debré : protestantismo, escuela y laicidad

Pages : 5-21 Résumé | Index | Plan | Texte | Notes | Citation | Auteurs

Résumés English Deutsch Español

Luther n’a cessé d’exiger que les chrétiens sachent lire les Écritures, fondement de leur vie religieuse et de leur salut. Ce faisant, il a entraîné la formation de sociétés précocement alphabétisées, ayant le goût et la familiarité du livre, comme des travaux d’historiens permettent de le vérifier. Lorsqu’arrive le temps de l’alphabétisation de masse, au XIXe siècle, les protestants français sont donc très à l’aise. Mais leur faiblesse numérique et leur dissémination rendent difficile la constitution d’un réseau scolaire, face à la puissance du catholicisme et d’un État insuffisamment neutre jusqu’aux années 1870. C’est la laïcité de l’école qui achève de les rassurer : ils s’y rallient massivement, non sans quelques inquiétudes ou arrière-pensées. Le XXe siècle, à cet égard, leur apportera de vraies déceptions, face à un « laïcisme » antireligieux qu’ils ne partagent pas, puis au vote des lois mettant en place le financement public de l’école catholique.

Entrées d’index - Mots-clés : aspect confessionnel de l’éducation, aspect politique de l’éducation, laïcité, protestantisme

Chronologie : XVIe siècle, XVIIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle

Plan

I. Réforme, livres et lecteurs

II. De Pestalozzi à Jules Ferry

III. Une laïcité problématique ?

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Nous conseillons aussi la lecture de « L’éducation protestante, chemin vers la liberté ? » par Luc BUSSIÈRE sur ce site : http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte

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13.
Propos de Luther sur l’éducation - Auteur : Gabriel Compayré avec L’encyclopédie de l’Agora ‘Pour un monde durable’Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

Informations sur l’auteur : Gabriel Compayré, (1843-1913), fut au XIXe siècle, le grand spécialiste français de l’histoire de la pédagogie. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’éducation en France depuis le XVIe siècle, il fut également recteur de l’Université de Lyon et membre de l’Institut.

Un petit écrit de Luther, qui date de 1521 et qui a été souvent cité, est le plus beau monument qui soit resté de l’ardeur et du zèle mis au service de l’instruction par des hommes qui voulaient « que tous apprissent et que l’on apprît tout 1 ». Cet ouvrage donne vraiment le droit de dire que l’enseignement populaire est le fils du protestantisme. Voici en quels termes le chef de la Réforme allemande s’adressait aux magistrats et aux sénateurs de son pays : « Je vous prie, chers amis et seigneurs, accueillez avec bienveillance mes écrits et mes conseils. Je cherche votre intérêt et celui de l’Allemagne tout entière. Nous voyons, dans toute l’étendue du pays, les écoles tomber ; les gymnases n’ont plus d’élèves... C’est Satan qui suggère aux hommes cet oubli de l’éducation des enfants... La chose est grave et importante (res seria est, ingens est). Que si chaque année on emploie tant d’argent pour acheter des machines de guerre, pour construire des routes, pour rétablir des ponts, et en vue de mille autres objets d’utilité publique, pourquoi n’emploierait-on pas bien davantage ou tout au moins autant, pour nourrir des maîtres d’école, des hommes actifs et intelligents capables d’élever et d’instruire notre jeunesse ?... Nous avons parmi nous des maîtres distingués et savants, très avancés dans l’étude des langues et la connaissance des autres arts, et qui pourraient rendre les plus grands services, si on les employait à former les jeunes gens. N’est-il pas évident pour tout le monde qu’un adolescent peut aujourd’hui apprendre en trois ans plus de choses que n’en savaient autrefois toutes les universités et tous les monastères ?... On a vu des jeunes gens étudier vingt ans, selon les anciennes méthodes, et arriver à peine à balbutier un peu de latin, sans rien connaître d’ailleurs de leur langue maternelle 2.

« Dieu a prodigué ses bienfaits au seizième siècle. Mais il ne faut pas laisser perdre ces richesses, il faut les répandre et les multiplier. Chaque jour, nous voyons naître et croître des enfants sous nos yeux, et il n’y a personne qui s’en occupe ! Voulons-nous donc, nous Allemands, demeurer toujours des fous et des bêtes, comme les peuples voisins nous appellent (Germanœ bestiœ) ?

« La première chose que nous ayons à faire, c’est de cultiver les langues, le latin, le grec et l’hébreu ; car les langues sont les fourreaux qui renferment l’esprit 3, les vases qui contiennent les vérités religieuses. Si nous laissons perdre les langues, le sens des Écritures s’obscurcira de plus en plus, et la liqueur céleste se répandra. Ce n’est pas que tout prédicateur doive pouvoir lire les saintes Écritures dans l’original, mais il faut qu’il y ait parmi nous des docteurs capables de remonter jusqu’à la source. Que de fois n’a-t-on pas glosé inutilement sur des passages mal traduits ! Saint Augustin, qui ne savait pas l’hébreu, s’est souvent trompé dans ses interprétations des Psaumes, et il dit, dans sa Doctrine chrétienne, que celui qui veut expliquer l’Écriture devrait savoir l’hébreu, outre le latin et le grec. Saint Jérôme fut obligé de retraduire les Psaumes, parce que les juifs se moquaient des chrétiens, disant qu’ils ne connaissaient pas ce qu’il y avait dans ce livre.

« Voilà pour le spirituel : voyons maintenant ce qu’il y a à faire pour le temporel. Quand il n’y aurait ni âme, ni ciel, ni enfer, encore serait-il nécessaire d’avoir des écoles pour les choses d’ici-bas, comme nous le prouve l’histoire des Grecs et des Romains. J’ai honte de nos chrétiens, quand je les entends dire : ’L’instruction `est bonne pour les ecclésiastiques, mais elle n’est pas nécessaire aux laïques.’ Ils ne justifient que trop, par de tels discours, ce que les autres peuples disent des Allemands. Quoi ! il serait indifférent que le prince, le seigneur, le conseiller, le fonctionnaire fût un ignorant ou un homme instruit, capable de remplir chrétiennement les devoirs de sa charge ? Vous le comprenez, il nous faut en tous lieux des écoles pour nos filles et nos garçons, afin que l’homme devienne capable d’exercer convenablement sa profession, et la femme de diriger son ménage et d’élever chrétiennement ses enfants. Et c’est à vous, seigneurs, de prendre cette oeuvre en main, car si l’on remet ce soin aux parents, nous périrons cent fois avant que la chose se fasse. Et qu’on n’objecte pas qu’on manquera de temps pour instruire les enfants : on en trouve bien pour leur apprendre à danser et à jouer aux cartes ! Si j’avais des enfants et des ressources pour les élever, je voudrais qu’ils apprissent, non seulement les langues et l’histoire, mais encore la musique et les mathématiques. Je ne puis me rappeler sans soupirer qu’il m’a fallu lire, non les poètes et les historiens de l’antiquité, mais les livres de sophistes barbares, avec grande dépense de temps, avec dommage pour mon âme, en sorte qu’aujourd’hui encore j’ai grand’peine à me débarrasser l’âme de ces souillures et de cette lie. Certes, je ne veux plus d’écoles semblables à celles d’autrefois, où l’enfant perdait plus de vingt ans à apprendre par cœur Donat et les vers insupportables d’Alexandre (frigidissimi versiculi), ne devenant pas même plus habile au jeu de paume. Nous vivons dans des temps plus heureux. Je demande que l’enfant aille à l’école, au moins une heure ou deux par jour, et il faut qu’on prenne les plus capables pour en faire des instituteurs et des institutrices 4. Assez longtemps nous avons croupi dans l’ignorance et la corruption ; assez et trop longtemps nous avons été ’les stupides Allemands’, il est temps qu’on se mette au travail. Il faut, par l’usage que nous ferons de notre intelligence, prouver à Dieu que nous sommes reconnaissants de ses bienfaits.

« Les jeunes filles, elles aussi, ont assez de temps pour qu’on exige d’elles qu’elles aillent chaque jour à l’école, au moins une petite heure (saltem ad unius horulœ spatium). Elles emploient bien plus mal leur temps lorsqu’elles passent plusieurs heures à danser, à conduire des rondes, ou à tresser des couronnes. »

« Enfin, dit en terminant Luther, je voudrais que l’on créât de vastes bibliothèques, surtout dans les grandes villes. Mais il ne convient pas d’y admettre tous les livres sans choix. Il y a quantité d’ouvrages qu’il faut jeter au fumier. » Quant à lui, voici ceux qu’il recommande : la Bible en latin, en grec, en hébreu, en allemand, et dans d’autres langues, s’il y a lieu ; après les œuvres théologiques, les livres nécessaires à l’étude des langues : les poètes, les orateurs, sans s’inquiéter s’ils sont chrétiens ou non ; puis, les livres relatifs aux arts libéraux, au droit, à la médecine. Luther fait une place à part aux annales, aux chroniques, aux histoires qui nous révèlent les desseins de Dieu dans le gouvernement du monde.

Dans cette lettre, dont on nous pardonnera, à cause de son importance, d’avoir cité d’aussi longs fragments, nous voyons apparaître presque tous les éléments de la théorie moderne de l’enseignement du peuple : la nécessité morale de s’instruire imposée à tous les hommes ; l’obligation civile pour les parents d’envoyer leurs enfants à l’école ; les frais de l’instruction mis à la charge de l’État ou de la commune ; la glorification du métier d’instituteur : « Après la prédication, c’est le ministère le plus utile, le plus grand et le meilleur, et encore ne sais-je pas lequel des deux doit passer le premier. » Mais Luther a le tort de ne pas distinguer nettement l’école primaire du collège d’enseignement secondaire ou même supérieur ; d’exiger de l’enfant du peuple des connaissances qui ne sont pas appropriées à sa condition ; enfin, de faire du latin, et non de la langue maternelle, la base de l’enseignement populaire 5.


Notes
1. Voyez Libellus de instituendis pueris ; magistratibus et senatoribus civitatum Germaniœ Martinus Luther. (Œuvres complètes. Wittemberg, 1558, t. VII, p. 438-447.) Cet opuscule vient d’être réimprimé en allemand dans la collection pédagogique intitulée : Sammlung selten genordener pädagogischerSchriften des 15 und 17 Jahrhunderts, Zschopau, 1879.
2. Luther est très sévère pour l’ancienne éducation : Hoc non negaverim me potius velle gymnasia et monasteria in totum aboleri, quam quod ea utantur docendi vivendique ratione, qua hactenus usa sunt. (Ouvr. cité, p. 439.)
3. Vaginarum vice sunt linguœ in quibus gladius ille Spiritus, nempe Verbum Dei, tenetur insertus.
4. Voyez aussi sur ce sujet un autre opuscule de Luther : Predigt, dass man die kinder xur Schule halten sollen (1530), réimprimé à Schopau ;1879.
5. Voyez Unterricht der Visitatoren, etc. Luther y divisait l’école en trois classes. Le latin était le fonds de l’instruction. Dans la seconde classe, l’enfant étudiait les morceaux convenables et décents des Colloques d’Érasme, les comédies de Térence et de Plaute, en même temps que les Livres saints.

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Extrait

« La première chose que nous ayons à faire, c’est de cultiver les langues, le latin, le grec et l’hébreu ; car les langues sont les fourreaux qui renferment l’esprit, les vases qui contiennent les vérités religieuses. Si nous laissons perdre les langues, le sens des Écritures s’obscurcira de plus en plus, et la liqueur céleste se répandra. Ce n’est pas que tout prédicateur doive pouvoir lire les saintes Écritures dans l’original, mais il faut qu’il y ait parmi nous des docteurs capables de remonter jusqu’à la source. Que de fois n’a-t-on pas glosé inutilement sur des passages mal traduits ! » (Martin Luther, 1521)

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Source : http://agora.qc.ca/documents/martin_luther--propos_de_luther_sur_leducation_par_gabriel_compayre

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C. Documents sur la laïcité à la suite de Luther

14.
Définition de la laïcité selon ’Toupictionnaire’ : le dictionnaire de politiqueEtymologie : du grec ancien laikos, peuple.

Dans le langage chrétien, un laïc était au Moyen Age un ’baptisé’ qui n’appartenait pas au clergé. De nos jours, c’est une personne chargée de fonctions qui étaient autrefois dévolues au clergé, dans une institution catholique.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la IIIe République, la laïcité est devenue une conception de l’organisation de la société visant à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs. Le but était de lutter contre le cléricalisme, c’est-à-dire l’influence des clergés et des mouvements ou partis religieux sur les affaires publiques. La laïcité est aussi une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l’épanouissement de l’Homme en tant qu’individu et citoyen.

Concrètement, la laïcité est fondée sur le principe de séparation juridique des Eglises et de l’Etat (loi de 1905 en France), en particulier en matière d’enseignement.

Cette séparation a pour conséquence :

  • la garantie apportée par l’Etat de la liberté de conscience et du droit de d’exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d’assister ou pas aux cérémonies religieuses).
  • la neutralité de l’État en matière religieuse. Aucune religion n’est privilégiée ; il n’y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non-croyance.
    Historique de la laïcitéLa laïcité, en France, s’est mise progressivement en place pendant plus d’un siècle :
  • 1789 : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen institue la liberté religieuse ’Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses’ (article X)
  • 1791 : la Constitution établit la liberté des cultes et accorde des droits identiques aux religions présentes alors en France : catholique, judaïque et protestante.
  • 1881-1882 : les Lois de Jules Ferry instituent l’école gratuite, l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque.
  • 1905 : la Loi de séparation des Églises et de l’Etat : ’La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte’ (article 2). L’Alsace Moselle, du fait de son rattachement à l’Allemagne lors du vote de cette loi, bénéficie d’un statut dérogatoire fondé sur le Concordat de 1801 signé par le Consul Napoléon Bonaparte.
  • 1946 : le principe de laïcité est inscrit dans le préambule de la Constitution.
  • 1959 : la Loi Debré accorde des subventions aux écoles privées qui sont sous contrat avec l’Etat.
  • 1989 : la Loi Jospin de 1989 accorde aux élèves des collèges et des lycées, ’dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité’, la liberté d’information et d’expression (article 10). Cette loi va notamment provoquer l’apparition des foulards islamiques dans les établissements scolaires.
  • 2004 : une loi réglementant le port des signes religieux à l’Ecole est mise en place pour résoudre les conflits liés au port du voile islamique.
    Cette dernière loi résulte de la confrontation de deux visions de la laïcité à l’Ecole quant aux signes religieux, l’une se limitant à l’absence de manifestation des croyances religieuses aux enseignants et autres personnels de la fonction publique, l’autre étendant ce principe aux élèves. A ce débat se sont greffés des problèmes d’intégration et d’identité de la communauté musulmane que la loi n’aborde pas. >>> Terme connexe : Laïcisme

    >>> Terme connexe : Liberté de conscience

    >>> Terme connexe : Religion

    >>> Terme connexe : Sécularisme

    >>> Terme antinomique : Concordat, régime concordataire

    >>> Bibliographie : Laïcité

    >>> Citations sur la laïcité

    >>> Citations d’Henri Pena-Ruiz, philosophe de la laïcité.

    >>> Article : Le Collectif laïque soutient Elisabeth Badinter face aux attaques injustifiées : Communiqué de presse

    >>> Chansons sur la laïcité : Honneur et Gloire à l’Ecole LaïqueAccueil Dictionnaire Haut de page Contact LicenceCC -

Source : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Laicite.htm

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15.
Laïcité - Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés

Du grec laikos : peuple. - Voir la page d’accueil sur la laïcité.
Athéisme : l’homme debout. Vivre sans Dieu et sans religion Dictionnaire des religions Contact http://atheisme.free.fr/Accessoires... Copyright © - Source : http://atheisme.free.fr/Religion/Definition_l.htm

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16.
Tout savoir (ou presque) sur a Laïcité avec Wikipédia

Icône de paronymieCet article possède un paronyme ; voir : Laïcat.

La laïcité est le « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse1 » et « d’impartialité ou de neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses1 ». Le mot désigne par extension le caractère des « institutions, publiques ou privées, qui sont indépendantes du clergé et des églises1 ». La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’État. Toutefois, le principe de séparation entre l’État et les religions peut trouver des applications différentes selon les pays.

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17.
La Laïcité en France d’après Wikipédia

La laïcité en France est un idéal, un principen 1 et une loi qui distingue le pouvoir politique des organisations religieuses – l’État devant rester neutre – et garantit la liberté de culte (les manifestations religieuses devant respecter l’ordre public) ; il affirme parallèlement la liberté de conscience et ne place aucune opinion au-dessus des autres (religion, athéisme, agnosticisme ou libre-pensée), construisant ainsi l’égalité républicaine.

La laïcité ne consiste pas à combattre les religions, mais à empêcher leur influence dans l’exercice du pouvoir politique et administratif, et à renvoyer parallèlement les idées spirituelles et philosophiques au domaine exclusif de la conscience individuelle et à la liberté d’opinion. Ce principe a modifié en profondeur la société française ; la transformation est toujours à l’œuvre aujourd’hui dans l’adaptation du droit et des institutions nationales aux évolutions de la société française.

Toutefois, l’existence dans la législation et dans le débat public d’une distinction entre « laïcité » et « neutralité », de même qu’entre « liberté de conscience » et « liberté d’opinion », démontre que la religion n’est réellement perçue et traitée ni comme un phénomène strictement privé ni comme un simple courant d’opinion parmi d’autres. La notion même de laïcité, telle qu’elle est comprise dans la société française, n’est donc pas dénuée d’ambiguïté1. Jusqu’au début du xxe siècle, l’idée de laïcité représentait avant tout, en pratique, la volonté de réduire l’influence de l’Église catholique sur les institutions, cette influence étant identifiée comme une menace majeure pour les valeurs républicaines. Depuis, ces valeurs se sont trouvées confrontées à des doctrines radicales d’origines diverses et non liées au catholicisme traditionnel (idéologies totalitaires, phénomènes sectaires, fondamentalisme religieux), de sorte que la laïcité s’inscrit de nos jours dans une perspective beaucoup plus complexe.

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Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9_en_France

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18.
Qu’est-ce que la laïcité ? Document ‘Observatoire de la laïcité’ /Gouvernement.fr’ Drapeau de la France.

La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir.

Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité suppose la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’Etat —qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte— ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses.

De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers.
La République laïque assure ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public

Vidéo n° 1 : Entretien avec Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité

Vidéo n°2 : Vous avez dit laïcité ? Par Nicolas Cadène, Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité :

Vidéo n°3 : « La laïcité en trois minutes (ou presque) »
Film de l’association Coexister, lauréat d’une mention spéciale du Prix de la laïcité de la République française 2016

Vidéo n°4 : « La laïcité à l’école »
Le clip du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Voir les autres vidéos réalisées en partenariat avec le CNFPT

Vidéo n°5 :#generationlaicité - Le port de signes distinctifs à l’école

Vidéo n°6 : #generationlaicite - Cours de sport et religion

Si vous avez plus de questions sur la laïcité en pratique, à l’école, au collège ou au lycée, rendez-vous sur :www.generationlaicite.fr

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19.
« La laïcité, c’est la réconciliation entre ces deux aspirations qui animent l’humanité, le présent et l’infini » Discours prononcé à Lyon par Manuel VALLS au Premier synode national de l’Eglise protestante unie de France , le 11 mai 2013. Publié par ‘La Croix’, le 12/05/2013 à 11h55.

« Monsieur le président du conseil national de la nouvelle Eglise protestante unie de France, Monsieur le sénateur-maire, cher Gérard COLLOMB, Messieurs, Madame, les présidents des églises ici rassemblées, Monsieur le Cardinal, Monseigneur, Mesdames, messieurs les pasteurs, Mesdames, messieurs,

C’est un moment de joie, un instant d’allégresse qui réunit, dans ce « Grand temple » de Lyon, des fidèles, des ministres du culte, des représentants des autres Eglises chrétiennes, des religions du livre, et des représentants des pouvoirs publics. Je suis particulièrement heureux d’y être associé ; particulièrement heureux d’être présent à vos côtés. Je mesure pleinement l’intensité du moment, et je vous dois une confidence. En prenant mes fonctions de ministre de l’Intérieur, en charge de la relation avec les cultes, je ne pensais pas assister à un tel moment historique : la fusion de deux églises, pôles multiséculaires du protestantisme français.

C’est bien un moment important dans l’histoire de notre pays qui se déroule aujourd’hui.

Avoir choisi Lyon pour cette cérémonie est un beau message ; un message pour nos contemporains et pour l’Histoire dont la capitale des Gaules est déjà si chargée. Ce choix de Lyon s’imposait : les racines religieuses de la ville, qui vécut intensément la Réforme, en font un cadre propice pour cette cérémonie qui marquera l’Eglise protestante de France.

Lyon, c’est pour les Protestants un symbole. La ville fut administrée pendant 13 mois, en 1562, par des protestants, et le 10 août 1563, tout le protestantisme français s’y est rassemblé pour le quatrième synode national. lieu régulier de réunion de vos églises, tout particulièrement de l’Eglise réformée de France.

A Lyon, comme ailleurs, les Protestants ont contribué à écrire l’histoire de la République. A Lyon, comme ailleurs, ils ont apporté leurs valeurs, leur éthique, leur travail, mais aussi leur esprit de résistance. Résistance notamment contre la barbarie, et je pense en particulier à ces villageois protestants du Chambon-sur-Lignon qui ont fait l’honneur de la France, alors que ses valeurs vacillaient.

C’est, Aujourd’hui, ce sont les messages de deux figures centrales de la Réforme qui se rassemblent : ceux de Martin LUTHER et de Jean CALVIN.

Je sais que la sensibilité protestante répugne à tout culte de la personnalité… Pourtant, comment ne pas évoquer, ici, ces deux personnalités que d’aucuns qualifieraient de contrastées, d’opposées ? Entre un LUTHER extraverti, flamboyant, intransigeant et un CALVIN discret jusqu’à l’oubli de lui-même – pudique dirait-on– et pourtant si déterminé, parfois impitoyable - que de différences ! Mais, un point commun les unit : bien sur la force de caractère mais ils sont tous lesdeux d’abord des enfants de la Renaissance dans une Europe dont ils ont changé le destin.

Au cœur de cette époque si riche, Lyon est une plaque tournante. Située aux confins du royaume de France, proche du Saint-Empire, voisine des cantons suisses et notamment de la république de Genève – qui sera l’asile de CALVIN –, enfin proche des Alpes et par-delà des cités italiennes, Lyon est une ville d’échanges, non seulement économiques mais aussi intellectuels. Lyon est le siège de nombreux ateliers d’imprimerie qui permettent la diffusion des livres saints et la propagation de la foi nouvelle.

Comment ne pas esquisser un rapprochement entre les temps de la naissance de la Réforme et les temps présents : progrès technique et scientifique qui viennent interroger l’Homme dans ses fondements, ou encore technologies de l’information qui sont autant de vecteurs puissants pour la diffusion des idées. Et Lyon, Monsieur le Maire grâce à vous, continue de produire cette synthèse fructueuse et féconde.

La Réforme est un moment historique. C’est un moment toujours actuel …

Aujourd’hui, vous optez pour une Eglise unie, mais pas uniforme, car le protestantisme, c’est le pluralisme.Le protestantisme s’est, en effet, rapidement ramifié en de nombreuses Eglises porteuses de sensibilités diverses. Mais il a aussi été traversé, depuis ses origines, par un autre courant, celui de l’union. Ces deux mouvements – indépendance et unité – ont agi dans un sens parfois contraire, mais au final, c’est le désir d’une union respectueuse des uns et des autres qui a progressé.

Aujourd’hui, vous reconnaissez que ce qui vous rassemble est plus important que ce qui vous distingue. Et ce qui vous rassemble, c’est, bien-sûr, la foi, que vous pratiquez sans ostentation, mais avec clarté, ce sont aussi des rites, des pratiques cultuelles, des approches semblables des grandes questions qui interrogent le fidèle Protestant.

Vous vous rassemblez sous la conduite d’un nouveau président, Laurent Schlumberger dont je connais l’esprit de responsabilité et les capacités d’écoute attentive et de dialogue. En lui adressant tous mes vœux pour ce ministère exigeant, je veux renouveler un message de sympathie et de confiance à l’endroit des protestants de France et les assurer de combien ils peuvent vivre pleinement, intensément leur foi chrétienne.

Cette foi, la République la reconnaît comme profondément légitime. Mais elle affirme, dans un même mouvement, que la foi renvoie à des interrogations personnelles, qu’elle ne peut être qu’une réponse individuelle à ce « silence du monde » dont parlait Albert CAMUS. Croire – ou ne pas croire – relève de l’intime. Et pour vivre pleinement sa foi, tout croyant bénéficie d’un cadre : la laïcité. Je veux en parler, aujourd’hui, car je sais combien vous l’avez toujours défendue. La laïcité n’est pas la négation du fait religieux mais simplement une séparation claire entre ce qui relève du spirituel et du temporel.

La laïcité est, certes, une réponse de nature juridique, mais elle est, d’abord et avant tout, une réponse politique. Politique au sens le plus noble du terme, c’est-à-dire le gouvernement harmonieux de la Cité des Hommes. La laïcité, c’est, enfin, la réconciliation entre ces deux aspirations qui animent l’humanité, à savoir le présent et l’infini. Le présent nous conduit à développer toutes les capacités inscrites en nous, à œuvrer pour le développement et la prospérité matérielle, à construire et édifier nos institutions humaines, à favoriser le progrès social, scientifique, sociétal ; par la loi et les choix démocratiques qui s’imposent à tous. L’infini est cette soif de valeurs spirituelles, ce désir d’absolu, une forme de mystère aussi.

Le temporel et le spirituel sont nécessairement appelés à cohabiter, à vivre dans la concorde et dialoguer au nom d’une belle valeur : la tolérance.

Ce synode, moment historique, nous invite nécessairement à nous tourner vers notre Histoire. Aujourd’hui, la puissance publique, l’Etat, la République, agissent selon ce principe de la laïcité. Grâce à lui, vous êtes protégés dans votre liberté essentielle, fondamentale, d’exercice du culte. Grâce à lui je peux, comme ministre de la République, vous parler, comme j’ai déjà parlé aux Catholiques, aux Juifs, aux Musulmans de France. Grâce à lui, vous avez la garantie que l’administration est neutre, mais proche, distincte, mais présente.

Cela n’a pas toujours été le cas ! Le protestantisme français a fait l’amère expérience de l’oppression, des persécutions, de l’exil qui a couté si cher à notre pays. Il a fallu des siècles pour que la France apprenne à vivre avec toute la richesse des confessions qui s’exprimaient sur son sol. De cette richesse, de cette diversité, le génie de la République a su en tirer sa force.

C’est pour cela qu’aujourd’hui nous savons composer avec les ramifications de notre histoire. Le Concordat, auquel vous êtes si attachés – je parle d’abord aux Luthériens de cette salle, peut-être devrais-je dire, aux ex-Luthériens, mais il y a aussi des Réformés en Alsace – ce Concordat, qui semble si perpendiculaire au principe de laïcité, parce qu’il organise la rémunération du culte par l’Etat, vient d’être consacré par le conseil constitutionnel. Ses valeurs profondes l’ont emporté ! La tolérance, la liberté de croyance et de religion, sont des principes fondamentaux, ici comme à Strasbourg, Metz ou Colmar.

Mais les particularités de l’histoire, la souffrance passée, sont aussi des enseignements fondamentaux pour notre présent. La laïcité est notre rempart contre tous ceux qui veulent mettre sur la scène publique l’intolérance, l’exclusion, le refus du débat, l’obscurantisme, qui n’ont pas leur place dans la République.

Le message historique du protestantisme c’est justement celui de la tolérance, de l’ouverture, de la libération de l’individu, de son accès à la connaissance par lui- même. Comment ne pas voir autant de points communs avec les valeurs de la République ? C’est donc bien que leurs destins sont liés. Aujourd’hui, au terme d’un long et patient processus, vous avez choisi de vous mettre en « Réforme », de vous donner un nouveau destin.

En ce jour si particulier, où vous êtes fidèles à votre histoire, et parés pour l’avenir, je veux vous adresser toute la considération, toute l’estime de la République ».

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20.
Protestantisme, école et laïcité {{}}Par Patrick Cabanel et André Encrevé

Déjà introduit dans la partie B / Education : document 12

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Luther n’a cessé d’exiger que les chrétiens sachent lire les Écritures, fondement de leur vie religieuse et de leur salut. Ce faisant, il a entraîné la formation de sociétés précocement alphabétisées, ayant le goût et la familiarité du livre, comme des travaux d’historiens permettent de le vérifier. Lorsqu’arrive le temps de l’alphabétisation de masse, au XIXe siècle, les protestants français sont donc très à l’aise. Mais leur faiblesse numérique et leur dissémination rendent difficile la constitution d’un réseau scolaire, face à la puissance du catholicisme et d’un État insuffisamment neutre jusqu’aux années 1870. C’est la laïcité de l’école qui achève de les rassurer : ils s’y rallient massivement, non sans quelques inquiétudes ou arrière-pensées. Le XXe siècle, à cet égard, leur apportera de vraies déceptions, face à un « laïcisme » antireligieux qu’ils ne partagent pas, puis au vote des lois mettant en place le financement public de l’école catholique.

Mots-clés : aspect confessionnel de l’éducation, aspect politique de l’éducation, laïcité, protestantisme

Chronologie : XVIe siècle, XVIIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle

Plan

I. Réforme, livres et lecteurs

II. De Pestalozzi à Jules Ferry

III. Une laïcité problématique ?

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De Luther à la loi Debré : protestantisme, école et laïcité Par Patrick Cabanel ; Université de Toulouse Le Mirail et André Encrevé Université de Paris XII

Raccourcis Plan de l’articleCiter cet articleSommaire du numéro

Résumé Français - Luther n’a cessé d’exiger que les chrétiens sachent lire les Écritures, fondement de leur vie religieuse et de leur salut. Ce faisant, il a entraîné la formation de sociétés précocement alphabétisées, ayant le goût et la familiarité du livre, comme des travaux d’historiens permettent de le vérifier. Lorsqu’arrive le temps de l’alphabétisation de masse, au XIXe siècle, les protestants français sont donc très à l’aise. Mais leur faiblesse numérique et leur dissémination rendent difficile la constitution d’un réseau scolaire, face à la puissance du catholicisme et d’un État insuffisamment neutre jusqu’aux années 1870. C’est la laïcité de l’école qui achève de les rassurer : ils s’y rallient massivement, non sans quelques inquiétudes ou arrière-pensées. Le XXe siècle, à cet égard, leur apportera de vraies déceptions, face à un « laïcisme » antireligieux qu’ils ne partagent pas, puis au vote des lois mettant en place le financement public de l’école catholique.

Mots-clés (fr) : aspect confessionnel de l’éducation aspect politique de l’éducation laïcité protestantisme

Español - Lutero nunca dejó de exigir que los cristianos supieran leer las Escrituras, fundamento de su vida religiosa y de su salvación. Así, provocó la formación de sociedades alfabetizadas con precocidad, familiarizadas con los libros y amantes de ellos. Varios trabajos de historiadores permiten comprobarlo. Cuando llega el momento de la alfabetización de masas en el siglo XIX, los protestantes franceses se sienten muy a gusto. Pero su número reducido y su diseminación hacen difícil la constitución de una red escolar, frente a la fuerza del catolicismo y de un estado insuficientemente neutral hasta los años 1870. La laicidad de la escuela es la que los tranquiliza : se incorporan a ella, no sin ciertas inquietudes o reservas mentales. Desde este punto de vista, el siglo XX les aportará verdaderas decepciones, frente a un “laicismo” antirreligioso que no comparten, y más tarde a la votación de las leyes que permiten el financiamiento pública de la escuela católica.

Deutsch - Luther ist immer wieder dafür eingetreten, Christen müssten die Heiligen Schriften als Grundlage ihrer religiösen Lebensführung und ihres Seelenheils lesen können. Damit trug er, wie die historische Fachliteratur unschwer bestätigt, zur Ausbildung früh alphabetisierter, lesefreudiger Gesellschaften bei, in denen dem Umgang mit Büchern ein hoher Stellenwert zukam. Als es im 19. Jahrhundert zu einer Alphabetisierung der breiten Massen kommt, stehen die französischen Protestanten folglich sehr gut da. Angesichts ihrer geringen Zahl und ihrer räumlichen Zersplitterung gestaltet sich der Aufbau eines Schulnetzes freilich schwierig, zumal in Anbetracht des hohen Stellenwerts des Katholizismus und der bis 1870 unzureichenden Neutralität des Staates. Erst die Entkonfessionalisierung des Schulwesens schafft hier eine gewisse Beruhigung ; trotz gewisser Befürchtungen und Hintergedanken setzen sich die Protestanten deshalb massenhaft dafür ein. In dieser Hinsicht bringt ihnen das 20. Jahrhundert schmerzliche Enttäuschungen : zunächst sehen sie sich einem antireligiösen Laizismus gegenübergestellt, den sie nicht teilen, und schließlich kommt es zur Verabschiedung von Gesetzen zur Finanzierung des katholischen Schulwesens aus öffentlichen Mitteln.

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Plan de l’article

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21.
« Luther, précurseur de la laïcité » - Auteur : Jean-Arnold de Clermont, Président de la Fédération protestante de France - Avril 2004

Protestantisme et laïcité par la Fédération prestante de France 1905-2005I. Histoire de la laïcitéProtestantisme et laïcité

Le protestantisme français a longtemps été comme ‘un poisson dans l’eau’ en ce qui concerne la laïcité, mais il vient aujourd’hui à manquer un peu d’oxygène. C’est ainsi, du moins, que je ressens notre situation comme je vais essayer de l’expliquer maintenant.

Comme un poisson dans l’eau

L’histoire de la laïcité en France est longue et complexe1. Pour nous limiter aux deux siècles derniers, on peut avec Jean Baubérot 2, distinguer deux seuils de laïcisation auxquels le protestantisme français est très attaché.

Le premier, effectué entre le début de la Révolution (1789) et la signature du Concordat et des Articles organiques (1801-1802) se caractérise par trois traits essentiels :

• Il dépossède l’Eglise catholique d’un certain nombre de monopoles. La religion se trouve alors confinée dans un rôle particulier, celui du culte et de la morale ; des pans entiers de la société prennent leur autonomie par rapport à elle : l’état civil lui échappe ; le droit, la médecine et les sciences s’autonomisent ; l’éducation se détache peu à peu de son influence ; la vie politique prend son indépendance…

• Il accorde pourtant une réelle utilité sociale à la religion que l’Etat reconnaît, subventionne et – ainsi – contrôle d’une certaine manière.

• Il instaure le pluralisme religieux en donnant un statut équivalent à celui de l’Eglise catholique aux Eglises luthérienne et réformée. En 1807, il étend ce statut à la communauté juive. 

On comprendra que ce premier seuil de laïcisation revêt pour le protestantisme français une importance capitale dans la mesure où il lui donne de pouvoir ‘exister’, tout simplement.

Le second seuil qui sera franchi, un siècle plus tard, avec la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905) lie étroitement le protestantisme français à la France laïque, celle de la ’guerre des deux France’, celle des ’Dreyfusards’, celle de Jules Ferry et d’Aristide Briand. Les protestants se sont naturellement retrouvés, pour des raisons tant de fond que de stratégie, du côté ’non-catholique’. Ils se félicitaient de la liberté de conscience et du libre exercice des cultes offerts par la Loi ; ils pouvaient s’organiser sans peine en associations cultuelles ; ils étaient prêts à renoncer aux salaires et aux subventions jusque là versés par l’Etat, même s’ils ont connu des temps difficiles… même si certains ont bien senti que la laïcité pouvait être dévoyée en arme antireligieuse, en devenant un sorte de religion contre la religion.

Plus profondément, la Réforme protestante avait préparé une telle évolution. Luther avait placé au cœur de son message la foi qui donne primauté à la conscience sur l’appartenance socio-politique et sur l’obéissance aux pouvoirs. En insistant sur le « sacerdoce universel », la Réforme décléricalisait la religion et, d’une certaine manière, conduisait à une forme de laïcisation de l’institution religieuse.

Dès 1905, le protestantisme français se donnait par la Fédération Protestante de France le moyen d’être un partenaire exigeant dans la société civile qui allait émerger petit à petit, un vis-à-vis des pouvoirs publics, un lieu de concertation entre ses composantes, un instrument de défense de ses intérêts. La personnalité du Pasteur Marc Boegner, son rôle pendant la deuxième guerre mondiale, ses interventions contre les lois anti-juives, sa stature œcuménique, ont donné à la Fédération Protestante de France une audience incontestable.

Manque d’oxygène

Un siècle plus tard, on pourrait penser que la laïcité ’pacifiée’, comme en parle l’Eglise catholique3, trouverait la Fédération protestante dans une situation tout à fait favorable. Elle compte plus d’un millier d’associations cultuelles ; elle entretient des relations régulières avec les pouvoirs publics. Et pourtant elle se voit dans l’obligation, à la veille de l’anniversaire de la Loi de séparation, d’écrire au Premier Ministre4 pour lui dire son désir de le voir desserrer l’étreinte que ressentent les Eglises protestantes en France. Pourquoi cela ?

La loi de 1905 [Voir Loi de séparation des Églises et de l’État — Wikipédia ].

C’est la pratique de la loi de 1905 qui, un siècle après, est jugée trop contraignante pour les associations cultuelles. Je prends quelques exemples :

• Les associations cultuelles doivent ’être constituées conformément aux dispositions des articles 5 et suivants du titre Ier de la loi du 1er juillet 1901’ et sont ’en outre soumises aux prescriptions de la loi du 9 décembre 1905’ : ainsi toute décision prise pour les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 s’applique aussi de fait aux associations cultuelles. Or ces dernières années nous nous sommes trouvés à plusieurs reprises devant des décisions prises pour les associations régies par la loi de 1901, décisions qui mettaient en grave difficulté les associations cultuelles, en contradiction formelle avec le principe de la loi de 1905 de non intervention de l’Etat dans l’organisation interne des cultes. 

• On se souvient que le dernier alinéa de l’article 13 de la loi du 9 décembre 1905 prévoit que « l’Etat, les départements, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale pourront engager les dépenses nécessaires pour l’entretien et la conservation des édifices du culte dont la propriété leur a été reconnue par la présente loi ». Mais il existe pour ces personnes publiques une autre possibilité posée par le dernier alinéa de l’article 19 de la même loi, permettant la réparation d’édifices du cultes dont elles ne sont pas propriétaires. Cet article a été modifié par l’article 2 de l’acte dit loi du 25 décembre 1942.

Mais cela est le plus souvent oublié ou même contesté par les pouvoirs publics, qui se retranchent derrière l’article 2 « La République…ne subventionne aucun culte. » Et pour se prémunir contre toute critique, ils exigent des associations cultuelles qu’elles créent en parallèle une association régie par la loi de 1901 pour lui allouer des subventions…
Il aura fallu une lettre du Ministre de l’Intérieur aux Préfets en date du 15 octobre 2003 pour leur rappeler ces dispositions légales. 

• Plus contraignante encore est l’application des articles 18 et 19 de la loi qui exigent que les « associations formées pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public d’un culte [...] devront avoir exclusivement pour objet l’exercice d’un culte ». En conséquence, les recettes des associations cultuelles sont exclusivement affectées aux besoins du culte, et elles ne peuvent effectuer des versements qu’à des associations constituées pour le même objet. Cette limitation rigoureuse est à l’origine de difficultés rencontrées dans plusieurs domaines :

- le fonctionnement des services communs (organisés sous la forme d’associations régies par la seule loi de 1901),

- les publications, notamment périodiques,

- l’action diaconale ou humanitaire,

- le soutien aux missions ou aux Eglises à l’étranger. 

Ainsi des associations qui ne reçoivent leurs moyens d’existence que des offrandes de leurs fidèles ne peuvent-elles pas les affecter à des dimensions essentielles de ce que ces associations considèrent comme l’expression de leur foi.

Ces quelques exemples expliquent pourquoi la Fédération protestante de France s’est prononcée en faveur d’un toilettage de la loi de 1905. Que n’avait-elle dit ? On la soupçonnait immédiatement de vouloir relancer la ’guerre des deux France’.

Pourtant, elle ne faisait que constater que la loi adoptée il y a un siècle dans un contexte d’affrontement avec l’Eglise Catholique, pouvait être adaptée à un contexte nouveau, celui du XXIème siècle débutant où les Eglises sont désormais parties prenantes d’une société civile au sein de laquelle l’autonomie du politique est définitivement acquise.

Un climat antireligieux ?

On peut se demander si les Eglises et notamment celles qui sont minoritaires dans la société française ne sont pas aujourd’hui victimes d’un tel climat. Là encore, je donnerai deux exemples.

Il y a quelques semaines une psychologue, écrivain, spécialisée dans les questions relatives à l’adolescence, sollicitée pour animer une formation de parents d’élèves par un lycée parisien, s’est vue récusée, au motif qu’elle avait un engagement privé au sein d’une association membre de la Fédération protestante de France. N’allait-on pas, en l’appelant pour une série de conférences, mettre en péril la laïcité ?

Depuis trois ans environ, les Caisses d’Allocations Familiales, ici et là, refusent le versement des bons vacances à des associations régies par la loi de 1901, qui organisent des camps de vacances pour des adolescents au cours desquels un temps biblique non facultatif est prévu dans le programme. Ces CAF interprètent une directive de la CNAF récusant la délivrance de bons vacances pour des associations ayant un caractère exclusivement religieux, politique ou syndical. Elles en appellent à une stricte neutralité !

Ainsi, petit à petit, le seul fait d’avoir une affiliation religieuse amène à se trouver exclus.

Deux « arguments » sont avancés :

Le principe de ‘précaution’. Derrière une association qui ne cache pas qu’elle accorde une importance réelle aux dimensions spirituelles, on soupçonne la ’secte’. Bien qu’il n’existe aucun critère juridique pour évaluer cela, et que les pouvoirs publics ne doivent en la matière que contrôler le respect des lois de la République, on applique à ces associations des lois non écrites qui les excluent.

Un autre argument non écrit, mais non moins affirmé, est qu’il faut anticiper sur le développement possible d’associations islamiques ! Les critères d’exclusion contre les associations à caractère « évangélique » serviront pareillement dans ce cas.

La question que je veux poser est donc la suivante : veut-on interdire toute expression publique du fait religieux ?

Cela peut paraître surprenant alors même que l’Education Nationale a engagé un vaste programme, dans le prolongement du rapport de Régis Debray, pour favoriser l’enseignement du fait religieux à l’Ecole.

Pourtant le Ministre, lui-même, lors du débat à l’Assemblée nationale sur l’application du principe de laïcité dans les écoles, collèges et lycées publics, déclarait : « Toutes les religions ont dû ou devront encore faire un effort pour passer de la sphère publique où elles dominaient la vie politique, à la sphère privée de l’intimité et de la conviction ».

C’est cette ‘privatisation de la religion’, au nom de la laïcité, que je récuse fondamentalement.

Pour deux raisons :

Les religions, tout d’abord, ne peuvent se comprendre comme touchant à la seule relation de leurs fidèles avec la divinité. Cette relation, effectivement vécue dans l’intimité et la conviction, appelle à des choix de vie, à des engagements dans la vie quotidienne, et par conséquent, à une expression publique.

Plus encore, que serait une sphère publique, une société civile, qui exclurait à priori l’expression de certaines sensibilités, notamment religieuses ? Cela a été exprimé parfaitement, à mes yeux, par Lahouari Addi, dans un article de la revue Projet en 2001 :

« L’espace public est l’arène sociale dans laquelle un individu vit sa vie privée sous le regard public des autres individus privés. Il est peuplé de citoyens athées, agnostiques, catholiques, (protestants), juifs, musulmans, etc., et non d’individus désincarnés qui n’auraient ni histoire, ni attaches personnelles ou qui seraient dépouillés de leurs identités sociales et convictions religieuses. Si dans l’espace public, un athée doit cacher son athéisme, un chrétien, un juif ou un musulman… ses convictions religieuses, c’est qu’il n’y a pas d’espace public. On est dans l’Afghanistan, ou dans l’Espagne de l’Inquisition, ou l’Europe du Moyen Age. Dans l’espace public, l’individu se présente comme juif, comme musulman, etc.., et il est accepté dans sa différence qui est la marque de son universalité. Car comme l’écrit Hannah Arendt, l’homme n’existe pas, il y a des hommes. Qu’est-ce qu’un homme, s’il n’est pas agnostique, musulman, juif, chrétien, bouddhiste… ? Figure du totalitarisme dont la fausse universalité est le moule appauvrissant imposé aux individus réels, l’homme abstrait d’une laïcité désincarnée est un danger pour les hommes à qui est refusée la différence religieuse, culturelle, voire linguistique. »

On l’aura compris, en militant pour la laïcité, telle qu’elle a émergée de notre histoire, souvent conflictuelle, telle qu’elle est définie dans les deux premiers articles de la loi de séparation de 1905, qui affirme la liberté de conscience et de l’exercice des cultes, l’autonomie du politique et la neutralité de l’Etat à l’égard des religions, le protestantisme français défend l’idée d’une société ouverte et tolérante, ou les religions prennent leur place de partenaires dans le respect des lois et l’élaboration de celles qui demain la régiront.

Références

1 Je m’inspire largement pour cette première partie de mon texte d’un exposé de Jean-François Collange devant le Consistoire Supérieur de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine.

2 La laïcité, quel héritage de 1789 à nos jours ? Genève, Labor et Fides, 1990 ; Vers un nouveau pacte laïque ? Paris, Seuil, 1990 ; Histoire de la laïcité, Paris, PUF, Que sais-je ? 2000

3 d’autant plus justement qu’elle a connu la laïcité « conflictuelle ».

4 Cultes, équité et laïcité : l’expérience protestante ; éléments d’évaluation de la loi de 1905 et propositions. Paris Décembre 2002.

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22.
Les racines oubliées de la laïcité Publié par Ichtus02 10/07/2008 à 22h03

UNE LOI CENTENAIRE ! Le 9 décembre 2005 a été commémoré un peu partout en France le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Fruit de luttes acharnées, cette loi a pour objet de séparer l’exercice du pouvoir politique du pouvoir religieux dans notre pays. Elle indique clairement qu’en aucun cas, ni d’aucune manière, le religieux n’a à pénétrer le politique pour l’influencer, et vice-versa. Elle garantit en outre à tout citoyen la liberté de culte. Tout français est, depuis, libre d’adhérer à la religion ou à la foi qu’il désire.

CAUSES ANCIENNES DE LA LOI !

Pourquoi une telle loi fut-elle nécessaire dans notre pays ? Pendant de nombreux siècles, l’histoire le dit, la France est un pays catholique. Marchant main dans la main, la royauté et l’Eglise combattent avec force tous ceux qui pensent autrement que par Rome. De profonds mouvements vont changer la donne. Au XVIème siècle naît, sous l’impulsion de Martin Luther en Allemagne et de Jean Calvin (de Noyon) en France, la Réforme protestante. Elle dénonce, entre autres, les abus de pouvoir du catholicisme et ses faux enseignements par rapport à la Bible. Accueillie dans de nombreux pays, la Réforme est violemment combattue en France. Huit guerres religieuses et civiles se succèdent. Sous l’instigation de Catherine de Médicis, régente du royaume, a lieu, dans la nuit du 24 au 25 août 1572, le massacre de la Saint-Barthélémy. L’Amiral Gaspard de Coligny, chef des protestants et défenseur en 1557 de la ville de Saint-Quentin contre les espagnols, est assassiné. Perdant leur droit civil, des dizaines de milliers de protestants s’exilent : un désastre économique pour le royaume...

L’intransigeance politique du royaume ne peut résister longtemps aux coups de boutoir des avancées nouvelles. La Bible, déjà mise à la portée du peuple grâce à l’imprimerie de Gutenberg (elle est le premier livre qu’il imprime), est traduite en langues nationales. Le catholicisme doit renoncer à sa prétention d’être le canal et le gardien uniques de la connaissance religieuse. En 1598,Henry IV promulgue l’Edit de Nantes, édit de tolérance religieuse. La liberté de culte des protestants sera de courte durée. Sous l’influence de ses proches, Louis XIV, en 1685, révoque l’Edit, estimant qu’il n’y a plus de protestants en France...

PREMICES DE LIBERTE

Avec le siècle des Lumières, les encyclopédistes, dont notamment Voltaire, dénoncent l’injustice et la folie de la persécution des protestants. La plupart des penseurs de l’époque réclament une autre manière de gouverner que le despotisme. Suite à la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, naît la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Charte de liberté, elle déclare dans son article 10 : ’ Nul ne sera inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu qu’elles ne troublent pas l’ordre public. ’ Il faudra cependant attendre le Concordat de Napoléon pour, qu’officiellement, trois cultes soient reconnus en France : catholique, protestant et israélite.

9 DECEMBRE 1905

C’est le gouvernement d’Emile Loubet qui fera voter la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Nous sommes alors en pleine ’ affaire Dreyfus ’, officier israélite faussement accusé d’espionnage. Dans un virulent pamphlet intitulé ’ J’accuse ’, Emile Zola défend Dreyfus contre ses accusateurs qui comprennent, entre autres, la majorité du clergé catholique. Aristide Briand se fait alors, à la chambre des députés, le porte-parole du gouvernement de l’époque. La loi est votée. Il est temps de mettre un terme au lien privilégié entre le pouvoir et l’Eglise romaine. Protestants et israélites se réjouissent. Forcée, l’Eglise catholique, lentement, se soumet...

LE PRINCIPE DE LAÏCITE

Si le mot laïcité est relativement récent, son principe est, contrairement à des idées reçues, déjà présent dans l’Evangile de Jésus-Christ. Plusieurs de ses propos le soulignent. Face au pouvoir religieux de son temps, Il ordonne de ’ rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ’. Jésus s’oppose fortement au mélange des genres. Le royaume qu’Il est venu inaugurer n’a aucune ambition politique. Il est intérieur, spirituel. S’il influence les comportements, c’est toujours suite à une adhésion personnelle à son message. ’ Si quelqu’un veut me suivre... déclare Jésus ’.

Tous les lecteurs fidèles de la Bible ne peuvent qu’adhérer au principe de la laïcité, esprit de la loi du 9 Décembre 1905. Car, être laïc ne signifie en rien être athée ou systématiquement anti-religieux. La laïcité est un principe qui permet la séparation des sphères respectives, non l’interdiction par le politique de l’expression des croyances religieuses. La Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales, signée par la France, le précise dans son article 10 : ’ L’expression religieuse doit être libre et garantie par les autorités de notre pays. Elle ne peut être restreinte à la sphère privée ou à l’espace cultuel. ’ Autrement dit, comme il est légitime en France de louer des salles publiques pour des meetings d’ordre politique, autant il devrait être possible de le faire pour des réunions à caractère religieux.

Rappelons enfin que partout où il y a dictature politique, le principe de laïcité est aboli. Un aspect peu connu du nazisme est sa volonté d’étatiser l’église et de réduire l’expression de la foi à la sphère uniquement privée. D’un autre côté, des millions de croyants seront envoyés dans les goulags de l’ancienne Union soviétique pour ne jamais en revenir. ’ Une peuple qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ! ’ a dit Jacques Delors. Puisse ne pas être oublié le sang versé par ceux qui ont payé si chèrement le droit à notre liberté d’expression et de conscience.

Mots cléfs : laïcité , réforme , protestants , jesus , César , calvin , Luther , Coligny , Catherine de Médicis , catholicisme , dreyfus , Aristide Briand , zola , Saint-Quentin , Gutenberg , Edit de Nantes , histoire , France

Le 23 janvier 2012, LePost.fr laisse la place au HuffingtonPost.fr Pour plus d’informations, cliquez ici – Source : http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2008/07/10/1222582_les-racines-oubliees-la-laicite.html

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23.
« Luther, précurseur de la laïcité » Publié Le 19.04.2017 à 17h20 par Nicolas Weill journaliste français né en 1957. Document ‘lemonde ?f’

Marc Lienhard, codirecteur des « Œuvres » de Martin Luther dans « La Pléiade », dont paraît le tome II, évoque le style et les idées du réformateur.

EXTRAIT : Œuvres II, de Martin Luther, multiples traducteurs de l’allemand, édité sous la direction de Matthieu Arnold et Marc Lienhard, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1 216 p., 59 € jusqu’au 31 décembre (en librairie le 27 avril).

Illustration - Martin Luther, gravure, vers 1550. RUE DES ARCHIVES/CCI

A l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme paraît, le 27 avril, le second tome des Œuvres de Martin Luther dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (le premier a été publié en 1999). Ces écrits portent sur la seconde moitié de l’existence du réformateur. La sélection a été dirigée par Matthieu ­Arnold, auteur d’un Luther, et Marc Lienhard, pasteur, théologien et historien. Ce dernier est lui-même l’auteur d’une biographie parue en 2016 : Luther. Ses sources, sa pensée, sa place dans l’histoire (Labor et Fides).

Quelle image de Luther se dessine dans cette édition des « Œuvres » ?

Les 38 écrits ou séries d’écrits publiés dans ce volume ont paru entre 1523 et 1546. Divers, ils traitent aussi bien de problèmes de société, tels que les limites de l’autorité temporelle, les écoles, la guerre et la paix, que de la foi et du culte. Ardent polémiste, Luther y apparaît aussi dans toute son humanité. Au-delà des écrits programmatiques publiés dans le premier volume, ces textes montrent comment Luther prend position, avec vigueur théologique et sens pastoral intacts, sur le vécu ecclésial des communautés séparées de Rome comme sur les valeurs et la spiritualité des chrétiens protestants.

Vous devez être abonné pour continuer. La suite est réservée à nos abonnés. S’abonner dès 1€-[BOUTON3]]- Source :http://mobile.lemonde.fr/livres/article/2017/04/19/luther-precurseur-de-la-laicite_5113845_3260.html?xtref=https://www.google.fr/

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24.
Il était une foi Luther par Nicolas Weill Publié le 19.04.2017 à 17h20

En  1517, Martin Luther publiait ses « 95 thèses », acte de naissance de la Réforme. La biographie de Matthieu Arnold retrace son destin et sa pensée.

EXTRAIT : Luther, de Matthieu Arnold, Fayard, 692 p., 25 €.

Illustration - Une planche du timbre de la Deutsche Post commémorant les 500 ans de la Réformation, paru le 13 avril. HENDRIK SCHMIDT/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP

Un demi-millénaire après le déclenchement symbolique de la Réforme, lorsque les « 95 thèses » « au sujet de la vertu des indulgences » furent placardées par Martin Luther (1483-1546) aux portes de l’église du château et de l’université de Wittenberg (31 octobre 1517), la personnalité de leur auteur demeure controversée.

Véritable camouflet pour le pape Léon X, qui comptait sur les indulgences (remises de peines pour le purgatoire, gagées sur les mérites des saints) afin de financer l’édification de la basilique Saint-Pierre, nul ne s’imaginait alors à quel point la division du monde chrétien allait être profonde et durable.

Vous devez être abonné pour continuer. La suite est réservée à nos abonnés. Je me connecteAbonnez-vous à partir de 1 €- Source : http://mobile.lemonde.fr/livres/article/2017/04/19/il-etait-une-foi-luther_5113844_3260.html?xtref=https://www.google.fr/

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25.
« Luther, la laïcité et nous » – Blog édité en 2016 par Jacques-Simon Eggly « né le 4 septembre 1942 à Genève, un homme politique suisse membre du Parti libéral ».

Quel beau culte présidé dimanche dernier à St-Pierre par Olivier Fatio (né le 25 septembre 1942 à Genève, un théologien protestant et historien suisse).

Les 500 ans de la Réforme et le rappel de l’influence de Luther : telle était la trame. Reste surtout de Luther cette conviction que la Justice de Dieu n’est pas répressive, qu’il ne faut pas s’essouffler pour échapper au châtiment. Le salut est un don une grâce obtenus par la Foi, la confiance. De cela peut et doit découler une sérénité, un apaisement fortifiant l’engagement, en dépit des ignominies qui parcourent notre monde.

Comment ne pas sentir à quel point cet héritage demeure une source de tout ce qui nous a façonnés ensuite ! Tourner le dos à nos racines spirituelles serait plus qu’une méconnaissance déplorable, une ingratitude desséchante ; ce serait une erreur politique et sociétale majeure.

Dans la nouvelle Constitution genevoise, il y a un préambule à l’élaboration duquel l’auteur de ces lignes s’était engagé avec feu. Il commence par ces mots : « le peuple de Genève reconnaissant de son héritage humaniste, spirituel, culturel… » Certes, sont aussi évoqués plus loin les apports successifs et la diversité qui constituent ce peuple. Mais l’accent est donc bien mis sur les racines, le ciment historique de base.

Alors oui, bien sûr, au fil du temps s’est marquée la distance entre les églises et l’Etat. L’autorité politique, qui s’adresse à tous, s’appuie sur le principe de laïcité. Ce principe met au premier plan les règles de la République, de vie en commun qui s’imposent à tous. Soyons clair et sans langue de bois. Aujourd’hui, la question se présente à cause de l’Islam ; ou plutôt à cause de ceux des Musulmans qui refusent la primauté de la laïcité et certaines règles de vie en commun. On pourrait aussi s’inquiéter du manque de vigueur dans les réactions de Musulmans dits modérés face aux radicaux qui infiltrent leur dialectique auprès de jeunes et dans quelques mosquées. Il importe d’être très ferme là-dessus.

Toutefois, un autre risque existe : celui de l’intégrisme laïque, de la mise à l’écart dogmatique des religions, des églises dans la vie publique. Toute relation normale, tout dialogue fécond des autorités avec les responsables religieux pollueraient la sacro sainte laïcité. On n’en est plus à une garantie des principes démocratiques et de la paix confessionnelle ; on en vient à la remise dans les greniers privés de la part religieuse de nos identités. Ce n’est pas seulement une attitude agressive envers, par exemple, les Musulmans membres de notre Communauté nationale. C’est aussi un déni dogmatique de notre histoire judéo-chrétienne. Il paraît que des ayatollahs de cette laïcité guerrière et d’exclusion voudraient interdire le rassemblement de protestants devant le mur des Réformateurs, le premier dimanche de novembre. Ce serait, aux Bastions, une utilisation trop privée d’un espace public. On se pince pour y croire.

Le Grand-Conseil est saisi de trois variantes pour un projet de loi sur la laïcité, les relations entre l’Etat et les églises, les entités religieuses. Deux variantes, l’une surtout, expriment une laïcité de combat, d’exclusion, de surdité, de déni historique. Un projet du Conseil d’Etat entend répondre mieux à l’indication de la Constitution dans son préambule. A voir. Puissent le débat et sa conclusion aller dans ce sens. Officialisons les relations normales, souhaitables, claires entre le politique et le religieux ; entre la société et ses composantes religieuses. Et cultivons, à l’intention de tous, le devoir, la responsabilité et la chance de notre mémoire patrimoniale, dont la dimension spirituelle a nourri notre Corps civique et sociétal.

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26.
Paradoxes de la réforme De la guerre à la laïcité Par André Comte-Sponville, (né le 12 mars 1952 à Paris, est un philosophe français. Il fut membre du Comité consultatif national d’éthique de 2008 à 2016). Philosophe, est l’auteur de ‘C’est chose tendre que la vie’ (Albin Michel, 2015). Publié le 27/02/2017 – Document ‘Le Monde des religions.fr’

André Comte-Sponville : Rony Brauman, (un médecin spécialisé en pathologie tropicale, de nationalité française, né le 19 juin 1950 à Jérusalem. Il est principalement connu pour son rôle dans l’humanitaire). « french doctor » et juif athée, me fit un jour cette confidence : « J’ai travaillé dans de très nombreuses institutions humanitaires, de par le monde, dont beaucoup étaient d’inspiration religieuse, le plus souvent chrétienne. Et j’en ai tiré le constat suivant : chez les catholiques, on se marre ; chez les protestants, on s’ennuie ! » Je rapporte ce propos à mon ami Bernard Feillet, lui-même prêtre catholique. « Rony Brauman a raison, observe-t-il, et ce qu’il dit n’est pas étonnant. Entre les catholiques et Dieu, il y a toujours une médiation : le prêtre, l’Église... Chez les protestants, non : ils vivent directement sous le regard de Dieu. C’est écrasant ! De là ce sérieux, cette gravité, cette austérité... Et puis les catholiques, eux, peuvent se confesser : cela leur rend le péché plus léger ! » Ce ne sont que des témoignages, qui n’ont pas valeur de preuve, mais qui m’avaient à la fois amusé et éclairé. Il faut dire que je fus élevé dans le catholicisme, et que j’y crus assez longtemps pour pouvoir profiter tout à loisir et de ces médiations et de cette légèreté... 

Quant à Luther, nul, pendant ma jeunesse pieuse, ne m’en parla jamais. Je ne le découvrirai que plus tard, surtout par la trace très profonde qu’il laissa dans la philosophie allemande. Mais j’étais entre-temps devenu athée : même si je suis souvent porté à donner raison, intellectuellement, aux protestants (aussi bien sur la vision de l’homme, qui ne saurait se sauver par ses oeuvres, que sur la conception de l’Église et de sa prétendue « infaillibilité »), ces querelles théologiques ne me concernent plus. D’ailleurs, qui concernent-elles aujourd’hui ? Il m’est arrivé bien souvent d’entendre un prêtre ou un pasteur dont les propos, y compris en chaire, eussent été jugés hérétiques aussi bien par Luther que par Léon X. Or, nul ne songe aujourd’hui à les excommunier, encore moins à les brûler. On ne va pas s’en plaindre !

L’idée d’une guerre de religion, entre catholiques et protestants, a perdu toute plausibilité. Une espèce d’oecuménisme spontané se développe, entre chrétiens, qui doit moins à une convergence théologique qu’à une conscience plus aiguë des limites de toute théologie. C’est Érasme qui a gagné, plutôt que Luther, et Voltaire plutôt que la Contre-Réforme - l’humanisme, avec ou sans Dieu, plutôt que telle ou telle conception dogmatique. Tant mieux ! « Toute secte est un signe d’erreur », disait Voltaire : on ne s’oppose que sur ce qu’on ne connaît pas (il n’y a pas de sectes dans les sciences exactes). Cela donne pourtant raison à Luther, plutôt qu’à ceux qui l’ont excommunié. Affirmer les droits de la conscience individuelle contre toute autorité extérieure, fût-ce celle du pape ou du concile, c’était ouvrir la voie à la modernité, avec ce qu’elle suppose indissociablement d’individualisme et d’égalité au moins formelle.

Ne se réclamer que de l’Écriture, de la foi et de la grâce, c’était laisser à chaque individu le droit - voire le devoir parfois - de s’opposer à quelque institution que ce soit. Kierkegaard s’en souviendra. Par quoi le retour au passé (il y a une forme de fondamentalisme chez Luther) était paradoxalement porteur d’avenir. Jaurès ne s’y est pas trompé, qui voyait dans la pensée de Luther l’une des sources du socialisme allemand. Ni Max Weber, qui lui savait gré d’avoir fait du travail une valeur ou une vocation, favorisant ainsi l’essor du capitalisme... Comment mieux dire l’importance de Luther, et la césure qu’il instaure entre le Moyen Âge et nous ? 

Montaigne, son presque contemporain, déplorait que les « nouvelletés de Luther » aient abouti aux guerres de religion. Il avait évidemment raison. Mais elles ont abouti aussi - par refus de ces guerres - à la laïcité, que Luther (convaincu, comme saint Paul, que « tout pouvoir vient de Dieu ») n’envisageait guère. Les voies de Dieu sont impénétrables. 

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27.
La Loi Debré de 1973 – Document de Wikipédia

La loi dite Debré entrée en vigueur en 1973 est une loi de réforme sur le service militaire promue par Michel Debré, alors ministre de la Défense nationale. Adoptée par l’Assemblée nationale le 10 juin 1970, elle prévoit notamment l’abrogation des sursis pour études au-delà de 21 ans ; le départ au service militaire à 20 ans, pouvant être avancé à 18 ans et reporté à 21 ans pour ceux faisant des études supérieures courtes.

La proposition vient de la Commission Armées-Jeunesse. C’est un organisme consultatif créé en 1955 et placé auprès du ministère de la défense. Il vise à favoriser la connaissance entre les armées et les jeunes. Il est composé à l’époque en majorité par des représentants des jeunes (étudiants, ouvriers, agriculteurs), une quinzaine de militaires et cinq représentants d’associations étudiantes (dont l’Union nationale des étudiants de France - UNEF). Les avantages présentés de la réforme entendaient un renforcement du lien entre les études supérieures et l’emploi, et un rajeunissement du service militaire.

Contestation lycéenne et estudiantine

Ce n’est qu’à l’entrée en vigueur des dispositifs de la loi au printemps 1973 que les lycéens se mobilisent, principalement contre la suppression des sursis militaires>1.

Dès la fin février les grèves s’enchaînent dans toute la France, au mois de mars des établissements sont occupés, d’importantes manifestations s’organisent. Le 22 mars à Paris on estime à 200 000 les manifestants. Le 2 avril, plus de 500 000 jeunes défilent dans 236 villes de France, dont 200 000 toujours à Paris Ils craignent de voir leurs études interrompues par le service militaire réduit à 12 mois depuis 1970. L’ambiance globale est à l’antimilitarisme, diffusé par les mouvements d’extrême-gauche, Ligue communiste en tête. Les étudiants se joignent au mouvement, mécontents de la réforme des premiers cycles instituant le Diplôme d’études universitaires générales - Deug.

La loi Debré est maintenue avec quelques aménagements. C’est la première fois depuis mai 1968 que la jeunesse descend massivement dans la rue.

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28.
La mobilisation lycéenne contre la loi Debré en 1973 – 21 mars 1973 Documents ‘Jalons version découverte’ Médiathèque Fiche média – Archives INA Réf. 01071 - Photo

Résumé :

Michel Field (Ligue communiste), le général Baudoin (Commission Armées-Jeunesse) et Olivier Mayer (UNEF Renouveau) évoquent l’opposition lycéenne à la loi Debré. Les lycéens manifestent et occupent les établissements scolaires.

Type de média : Vidéo- Journal téléviséDate de diffusion : 21 mars 1973 - Source : ORTF, 1ère chaîne(Collection : Journal télévisé de 20 H) - Personnalité(s) : Olivier Mayer/ Michel Field

Thèmes :

Au printemps 1973, les lycéens se mobilisent contre la suppression des sursis militaires décidée par la loi Debré. Cette loi de réforme sur le service national, promue par le ministre de la Défense nationale, Michel Debré, avait été adoptée par l’Assemblée nationale, le 10 juin 1970. Elle prévoyait notamment l’abrogation des sursis pour études au-delà de 21 ans, proposition faite par la Commission Armées-Jeunesse, organisme consultatif composé de représentants de l’armée et d’organisations de jeunesse (dont l’UNEF). Le départ au service militaire avait désormais lieu à 20 ans, l’appel pouvant être avancé à 18 ans, et reporté à 21 ans pour les jeunes faisant des études supérieures courtes.

Cette mesure de suppression des sursis n’entrant en vigueur qu’en 1973, ce n’est qu’à ce moment que les lycéens se mobilisent. Dès la fin février, ils se mettent fréquemment en grève dans toute la France, et tout au long du mois de mars occupent leurs établissements et organisent d’importantes manifestations : le 22 mars (200 000 manifestants à Paris) et le 2 avril plus de 500 000 jeunes descendent défilent dans 236 villes (dont 200 000 à Paris). A la crainte de voir leurs études interrompues par le service militaire - qui, depuis 1970 a été réduit à 12 mois - s’ajoute un certain antimilitarisme diffusé par les mouvements d’extrême-gauche, Ligue communiste en tête. S’opposant à la réforme des premiers cycles instituant un nouveau diplôme, le DEUG, les étudiants se joignent à se mouvement.

Finalement, la loi Debré n’est pas abrogée et seuls quelques aménagements sont prévus. C’est cependant la première fois depuis mai 1968, que la jeunesse descend massivement dans la rue. Ce mouvement n’est en outre pas sans effet sur le développement d’une contestation de l’armée par certains appelés en 1974-1975 à travers les comités de soldats. Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet diffusé lors du journal de 20 heures du 21 mars 1973 sur la 1ère chaîne de l’ORTF revient sur la manifestation lycéenne contre la loi Debré qui a eu lieu le même jour à Paris. Le commentaire du journaliste n’a pu être conservé, et seul subsiste le son direct des trois interviews réalisées. Celles-ci, qui alternent avec les images de mobilisation des lycéens, sont réalisées dans des contextes très différents : Michel Field, alors un des leaders du mouvement lycéen, s’exprime au milieu d’une foule de jeunes manifestants, tandis que le général Baudoin, secrétaire de la Commission Armées-Jeunesse, et Olivier Mayer ont été interrogés pour leur part hors de toute agitation.

Le reportage s’emploie à montrer les différents aspects de la mobilisation lycéenne. Il présente en premier lieu la manifestation du jour, et apparaît en cela, emblématique des reportages sur les démonstrations de rue. Les plans se portent successivement sur les deux principaux acteurs, les CRS et les lycéens : en position d’attente, les CRS demeurent immobiles, alors que les lycéens défilent. Ce sujet illustre aussi les autres formes de lutte des lycéens contre la loi Debré : l’occupation des établissements - les jeunes ne sont d’ailleurs pas insensibles à la présence de la caméra - et les graffitis qui prennent essentiellement pour cible Michel Debré. Christophe Gracieux

Transcription

Michel Field

Mais notre mouvement dépasse largement la frange politisée des lycées, il y a des milliers et des dizaines de milliers de lycéens qui n’ont pas fait de politique jusqu’à maintenant et qui viennent sur la question des sursis, nous nous en réjouissons. Aujourd’hui et bien la prise de conscience des lycéens s’est opérée et aujourd’hui une mobilisation sans précédent dans l’histoire du mouvement lycéen, depuis l’affaire Guyot, a lieu sur le problème du rétablissement du sursis militaire et de leur extension à tous les jeunes.

(Silence)

(Général) Beaudouin

C’est une initiative de la Commission armée jeunesse. La Commission armée jeunesse, qui comprend, une majorité de représentants des jeunes, étudiants, ouvriers, agriculteurs et une quinzaine de militaires.

Jean-Pierre Férey

Est-ce que l’unanimité s’était faite au sein de la Commission ?

(Général) Beaudouin

Oui, l’unanimité était totale aussi bien parmi les jeunes ouvriers que les jeunes agriculteurs et surtout parmi les 5 associations d’étudiants qui étaient membres de la Commission à l’époque.

(Silence)

Olivier Mayer

Si par le passé, les dirigeants gauchistes et notamment les dirigeants PSU de l’UNEF, ont cru bon de cautionner le pouvoir sur la mesure de la suppression des sursis. Ils l’ont fait d’une part sans aucune consultation ni des étudiants, ni des instances de l’UNEF. En conséquence, l’UNEF et les étudiants ne sauraient en aucun cas se sentir liés par des telles prises de positions qui n’ont en fait servi que le pouvoir. (Silence).

Logo INA Eduthèque

Source : http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu01071/la-mobilisation-lyceenne-contre-la-loi-debre-en-1973.html

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29.
Autres sources d’information sur les mouvements lycéens

Mouvement lycéen en France — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouve...éen_en_France

Les mouvements lycéens en France trouvent leur origine dans le mouvement étudiant de Mai ... 2.1 « L’affaire Guiot » et la « circulaire Guichard » (1971) ; 2.2 Contre la loi Debré (1973) ; 2.3 Contre les réformes Fontanet (1974) et Haby (1975 et ... Alors que la loi de réforme des sursis militaires entre en vigueur en 1973, les ...

Organisations · ‎Mobilisations · ‎Contre la loi Debré (1973) · ‎Contre la loi Fillon ...

La Ligue communiste et le mouvement lycéen contre la loi Debré ...

www.academia.edu/.../La_Ligue_commu...éen_contre_la_l...

Karel YON La Ligue communiste et le mouvement lycéen contre la loi Debré (printemps 1973) : rôle et place d’une « avant-garde » dans le mouvement de ...

Le mouvement lycéen contre la loi Debré 1973

https://entreleslignesentrelesmots.......

13 avr. 2013 - Communiqué de l’Observatoire de la répression et de la discrimination syndicale. Avec l’arrestation le 28 avril dernier de Nicolas P., cheminot ...

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30.
Loi Debré, «  l’assassinat de l’école publique  » Par Sylvie Ducatteau - Jeudi, 18 Août, 2016 – Documnt ‘L’Humanité’, les séries d’été de l’Humanité 22/33 – Photo KEYSTONE-France.

Décembre 1959. La loi Debré offre à l’enseignement privé le statut qu’il espérait depuisdes décennies, mais au prix d’une violente tempête politique pour la Ve République naissante.

Quelques semaines à peine après l’installation des nouvelles institutions de la Ve République, les partisans du soutien de l’État à l’école privée, essentiellement confessionnelle et catholique, et les laïcs, militants de l’école publique, se retrouvent face à face.

Charles de Gaulle est l’homme fort du moment. Il a pour lui la nouvelle Constitution qu’il appelait de ses vœux depuis la fin de la guerre et la victoire des partis de droite aux élections législatives qui ont suivi le référendum du printemps. Le général a un projet en tête : confier à l’État le financement des salaires des maîtres de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur en contrepartie d’un contrôle de leur qualification. Et d’éviter les vagues en faisant adopter ces mesures par ordon-nance comme le permet désormais la Constitution.

Mais le chef de l’État doit revoir sa stratégie face aux quelque 360 députés adhérents à l’Association des parlementaires pour la liberté de l’enseignement qui espèrent profiter du débat parlementaire pour décrocher des mesures supplémentaires. Démarché par les élus UNR et MRP (droite), le premier ministre Michel Debré promet qu’une loi sera adoptée avant l’été. La procédure législative est lancée en janvier.

Côté rue, l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel) enfonce le clou. Le 6 mars, à l’occasion d’un meeting à la salle Wagram à Paris, l’Apel revendique une dotation de 75 milliards pour l’école privée, la gestion de ses fonds et la participation de l’État à la construction des établissements privés.

Les dimanches 21 et 28 juin 1959, le camp laïc se mobilise

Le ton est donné. Le Comité national d’action laïque (Cnal) réagit. Il dénonce « une violation des lois de 1886, de 1904 qui consacrerait un brutal retour des forces du passé, le principe périmé de la ségrégation scolaire ». Deux mois plus tôt, en janvier, en réaction à l’annonce d’un projet de loi, le Cnal avait écrit à Charles de Gaulle pour exprimer son opposition à toute mesure d’aide à l’enseignement libre, assimilée « au triomphe de l’esprit de Vichy sur celui de la Libération en même temps qu’une atteinte à la laïcité de l’État et à l’unité de la nation ».

Les dimanches 21 et 28 juin, le camp laïc se mobilise. Des manifestations massives ont lieu un peu partout en France. Le 29 novembre et le 6 décembre 1959, à Paris et en province, nouvelles salves. Les cortèges contre la loi Debré rassemblent au moins un million de manifestants. « En province, 700 000 ont dit leur volonté de défendre l’école publique le dimanche 29 », raconte l’Humanité.

L’Humanité entre très vite dans la bataille sous les plumes acérées de Georges Bouvard et Raymond Gelly. Dès le printemps et jusqu’en décembre 1959, ils écrivent presque quotidiennement. Des titres chocs barrent régulièrement les unes du journal. « Le projet antilaïque approuvé » ; « Jour de bataille pour la laïque » ; « On veut cléricaliser l’école publique et officialiser l’école cléricale » ; « Il faut briser l’assaut contre la laïcité ». Dans l’édition du 5 décembre, chiffres à l’appui, Georges Bouvard réduit à néant les arguments « des prélats » et des ministres « à leurs bottes » qui prétendent que : « L’école confessionnelle est aujourd’hui indispensable pour compenser les défaillances de l’école publique qui manque de maîtres et de locaux. Par conséquent, affirme la hiérarchie catholique, l’État doit payer ce “service rendu” ».

Dans les coulisses, le gouvernement a tenté d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé. Il en a appelé à un ancien ministre de l’Éducation nationale, Pierre-Olivier Lapie, finalement exclu de la SFIO dans l’aventure, pour piloter une commission éponyme. Elle s’est réunie une première fois en juillet 1959, mais le gouvernement impose un silence de plomb jusqu’en décembre sur les principes qu’elle préconise : prise en charge du traitement des maîtres par l’État, contractualisation avec l’État ou statut de transition, maintien de la liberté d’enseigner. Pour l’Humanité, le verdict est sans appel « le rapport Lapie, un choix de solutions antilaïques ! ». La loi soumise aux députés le 23 décembre 1959 reprend l’essentiel des propositions du rapport Lapie.

Le quotidien partage la ligne de défense du Cnal pour qui « l’argent public doit être consacré à l’école publique, gratuite et laïque », mais, du coup, le journal dénonce à plusieurs reprises le refus du comité d’intégrer en son sein les partis politiques, dont le Parti communiste, et les organisations qui partagent le même combat. Il en appelle à « l’union de tous les laïcs ». C’est pourtant le projet d’école du Cnal qui alimente la proposition de loi des députés communistes pour « la nationalisation de l’école » — publiée intégralement par l’Humanité. Les mesures phares sont reprises : prolongement de la scolarité jusqu’à 18 ans, création de bourses d’études suffisantes, gratuité de la scolarité y compris des fournitures. Maurice Thorez et Waldeck Rochet, parmi les signataires, veulent une gestion tripartite de l’éducation nationale assurée par l’État, les enseignants mais également les parents. Le 24 décembre à 4 heures du matin, la loi est adoptée par 427 députés ; 71 ont voté contre dont les 10 députés communistes. Le texte est signé par Michel Debré. Le ministre de l’Éducation d’alors André Boulloche n’a pas résisté à « l’assassinat de l’école publique » dénoncé par les militants de l’action laïque.

TEL QUEL. Dans l’Humanité du 10 décembre 1959 Par Georges Bouvard. L’enseignement public laïc ne doit plus être le seul reconnu par l’État. Officiellement, il doit y avoir deux écoles en France : la laïque et la confessionnelle. […] On voit donc, si par malheur ce “compromis” réussissait, comment se dessineront les prochaines étapes : pluralisme financé adopté et mise à l’écart de l’école laïque. »

L’Humanité histoire éducation nationale enseignement privé charles de gaulle michel debré – Source : https://www.humanite.fr/loi-debre-lassassinat-de-lecole-publique-613910

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31.
Les 500 ans de la ’ Réforme protestante ’ par Claire Vérilhac / Blog : RESISTEZ ! 09/01/2017 Mis à jour le 23 juin 2017 Par register / Médiapart - Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

« La Réforme a ouvert une voie, la Loi de 1905 l’a concrétisée, mais la laïcité est toujours à défendre, par tous et pour tous ! » 

En 1517 Martin Luther, moine augustin, affiche ses thèses contre la vente des ’indulgences’. Ce sera le point de départ de la Réforme protestante. Indissociable de l’humanisme de la Renaissance et favorisée par les progrès de l’imprimerie, elle prendra un tour tragique en France avec les guerres de religion et le massacre de la St Barthélémy. Du combat pour la liberté de conscience à la laïcité !

Illustration : Bible de Gutenberg

L’affaire du commerce des indulgences fut le déclencheur de la Réforme protestante. Une ’indulgence’ c’est la possibilité, dans l’Eglise catholique romaine, de racheter ses péchés par des prières, des pélerinages ou des dons. 

Au fil du temps cette pratique était devenue un commerce lucratif, d’abord dénoncé par l’Anglais John Wyclif puis le Tchèque Jan Hus qui sera brulé vif comme hérétique.

Mais au début du 16e siècle l’Eglise franchit un pas supplémentaire.

Afin de financer la construction de la basilique Saint Pierre de Rome, le Pape vend ’en gros’ des indulgences à l’archevêque Albert de Brandebourg qui les fait ensuite revendre aux fidèles, le Pape prélevant au passage une commission. 

Martin Luther, un moine augustin allemand, théologien et professeur d’université dénoncera cette dérive dans ses ’95 thèses’. Celles-ci vont circuler largement en Europe grâce à l’imprimerie qui jouera un rôle considérable dans le développement de la Réforme. 

L’acte fondateur du protestantisme est une rupture. Celle de Luther qui refuse en 1521, à la Diète de Worms, de se rétracter ’car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience ». Mais derrière le combat théologique de la Réforme c’est une lutte plus décisive qui se mène. Contre un pouvoir politique et matériel, bien réel, celui de l’Eglise et du Pape. C’est d’ailleurs l’analyse qu’en fera Engels trois siècles plus tard. 

S’appuyant sur les Evangiles, Luther veut, non seulement corriger les abus de l’Église catholique, mais aussi sa doctrine. La messe ne sera plus célébrée en latin et il n’y aura plus de culte de la Vierge et des saints.

Il est excommunié par le Pape, mais grâce à l’appui de Frédéric le Sage, Prince électeur de Saxe, il met en oeuvre la Réforme et organise une nouvelle Eglise en Allemagne. Son ami et bras droit, Philipp Melanchton, se préoccupe de concilier la Réforme et l’humanisme chrétien. Il affirme le pouvoir de l’État face à la suprématie de l’Église.

Reproduction : Martin Luther en famille par G.A. Spangenberg (1866) © Musée de Leipzig - Martin Luther im Kreise der Familie, von G.A. Spangenberg (1866)

Luther est aussi musicien et donne au chant une place renouvelée dans les offices religieux. Ce qui a contribué au développement de la musique dans les pays de langue allemande. Jean Sébastien Bach, dont les thèmes de la Réforme imprègnent cantates et oratorios, en est l’exemple le plus remarquable. 

Lors d’une révolte des paysans allemands pour s’affranchir du servage ceux-ci espèrent le soutien de Luther. Il évitera pourtant tout ralliement à leur cause ce qui lui est encore reproché aujourd’hui. Tout comme son soutien au Prince électeur de Saxe dans son rejet des communautés juives.

La Réforme luthérienne se répandra également en Suède, en Norvège et au Danemark sous l’impulsion des souverains. Et dès 1520 les idées de Luther traversent la France, mais les autorités y font barrage.

Des humanistes chrétiens, dont Erasme, prônent le retour aux textes originaux de la Bible et des Evangiles et en viennent à critiquer de nombreux rites et pratiques de l’Eglise romaine. Ces idées novatrices circulent dans les milieux érudits et atteignent aussi l’entourage du roi François 1er dont sa soeur Marguerite d’Angoulême. 

Les ’protestants’ de l’époque appartiennent surtout à l’élite sociale sachant lire : clercs, étudiants, imprimeurs, artisans du textile, libraires ... A l’initiative de la Sorbonne, des autorités ecclésiastiques, et avec l’assentiment du Roi, ils seront condamnés comme hérétiques : amendes, prison, bûcher ! Pourtant, sous l’influence de Jean Calvin, une nouvelle Église se structure en rupture avec l’Église romaine.

Après des études de droit Calvin s’est tourné vers la théologie et les lettres. Il apprend le grec, l’hébreu et fréquente les milieux humanistes où se discutent les idées nouvelles. Il plaide pour une séparation du religieux et du politique, mais à y regarder de près sa position semble plus complexe. Par crainte des persécutions il s’exile à Genève qui vient d’adopter la Réforme.

Reproduction - Calvin présidant un colloque à Genève en 1549

Contrairement à Luther, Calvin se méfie des lectures médiévales de la Bible. Il dénonce en particulier la confusion entre le sens littéral et le sens figuré. Il fait adopter, pendant le culte, le chant des psaumes traduits en français par Clément Marot. Il publiera de nombreux ouvrages, très diffusés, dont ’l’Institution de la religion chrétienne’, d’abord en latin puis en français, ce qui était tout à fait nouveau pour un traité de théologie. On peut y lire en particulier que la foi est personnelle et n’a pas besoin de l’intermédiaire de l’Eglise, que le droit au Paradis ne s’achète pas et que seule compte l’Ecriture.

Il n’hésitera pas à user de l’ironie pour critiquer le culte païen des reliques, comme ici : ’Si on voulait ramasser tout ce qui s’est trouvé de pièces de la vraie croix il y en aurait la charge d’un bon grand bateau !’

Calvin aura malheureusement sa part de responsabilité dans la condamnation au bûcher, pour des questions de doctrine, de Michel Servet brillant médecin et théologien humaniste espagnol. Ce qui déclenchera une vive polémique ... toujours pas éteinte.

A partir de 1555 de nombreuses Eglises réformées sont créées en France. La première à Meaux, mais on les trouve surtout dans le midi (Provence, Languedoc, vallée de la Garonne, Aunis, Saintonge ...). Un synode, clandestin, en fixera les règles de fonctionnement, inspirées de Calvin. Le culte doit se faire dans la langue des fidèles et non plus en latin, l’église locale est dirigée par un Conseil dont les membres sont élus. Une grande place est accordée à l’éducation afin que chacun puisse lire lui-même la Bible. Le Temple n’est pas un lieu sacré et le Pasteur est un homme comme les autres.

La Réforme s’étend désormais aux couches populaires notamment dans les villes et chez les artisans. Mais également dans de nombreuses zones rurales comme le Vivarais, les Cévennes, le Tarn ou la Drôme. La noblesse, elle, adhère massivement à la Réforme, surtout dans les provinces du Sud. Sortant de la clandestinité, cette opposition prend désormais un tour politique. Les réformés aspirent à une reconnaissance légale et se heurtent au pouvoir royal. 

Les guerres de religion vont commencer. Huit guerres vont se succéder entre 1562 et 1598 qui verront s’affronter troupes protestantes et catholiques et vont ravager la France. Avec cette nuit sanglante du 23 au 24 août 1572, le massacre des protestants à la Saint Barthélémy, une tuerie sauvage qui fera 10 000 morts. 

Gravure : Saint Barthélemy à Paris (1572) par François Dubois © S.H.P.F.

Les guerres s’achèvent par l’Edit de Nantes signé par Henri IV le 30 avril 1598 qui instaure la co-existence religieuse. Mais elles reprennent avec Louis XIII. En 1627, son ministre le Cardinal de Richelieu organise le siège de La Rochelle qui durera plus d’un an. Les troupes royales y feront des milliers de morts. Privas, en Ardèche, subira le même sort. 

Et les persécutions vont aller croissant sous le règne de Louis XIV qui interdit la plupart des professions aux protestants, fait démolir leurs temples et les oblige à abjurer sous la contrainte. Ce seront aussi les ’dragonnades’ de sinistre mémoire qui consistaient à loger les soldats du Roi chez les protestants pour obtenir leur abjuration ’par tous les moyens’.

En 1685 Louis XIV signe l’Edit de Fontainebleau qui révoque l’Edit de Nantes et interdit tout exercice de la religion protestante, toute émigration, bannit les pasteurs, confisque les biens des récalcitrants ... L’interdiction d’émigrer est un cas unique dans le droit européen du XVIIe siècle puisqu’il contraint des centaines de milliers de personnes à se convertir à la religion du Roi sans même leur laisser la possibilité minimale de quitter le territoire. 

Sont désormais condamnés à mort : des pasteurs, les passeurs qui aident à quitter le Royaume et les fidèles surpris dans une assemblée clandestine interdite. La mort est donnée dans des conditions terribles : tortures, puis supplice de la roue ou du bûcher, pendaison dans le meilleur des cas.

C’est la période du ’Désert’ : la religion réformée se pratique en famille, en cachette, des assemblées secrètes ont lieu dans des endroits reculés, les sermons, les livres et les Bibles circulent clandestinement. 

Les femmes qui refusent d’abjurer sont envoyées en prison. En particulier à la Tour de Constance d’Aigues Mortes. Elles y mourront ou y passeront jusqu’à 38 ans comme Marie Durand. C’est elle, ou une des quelques 200 prisonnières moins connues, Marie de la Roche, Isabeau Sautel, Marie Vernes, Marie Vérilhac ... qui gravera sur la margelle du puits : ’Register’ (Résistez !), inscription toujours visible aujourd’hui.

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Les hommes, eux, sont envoyés aux galères. Plus de 1 500 ’galériens pour la foi’ y passeront jusqu’à 30 années de leur vie pour n’avoir pas voulu renier leur foi, mais la plupart meurent très rapidement. Voltaire, interviendra pour demander la libération de l’un d’entre eux, Jean Pierre Espinas, ainsi que la restitution de ses biens.

Il défendra également d’autres victimes de l’intolérance religieuse et de l’arbitraire, en particulier Jean Calas, marchand protestant de Toulouse exécuté sans preuves. Il obtiendra sa réhabilitation après avoir publié en 1763 son ’Traité sur la Tolérance’.

Bien qu’interdit, l’exil de nombreux protestants vers les pays du ’Refuge’ (Suisse, Allemagne, Pays Bas, Grande Bretagne) aura des conséquences économiques. Pas tant par le départ des capitaux, difficiles à sortir, que par celui des savoir-faire, surtout dans les domaines du commerce, de l’artisanat, de l’imprimerie ou du textile, qui manqueront à la France et iront renforcer ses concurrents européens. 

Si l’attitude du clergé catholique a varié du zèle à l’indifférence dans la dénonciation des protestants, on connait malgré tout quelques curés qui ont préféré protéger les victimes potentielles, par exemple en signant des ’certificats de bons catholiques’ ... à des huguenots notoires !

Le statut de ’non catholique’ pose un problème souvent ignoré : celui de l’état civil. En effet les mariages des protestants sont juridiquement nuls puisque pas enregistrés par l’Eglise. D’où de nombreuses contestations, des problèmes d’héritages, de reconnaissance des enfants ... 

Et des voix se font entendre pour mettre fin à cette proscription des protestants, comme La Fayette, de retour de la guerre d’indépendance américaine ou le Ministre d’Etat Malesherbes. Qui aboutiront à l’Edit dit ’de tolérance’ signé par Louis XVI en novembre 1787 : le mariage ’non religieux’, donc civil, est désormais autorisé, ainsi que les déclarations de naissance et de décès.

Mais la liberté de conscience ne leur sera accordée qu’à la Révolution avec la Déclaration des Droits de l’Homme, et la liberté du culte, par le texte constitutionnel du 3 septembre 1791. Et en 1795 c’est le républicain protestant Boissy d’Anglas qui est l’auteur du rapport à l’origine du Décret qui pose le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. 

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Le XIXe siècle verra la réussite de nombreuses entreprises protestantes (industrie textile et lainière, industrie sidérurgique naissante, ou banques d’affaires). La nature des convictions religieuses et une conduite de vie ascétique ont-elles eu des répercussions jusque dans le domaine économique ?

Cette analyse a été rendue célèbre par l’ouvrage de Max Weber ’l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme’ mais ne fait pas l’unanimité. En effet, si on peut constater un souci, partagé, d’organisation rationnelle, le retour des exilés du Refuge et les liens tissés dans toute l’Europe ont sans doute joué un rôle dans ces réussites. A l’exemple de la Banque Vernes, aujourd’hui Banque Palatine, créée au retour en France d’une famille protestante ardéchoise, réfugiée en Suisse après la révocation de l’Edit de Nantes. 

En 1871 des protestants vont participer à la Commune de Paris. Parmi eux, Elisée Reclus, fils de pasteur, géographe, écologiste avant l’heure, républicain et anarchiste. S’il a rejeté le christianisme, la morale et l’humanisme resteront la base de sa pensée politique et sociale. 

Et le colonel Louis Nathaniel Rossel, qui sera le seul officier supérieur français à combattre avec les insurgés : issu d’une riche famille cévenole il choisira d’obéir à sa conscience plutôt qu’à la hiérarchie militaire. Profondément républicain et soucieux de justice sociale, il sera fusillé à 27 ans par les Versaillais afin ’de faire un exemple’. 

Le Général de Gaulle lui rendra un vibrant hommage dans son ouvrage Le Fil de l’Épée. Le futur chef de la France Libre saluait en Rossel l’archétype du Résistant : « Face à l’événement, c’est à soi-même que recourt l’homme de caractère ... Et loin de s’abriter sous la hiérarchie, de se cacher dans les textes, de se couvrir des comptes-rendus, le voilà qui se dresse, se campe et fait front ’ …

La fin du siècle sera marquée par un antiprotestantisme alimenté par Charles Maurras. Qualifiés ’d’ennemis de la nation’ pour leur soutien massif au Capitaine Dreyfus les protestants s’attireront les foudres de la droite qui dénonce une collusion judéo-protestante. 

Parmi ces nombreux dreyfusards, le député Francis de Pressensé, un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme qui contribuera ensuite activement à l’élaboration de la Loi de 1905 sur la laïcité avec, entre autres, Raoul Allier. La commission parlementaire ’relative à la séparation des Eglises et de l’Etat’ sera d’ailleurs présidée par un protestant, Ferdinand Buisson. Prix Nobel de la Paix en 1927, il mènera un combat constant en faveur de l’enseignement laïque à travers la Ligue de l’Enseignement. 

Tout comme Pauline Kergomard, la cousine d’Elisée Reclus, cette institutrice à l’origine de la création des écoles maternelles. L’influence des protestants fut en effet décisive sur l’autre grande réalisation de la Troisième République : l’école et l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire.

Et Jules Ferry leur rendra hommage : « Le protestantisme a été, dans l’histoire moderne, la première forme de la liberté. Notre évangile politique est aussi le vôtre. La révolution de 1789, dont notre république est le développement logique, a été faite en partie par vous : elle est pour vous la date de l’affranchissement définitif. Nous vous saluons donc.’

Les protestants s’élèveront précocemment et très largement contre les mesures de persécution des Juifs prises par le régime de Pétain. Le 26 mars 1941, au nom de l’Église Réformée de France, le Pasteur Marc Boegner écrit une lettre de solidarité au grand rabbin Isaïe Schwartz. Cette première déclaration publique d’une Église chrétienne contre la persécution des Juifs est largement diffusée en zone Sud : elle aura une grande influence sur le comportement des protestants. 

Reproduction : Insigne des Protestants de la France Libre © S.H.P.F.

S’ils furent nombreux dans les réseaux de la résistance intérieure ils ont été plus hésitants à s’engager dans la résistance armée, sans doute animés par une tradition de pacifisme réfractaire à toute violence. 

Parmi eux, André Philip, un des 80 députés qui refuseront de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, participera à la Résistance au sein du réseau Libération Sud et rejoindra le Général de Gaulle à Londres. Très tôt engagé dans l’éducation populaire, il est à l’initiative de la création en 1944, de la « République des Jeunes » qui préfigure la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture dont il assurera la présidence jusqu’en 1968.

Le rôle de la Cimade, avec à sa tête Madeleine Barot, sera également capital sous l’occupation. Véritable précurseur de l’aide humanitaire elle apportera aide aux Juifs et aux internés, fournissant faux papiers et organisant des réseaux de passage en Espagne ou en Suisse. 

Madeleine Barot et Marc Boegner seront distingués ’Justes entre les Nations’ par l’institut « Yad Vashem » ainsi que de nombreux protestants, sans oublier la communauté du Chambon-sur-Lignon, seul exemple français d’attribution collective.

En 1956, c’est encore André Philip qui s’oppose à la répression sanglante menée en Algérie par le Gouvernement Guy Mollet, dans son pamphlet ’le socialisme trahi’. Il dénonce l’ignorance du problème colonial algérien mais aussi de l’Islam et du Maghreb, et refuse qu’au nom d’une idéologie soient utilisés des ’moyens déshonorants’.

Si la minorité protestante a été nettement ancrée à gauche à la fin du XIXe siècle avec la lutte pour la laïcité, c’est devenu un électorat plutôt modéré se différenciant peu du vote national. Un certain nombre de protestants, qu’ils aient ou non revendiqué leur appartenance religieuse, ont assumé des responsabilités politiques importantes, comme Pierre Joxe, Michel Rocard ou Lionel Jospin.

Mais les résultats de la dernière présidentielle laissent apparaître des signes inquiétants. D’après l’enquête Ifop publiée par Pélerin Magazine il semble en effet que l’allergie du protestantisme pour l’extrême droite soit du passé. Sans doute le résultat de l’importation des USA des sectes et mouvements évangéliques, plus ou moins reconnus, en forte croissance depuis quelques années

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Les protestants issus de la Réforme restent, eux, investis dans la vie publique, en particulier dans les actions de solidarité. Et même lorsque la foi et les pratiques s’estompent, ils n’oublient pas les persécutions dont ont été victimes leurs ancêtres, leurs combats pour la liberté de conscience et leur courageuse résistance. 

Très attachés à la laïcité, pour laquelle ils ont payé un lourd tribut au fil de l’Histoire, ils sont souvent vigilants quant à son respect. 

Mais nous sommes tous concernés, au moment même où elle est attaquée de toutes parts par des responsables politiques qui affichent publiquement des prises de position à caractère religieux, qui s’en prennent à nouveau à des croyants pour leurs convictions ou leurs pratiques, et par tous ceux qui se cachent honteusement derrière la laïcité pour faire passer leur message raciste.

Avant-hier les protestants, hier les juifs, aujourd’hui les musulmans, les victimes changent mais la stratégie est toujours la même : désigner une cible, diviser pour régner. 

La Réforme a ouvert une voie, la Loi de 1905 l’a concrétisée, mais la laïcité est toujours à défendre, par tous et pour tous ! 

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Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction. Source : https://blogs.mediapart.fr/register/blog/040117/les-500-ans-de-la-reforme-protestante

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32.
Accès à des articles d’actualités sur Luther – Sélection du 24/09/2017 avec Google

La chapelle Sainte Lucie à Ajaccio ouvre ses portes à Luther Corse Net Infos

Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, la chapelle Sainte Lucie à Ajaccio ouvre ses portes pour une exposition sur Martin ...

Martin Luther et le protestantisme s’exposent ladepeche.fr

L’événement se terminera par la projection gratuite d’un film sur la vie de Martin Luther, dans les locaux de l’église de Lorp-Sentaraille, ...

Luther sur scène, à Roubaix actu.fr-15 sept. 2017

Samedi 16 septembre, plongez dans l’histoire de Martin Luther, fondateur de la Réforme protestante, avec les artistes de la compagnie du ...

Au coeur de l’histoire - Martin Luther - 07/09/17 Europe1-7 sept. 2017

Cette année 2017 est celle du cinquième centenaire de la Réforme. 500 ans se sont écoulés depuis que, le 31 octobre 1517, un certain Martin ...

Lozère : 500 ans de protestantisme, de Martin Luther au Désert Midi Libre-1 sept. 2017

C’est l’année où Luther aurait affiché sur la porte de l’église de Wittemberg une série d’affirmations. Il parle de perversions. Il ne cherche pas à ...

« Print », le Musée International de la Réforme de Genève célèbre ... Toutelaculture-16 sept. 2017

Michal, ancien directeur des “Films Tchécoslovaques”, a été déclassé et travaille désormais

« Print », le Musée International de la Réforme de Genève célèbre ... Toutelaculture-16 sept. 2017

Michal, ancien directeur des “Films Tchécoslovaques”, a été déclassé et travaille désormais aux Archives. De plus en plus souvent, il …

ALSACELuther ou le mendiant de la grâce RCF-13 sept. 2017

La pièce est située en 1546, à quelques mois de la mort de Martin Luther. « Il n’était pas question pour moi de refaire l’histoire de Luther, ...

3 bonnes raisons d’aller à la rencontre de Luther Var-Matin-12 sept. 2017

L’association protestante de diaconie et d’actions culturelles de l’Est Varois proposera comme chaque année, dès demain jeudi et jusqu’à ...

Assemblée du Désert : 500 ans après Luther, la mémoire toujours vive La Vie-4 sept. 2017

Cinq cents ans après la publication des 95 Thèses de Luther, les participants de l’Assemblée du Désert, a priori plutôt héritiers de Jean Calvin ...

Le temple ouvre ses portes à Luther ladepeche.fr-11 sept. 2017

Pour célébrer le 500e anniversaire du lancement de La Réforme en 1517 par Luther, l’association cultuelle protestante présente au temple ...

Ils célèbrent Luther, lanceur d’alerte du XVIe siècle Ouest-France24/09/2017-

L’occasion de mettre en avant Martin Luther, lanceur d’alerte au XVIe siècle. « Il a amené une autre manière de penser l’être humain ...

Luther lui aussi s’est préoccupé de politique Reforme-22 sept. 2017

Parmi les œuvres de Luther, on trouve des traités théologiques, des commentaires bibliques, des appels à une forme de résistance, des lettres ...

Le message de Luther est-il toujours actuel ? Est Républicain-20 sept. 2017

C’est la question qui sera posée demain vendredi à l’occasion d’une conférence animée par le pasteur Marc Frédéric Muller ...

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33.
Sélection de quelques citations de Martin Luther

Source ds citations suivantes : http://dicocitations.lemonde.fr/auteur/2800/Martin_Luther.php

« La Vérité est plus forte que l’éloquence, le savoir supérieur à l’érudition ».

Références de Martin Luther - Biographie de Martin Luther
Plus sur cette citation >> de Martin Luther - citation 49082 

« Mon cœur déborde de gratitude envers la musique qui, si souvent m’a consolé et qui m’a tiré de grands malheurs ».

Références de Martin Luther - Biographie de Martin Luther
Plus sur cette citation >> de Martin Luther - citation 47044 

7 Source des citations suivantes : http://evene.lefigaro.fr/citations/martin-luther

“Qui n’aime point le vin, les femmes ni le chant restera sot toute sa vie.”

“Ce qui ne peut s’enseigner que par des coups et au prix de la violence ne portera que de mauvais fruits. ”

“Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier.”

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ADDENDA



1.
Le protestant Ferdinand Buisson (1841-1932) : introduction de l’article de Wikipédia

« Ferdinand Buisson, né le 20 décembre 1841 à Paris et mort le 16 février 1932 à Thieuloy-Saint-Antoine, est un philosophe, éducateur et homme politique français, de religion protestante, cofondateur et président de la Ligue des droits de l’Homme, ainsi que président de la Ligue de l’enseignement (1902-1906). En 1927, le prix Nobel de la paix lui est attribué conjointement avec Ludwig Quidde. »

« Il a été directeur de l’Enseignement primaire en France. En 1905, il préside la commission parlementaire chargée de mettre en œuvre la séparation des Églises et de l’État. Il est également connu pour son combat en faveur d’un enseignement laïque à travers la Ligue de l’enseignement… »

Sommaire

Quelques extraits biographiques concernant Ferdinand Buisson d’après Wikipédia

« Figure historique du protestantisme libéral, il s’exile volontairement en Suisse sous le Second Empire, de 1866 à 1870, car il refuse de prêter serment au nouveau pouvoir ; il est professeur à l’Académie de Neuchâtel. En 1867, il suit les trois congrès internationaux de la Ligue de la Paix et de la liberté ».

« Refusant d’enseigner la philosophie, car désireux d’œuvrer en faveur des enfants les plus pauvres, il est, grâce à son amitié avec le ministre de l’Instruction publique Jules Simon, nommé à la direction des établissements scolaires parisiens. Une violente campagne, menée tant par le parti catholique que les protestants orthodoxes, contraint Jules Simon à faire marche arrière. Buisson sera chargé de réunir une vaste documentation sur les pratiques pédagogiques dans le monde ».

« Partisan de la première heure de la Société des Nations (SDN), Ferdinand Buisson se consacre ensuite au rapprochement franco-allemand, surtout après l’occupation de la Ruhr en 1923, en invitant des pacifistes allemands à Paris et en se rendant à Berlin. Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1927 avec le professeur allemand Ludwig Quidde. Il le dédiera aux Instituteurs et institutrices de l’école publique ».

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« Dictionnaire de pédagogie », de Ferdinand Buisson : le bréviaire des « hussards noirs » de la République Par Jacques de Saint VictorMis à jour le 28/09/2017 à 12:30 - Photo : Leçon d’arithmétique dans une classe élémentaire, vers 1900. ©Fototeca/Leemage

Des morceaux choisis de l’oeuvre monumentale de Ferdinand Buisson viennent d’être réédités. Une formidable leçon de pédagogie dont les réformateurs contemporains devraient s’inspirer.

Ce dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson est considéré comme la « cathédrale de l’école républicaine ». C’est une excellente idée de le republier, puisqu’il a formé les « hussards noirs » de la République ; un quart des instituteurs l’aurait acheté, précise Pierre Nora dans l’introduction de cette édition (qui reproduit l’article consacré à « Buisson » dans ses Lieux de mémoire). Cette œuvre monumentale a été pensée et dirigée par deux hommes : l’un célèbre, Ferdinand Buisson, proche de Jules Ferry, républicain « opportuniste », libre-penseur et protestant qui est resté pendant de longues années directeur de l’enseignement primaire ; l’autre, James Guillaume, est aujourd’hui bien oublié. Il était un républicain plus radical, ...

Cet article est réservé aux abonnés. 85% reste à lire. Je me connecte - Accès conditionnel à la totalité de cet article ; http://www.lefigaro.fr/livres/2017/09/28/03005-20170928ARTFIG00029--dictionnaire-de-pedagogie-de-ferdinand-buisson-le-breviaire-des-hussards-noirs-delarepublique.php


2.
Informations autour de Paul Ricœur, philosophe de confession protestante

D’parès Wikipédia, en introduction, « Paul Ricœur (27 février 1913, Valence20 mai 2005, Châtenay-Malabry) est un philosophe français. Il développe la phénoménologie et l’herméneutique, en dialogue constant avec les sciences humaines et sociales. Il s’intéresse aussi à l’existentialisme chrétien et à la théologie protestante. Son œuvre est axée autour des concepts de sens, de subjectivité et de fonction heuristique de la fiction, notamment dans la littérature et l’histoire… » - Source ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ric%C5%93ur#P.C3.A9tainisme

L’éthique a été une des préoccupations de Paul Ricœur. Extrait de Wikipédia

« Faut-il faire une distinction entre morale et éthique ? À vrai dire, rien dans l’étymologie ou dans l’histoire de l’emploi des mots ne l’impose : l’un vient du latin, l’autre du grec ancien, et les deux renvoient à l’idée de mœurs (ethos, mores). On peut toutefois discerner une nuance, selon que l’on met l’accent sur ce qui est estimé bon ou sur ce qui s’impose comme obligatoire. C’est par convention que je réserverai le terme d’« éthique » pour la visée d’une vie accomplie sous le signe des actions estimées bonnes, et celui de « morale » pour le côté obligatoire, marqué par des normes, des obligations, des interdictions caractérisées à la fois par une exigence d’universalité et par un effet de contrainte. On reconnaîtra aisément dans la distinction entre visée de la vie bonne et obéissance aux normes l’opposition entre deux héritages : l’héritage aristotélicien, où l’éthique est caractérisée par sa perspective téléologique (de telos, signifiant « fin ») ; et un héritage kantien, où la morale est définie par le caractère d’obligation de la norme, donc par un point de vue déontologique (déontologique signifiant précisément « devoir »). »

Soi-même comme un autre, septième étude, 1990, Points Essais no 330, p. 200.

Paul Ricœur propose donc de placer l’éthique, c’est-à-dire la question de la visée de la vie, avant la morale, la question des normes. L’éthique permettra, dans les pages suivantes de Soi-même comme un autre, au philosophe de penser l’estime de soi, alors que la morale interrogera sur le respect de soi. Si Ricœur se garde de définir trop précisément la vie bonne, il suggère que chacun doive y réfléchir, en partant d’une réflexion sur ce qu’est la vie d’un homme.

Cette pensée le conduit rapidement à la sollicitude envers l’autre. La visée éthique est « avec et pour l’autre ». Toujours grâce à Aristote, il propose de prendre l’amitié comme médiateur entre la visée de la vie bonne et la question de la justice. En effet l’estime de soi serait manque sans sollicitude, qui trouve son modèle dans l’amitié19. Mais la rencontre de l’autre ne peut toujours être amicale car elle ne s’opère pas toujours dans des relations entre égaux désirant le vivre-ensemble. Cette situation ne couvre pas toutes les situations de rencontre de l’autre. C’est là que la réflexion de Lévinas sur l’autre qui donne une injonction d’amour et l’autre qui est souffrant permet à Ricœur de pousser la recherche de l’égalité dans des contextes d’inégalité. L’égalité n’est retrouvée dans ces situations que par « l’aveu partagé de la fragilité, et finalement de la mortalité ». Cela conduit le philosophe à introduire les concept de réversibilité des rôles, d’insubstituabilité des personnes et, finalement, de similitude entre elles. Ce dernier concept lui permet d’émettre, comme fondement éthique : l’estime de l’autre comme soi-même est équivalent à l’estime de soi-même comme un autre20.

C’est alors que se pose la question des institutions. Car il n’y a pas qu’une relation de face à face, il y a aussi un « il », qui suggère une idée de pluralité. Le vivre bien ne se limite donc pas à soi et aux relations interpersonnelles, mais s’étend aussi aux institutions. Au terme de sa réflexion sur les institutions justes (toujours dans son volet éthique et non moral), Ricœur détermine que le vis-à-vis de soi dans chaque humain est donné par l’idée d’égalité21. Cette égalité permet des ’institutions justes’ » Source : . https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ric%C5%93ur#.C3.89thique

On peut consulter également :

Paul Ricoeur : biographie, actualités et émissions France Culture https://www.franceculture.fr/personne-paul-ricoeur.html

La pensée de Paul Ricoeur (1/4) : Soi-même comme les autres

Il n’y a pas d’humanité sans solidarité- 20 sept. 2017 Par Gabrielle Teissier K

Paul Ricœur : brève introduction biographique et intellectuelle d’après ‘fondsricoeur.fr’ 

Paul Ricœur (1913-2005) est un des grands philosophes français du vingtième siècle. L’ampleur de sa pensée et l’importance de son œuvre sont reconnues dans le monde entier.. Photo.

Paul Ricœur, orphelin de père et mère, découvre la philosophie au lycée de Rennes avec Roland Dalbiez. Licencié en philosophie à 20 ans, il est reçu deuxième à l’agrégation en 1935. Longtemps partisan de la non-violence, il se résoudra tardivement à l’importance des institutions étatiques. C’est à Paris, dans les années 1930, qu’il poursuit son apprentissage philosophique avec Gabriel Marcel. Il découvre alors les écrits de Husserl, travail qu’il poursuivra en traduisant Ideen I au cours de sa captivité en Poméranie de 1940 à 1945. C’est là aussi, à l’été 1942, qu’il se découvre résolument démocrate. Après la guerre il enseigne trois ans au collège cévenol de Chambon-sur-Lignon où il achève sa thèse sur la volonté.

En 1948 il est nommé à l’Université de Strasbourg, avant de devenir professeur à la Sorbonne en 1956. Écrivant régulièrement dans la revue Esprit et celle du Christianisme social, il enseigne parallèlement pendant 10 ans à la Faculté protestante du bd Arago. En 1964 il fonde le département de philosophie de l’Université de Nanterre avant d’être élu doyen de la faculté des Lettres pendant les années agitées de la contestation étudiante.

Tout en animant un séminaire renommé aux Archives Husserl à Paris, il entre en 1970 au département de philosophie de l’Université de Chicago et partage alors son temps entre les États-Unis et la France. Les années 1980 consacrent le retour de Paul Ricœur au premier plan de la vie intellectuelle française. Alternent alors des œuvres majeures et des recueils de texte où la philosophie dialogue avec le droit, l’histoire ou l’exégèse. Il ne cesse de voyager dans le monde et d’encourager une philosophie en prise avec les questions contemporaines. Jusqu’à sa mort en 2005, le philosophe poursuit une œuvre reconnue internationalement pour son originalité, son engagement moral et politique, et son ampleur exceptionnelle.

L’œuvre de Paul Ricœur a commencé après-guerre sous le signe de la Philosophie de la volonté (1950), et de l’éthique sociale (Histoire et vérité, 1964). Son parcours le conduit de la phénoménologie de l’agir à l’herméneutique (De l’interprétation. Essai sur Freud, 1966 ; Le conflit des interprétations, 1969), puis à une poétique du temps et de l’action (La métaphore vive, 1975 ; Temps et Récit, 1983-1985 ; Du texte à l’action, 1986). Soi-même comme un autre (1990) propose une philosophie du sujet parlant et agissant fortement articulée sur la philosophie morale et politique, et prolongée par plusieurs recueils de textes traitant du problème de la justice comme vertu et comme institution (Lectures 1 et Le Juste 1 et 2 entre 1991 et 2001). Il ne cesse cependant de rester en débat avec des sources non philosophiques de la philosophie, notamment les textes bibliques (Penser la Bible, 1998). En 2000, il publie Mémoire, Histoire, Oubli sur la question d’une juste représentation du passé, et en 2004 un Parcours de la reconnaissance qui place celle-ci au cœur du lien social.

Ricœur reste pour beaucoup le modèle même de l’intellectuel toujours interpellé par l’événement et essayant d’y répondre simplement en penseur, et non en maître penseur. Passeur exemplaire, il se situe à la croisée de trois grandes traditions philosophiques : la philosophie réflexive française, la philosophie dite continentale européenne et la philosophie analytique anglo-saxonne.

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Emmanuel Ricoeur et Paul Macron (sic) Par christophe courtin Blog : Le blog de christophe courtin 8 juin 2017

On présente Macron comme incarnant le renouveau. En fait, comme tout le monde, il est l’héritier d’habitus familiaux, de traditions politiques et de pensées éprouvées mais dont il propose une nouvelle synthèse. Avec Ricoeur on sait que ce qui est neuf n’est pas nécessairement nouveau. C’est peut être ce qu’il y a chez notre président, à son corps défendant, de plus ricoeurien.

Le philosophe et le politique n’ont pas toujours fait bon ménage : Platon et le tyran de Syracuse, Voltaire et Frédéric II, ou même Heidegger et Hitler. Que dire s’ils se retrouvent dans la même tête ? C’est le cas depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Il n’a pas enseigné la philosophie, il a peu écrit mais il est titulaire d’une maîtrise de philosophie (mémoire sur Machiavel) et d’un DEA (mémoire sur Hegel) à Paris X où il a suivi le séminaire d’Etienne Baliba r[1]. Surtout il a été à vingt-deux ans, deux années de suite, assistant éditorial de Ricoeur [2] qui achevait sa dernière œuvre majeure sur l’histoire et la mémoire. Ricoeur avait le souci de la proximité avec ses élèves, une pédagogie protestante qu’il a longtemps pratiquée dans les universités américaines. Travailler en tête à tête avec Ricoeur aux Murs Blancs à Châtenay-Malabry où flotte l’esprit d’Emmanuel Mounier [3] doit laisser des traces sur un jeune homme sensible, intelligent et ambitieux. La question est de faire le tri entre l’instrumentalisation d’une communication politique qui voulait donner de l’épaisseur à un candidat peu connu voire juvénile et l’influence réelle d’un penseur majeur du XXe siècle sur celui qui présidera notre pays. Entre critique et conviction [4], à distance de toute macronmania béate ou d’un macronbashing haineux, tentons de comprendre ce phénomène à partir de la pensée très exigeante de Ricoeur.

Comprendre et expliquer le phénomène Macron

Laissons les penseurs des tréteaux médiatiques nier les faits, en mode infatué pour Onfray et outré pour Finkielkraut. Notre nouveau président possède une réelle culture philosophique acquise auprès de Ricoeur. Ils doivent craindre un adversaire connaissant les facilités rhétoriques de leur petit magistère médiatique. C’est François Dosse, biographe de Ricoeur, qui a présenté un de ses étudiants à ce dernier qui cherchait en août 1999 un archiviste pour l’aider à gérer sa documentation autour de son travail sur l’historiographie. Outre François Dosse, à en croire des témoins crédibles comme le philosophe Olivier Abel [5], spécialiste et ami de Ricoeur, cette collaboration a été intense.

Ricoeur était un penseur immense mais discret qui n’a pas laissé un système de pensée prêt à l’emploi comme le structuralisme, la psychanalyse, le marxisme ou l’existentialisme même s’il a ferraillé avec ces théories. Il a toujours privilégié la méthode discursive approfondie pour comprendre la réalité telle qu’elle apparaît à notre conscience. C’est un transmetteur, un passeur d’idées. A partir d’une question qui lui semblait centrale, il s’attaquait à circonscrire, comprendre et interpréter un phénomène qui l’intéressait : le mal, la mémoire, le religieux, le temps, le juste, la liberté, le politique. Comme Mallarmé creusait le vers, il creusait l’interprétation. S’engager dans la lecture d’un de ses livres, c’est suivre un spéléologue dans les entrailles d’une matière qu’il éclaire au fur et à mesure qu’il avance. Il faut être rigoureux, patient, attentif ; accepter le rythme de l’auteur, les longs détours et les impasses. Mais il est toujours didactique, jamais elliptique. La méthode ricoeurienne c’est la confrontation permanente de sa propre interprétation et de ses convictions à celles d’autres auteurs contemporains ou anciens, à partir de la lecture critique de leurs écrits. L’autre est le plus court chemin de soi à soi, disait-il. Une dialectique jamais fermée, un dialogue permanent. Macron a accompagné ce mineur de fond pendant deux ans. Cette expérience a été fondatrice. Il était comme « un enfant fasciné à la sortie d’un concert [6] ». Ce n’est pas neutre, mais est ce déterminant ? Comprendre le phénomène Macron à partir de la pensée de Ricoeur c’est appliquer la méthode de celui ci : regarder, lire et écouter de manière approfondie et honnête ce qu’a fait, dit et écrit celui là en confrontant ce matériau à la réalité et à mes propres convictions. Une discussion à quatre : Macron, Ricoeur, le lecteur et l’auteur de cet article.

Banquier chez Rothschild : La réalité et la métaphore.

Pendant la campagne, l’évocation du métier de banquier du candidat chez Rothschild de 2008 à 2012, enclenchait le soupçon d’antisémitisme sur celui qui allait sur ce terrain pour le critiquer. Pourtant, objectivement, il a été banquier chez Rothschild. Bien sûr, on a vu fleurir des caricatures nauséabondes mais le soupçon était aussi un instrument de délégitimation de toute critique. D’autres [7] avaient travaillé chez Rothschild sans que cela ne pose problème, c’était à une époque de prospérité économique avant la chute de la banque Lehmann Brother en 2008 ouvrant la crise financière et ses ravages économiques et sociaux. Ricoeur a expliqué que la métaphore avait une efficacité heuristique afin de creuser l’interprétation de la réalité. Pourquoi cette hystérie autour de ce fait objectif du passage chez Rothschild ? L’image du banquier capitaliste est encore la métaphore d’une mondialisation financière hors sol qui fonctionne en auto allumage systémique entre la science, la technologie et les marchés, sans contrôle humain. Il est probable que si la banque n’avait pas le patronyme d’un banquier juif, la métaphore aurait eu une portée plus limitée. On peut le regretter, la figure du Juif déraciné et cosmopolite a encore un rendement métaphorique certain.

Macron a choisi la banque alors qu’il était à l’inspection des finances qu’il décrit dans la revue des anciens élèves de Sciences Po de 2007, comme «  une école de rigueur et donc d’humilité [8]  ». Il explique plus loin sans fard son choix : « parce qu’elle me paraissait plus libre et entrepreneuriale ». On ne peut meilleur credo libéral financier. Au delà de la métaphore du banquier juif, cette partie de la biographie de Macron relève de l’intrigue de son récit. Des dossiers dont il a eu la responsabilité au sein de la banque, deux illustrent le concept de responsabilité associé chez Ricoeur à la liberté de l’agent moral. Macron a piloté le rachat par le Crédit Mutuel de Cofidis, le spécialiste des prêts revolving à 17% qui ont plongé des familles dans l’addiction consumériste. Il a conduit l’acquisition de la branche lait maternel du groupe Pfizer par Nestlé qui a construit son développement en Afrique sur la dépendance au lait en poudre contre le lait maternel. Des travaux de l’OMS montrent que cette stratégie a entrainé la mort de milliers de nourrissons faute d’accès à de l’eau potable. 

Bien sûr quand le président passe en revue les troupes à Gao, il n’est pas responsable personnellement de l’enfant qui meurt dans le dispensaire du quartier, trois cent mètres plus loin, faute d’immunité microbienne contre l’eau du puit pastoral contaminé. Il n’est pas plus responsable de la saisie arrêt pour défaut de remboursement du prêt pour l’achat du homevidéo par le passant en fin de droits qu’il croise à pied sur le chemin de l’ambassade d’Angleterre pendant qu’il ironise sur le dialogue social qu’il vient d’engager en ne disant rien. Il aura dû oublier à ce moment là, juste pour le plaisir d’un bon mot, la pensée de Ricoeur sur le délibératif comme contrepoids nécessaire à la verticalité du pouvoir. Curieusement c’est dans la métaphore de la comptabilité que Ricoeur développe sa pensée sur la responsabilité qui est d’abord évaluation, comme on évalue un bilan. Comment évaluer la responsabilité d’un banquier qui apporte son expertise financière dans une stratégie industrielle mortifère ? Ricoeur pense que l’homme est un sujet responsable inscrit dans une histoire personnelle, ce qu’il appelle l’identité narrative qui est avant tout morale. L’homme est capable de sa liberté. C’est dans la relation à l’autre que la question éthique se pose, est-ce bien, est-ce mal ? Macron banquier a répondu : ni bien, ni mal, c’est la finance qui est libre. S’il a bien intégré Ricoeur, Macron sait aussi que sa propre identité narrative évolue. Huit ans plus tard, il publie son livre de campagne Révolution [9]. Sur la question du mal au cœur de la finance, il a bougé. Page 60 il écrit « il faut lutter contre la finance sans finalité (…) une telle bataille n’est pas seulement technique, elles est politique, morale ». L’acquisition privée d’un immeuble dans un montage bancaire légal à partir de fonds collectifs et d’incitations publiques, relève-t-elle selon lui de la finance sans finalité ? La confrontation au réel à son niveau de responsabilité politique dans un monde en crise où les inégalités se creusent quand la question écologique est devenue celle de l’avenir de l’espèce humaine, le fera-t-elle évoluer plus loin dans son jugement moral sur la mondialisation financière ? Il faut l’espérer.

L’histoire, le récit et la durée d’un quinquennat

Laissons de côté le faux-pas sarko-kennedien de la soirée du premier tour alors que le Front National était qualifié. Même si le sept mai le choix de la cour du Louvre semble avoir été circonstanciel, l’arrivée à pied du nouveau président, depuis le fond de la cour jusque la pyramide, sur fond d’hymne à la joie, voulait avoir un sens symbolique lourd. D’ailleurs, Macron à ce moment précis devait avoir en tête plutôt Hegel que Ricoeur. Par ce geste inaugural, c’est comme s’il voulait incarner l’Esprit français, depuis la Royauté en passant par l’Empire jusqu’à la monarchie républicaine de la Ve République en marche vers l’Etat post postmoderne européen. Pompier ? Un truc de communicant façon Buisson ? Une vraie symbolique ? Un peu des trois probablement.

Ayant suivi Ricoeur pendant sa réflexion sur l’histoire, Macron sait que, chef de l’Etat, il aura en charge le vouloir vivre ensemble des Français à partir de « l’autocompréhension de leurs grands récits nationaux fondateurs » [10]. Sarkozy a voulu grossièrement instrumentaliser l’identité française. Hollande, plus serein sur la question, a reconnu que la déchéance de nationalité avait été une erreur. On sent pourtant chez Macron une volonté déterminée d’aller sur ce terrain. Comme s’il voulait expérimenter dans une grande pédagogie élyséenne la démarche Ricoeurienne qui distinguait soigneusement le travail scientifique de l’historien du travail de mémoire collectif, le premier alimentant le second. En février dernier, depuis Alger, il a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. L’historien de la guerre d’Algérie Benjamin Stora lui a donné raison, les autorités algériennes ont instrumentalisé le propos, les associations de rapatriés ont été meurtries et les nostalgiques de l’OAS se sont déchaînés. Il ne prenait pas un gros risque politique, cet électorat mémoriel de l’Algérie française vote bien à droite. En mai 2016, alors que son projet politique n’est pas encore pris au sérieux, il prononce un discours à l’occasion des fêtes johanniques d’Orléans où il s’identifie au destin de Jeanne d’Arc. « Voila pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. » Il n’hésite pas à se saisir de ce récit national que le Front National tente de préempter. En août 2016 lors de sa visite au Puy du Fou, lieu de mémoire d’une France mélancolique des vieux équilibres d’avant la révolution, il a cette phrase très ricoeurienne, « la réalité m’oblige de vous dire que… » Ce qui l’obligera en politique ne sera pas le jugement moral puisque selon lui plaider la moralité à quelqu’un qui lui même la plaide, ne sert à rien[11]. Il voudra revenir à la réalité des faits passés. Sur ce plan toutefois, la sociologie analytique américaine que Ricoeur a fréquenté montre que la réalité sociale est elle même construite, il lui faudra donc être bien prudent sur ce qu’il pense être la réalité. Sur le grand récit national de la Laïcité, il se range clairement dans le camp d’Aristide Briand, contre Emile Combes : « la laïcité est une liberté avant d’âtre un interdit [12] ». Au regard de l’histoire, un quinquennat c’est court, mais il est certain que pendant la durée de son mandat il aura à naviguer en période de ce que Ricoeur appelle, en citant Gaston Bachelard, de temps musclé. Comme ses prédécesseurs, il devra faire face à des événements qui viendront fragiliser notre « volonté de continuer à faire valoir notre héritage indivis [13] ». La lecture de Ricoeur l’aidera-t-il à être à la hauteur de l’événement c’est à dire « le surgissement du vécu dans l’histoire [14] » ? Il faut l’espérer.

La politique, l’exercice du pouvoir : le vertical et l’horizontal

« C’est Ricoeur qui m’a poussé à faire de la politique parce qu’il n’en avait pas fait ». Cette phrase attribuée à Macron par le magazine en ligne Slate en avril dernier est à la fois ambiguë et biaisée. Elle sous entend qu’il s’agit d’un conseil, dont on imagine mal Ricoeur le faire dans ces termes. Ricoeur a bien fait de la politique, non pas au sens strict du terme mais en étant militant associatif et syndical. Il a participé à la réforme de l’Université juste avant mai 68 et il a été doyen à Nanterre, poste éminemment politique, juste après. La branche française du magazine en ligne américain Slate du groupe Washington Post a été créée par Jacques Attali, Jean Marie Colombani et Alain Minc et financé par Benjamin de Rothschild [15]. En avril, Slate a publié 46 articles sur Macron. Que la phrase soit apocryphe ou pas, elle est révélatrice d’une surdétermination du label Ricoeur sur ce candidat nouveau qui viendrait dépasser les vieux clivages droite/gauche au bénéfice d’un projet politique social libéral. Il est clair que l’estampille Ricoeur a été un des instruments de la conquête du pouvoir utilisé par quelques médias acquis à la cause et qu’elle le sera encore un moment. Bien que ce ne soit pas très ricoeurien, c’est de bonne guerre politique pour une élection qui n’est selon Ricoeur qu’une redistribution du pouvoir. Redistribution rendue possible avec l’appui des pouvoirs économiques et médiatiques.

Alors qu’il est encore chez Rothschild, Macron a signé un article [16] où il donne sa vision du politique. Il explique que le rythme des élections présidentielles en France, s’il correspond au temps court, médiatique, accéléré et personnalisé de la politique, n’est pas adapté au temps long des grands problèmes sociétaux, économiques, géopolitiques ou écologiques. Ces problèmes sont gérés au niveau international et montrent surtout, de sommets mondiaux en conférences internationales, l’incapacité de nos gouvernants à avoir une influence sur la marche de la France dans un monde en crise. Par compensation, ces derniers surjouent l’efficacité dans le court terme et la communication politique en empilant lois, décrets, déclarations et postures. Ils révèlent d’abord leur inefficacité et laissent le champ libre aux passions tristes des Français : antiparlementarisme, déclinisme, xénophobie, racisme. Face à ce diagnostic Macron propose trois remèdes : la décentralisation dotée d’une politique de subsidiarité réelle entre l’Etat et les territoires, la pédagogie de la délibération publique et la mise en perspective de l’action politique dans une vision à long terme. Acceptons en début de mandat la nomination à l’intérieur de Gérard Colomb, vieux routier et notable du socialisme municipal comme administration du premier remède et le livre Révolution pour le troisième. C’est sur la question de la pédagogie des réformes qu’il entend mener que Macron est le plus attendu. Ricoeur a eu une expérience difficile à Nanterre qui l’a amené à développer sa pensée sur la nature du politique autour de la distribution asymétrique de l’autorité entre un pouvoir vertical (les institutions étatiques, le droit, la violence légitime) et un pouvoir horizontal, celui de la délibération, du « vécu partagé », des associations et des syndicats. « Quand par (…) mandat on est titulaire de la relation verticale, on cherche sans cesse à donner à celle ci une légitimité puisée dans la relation horizontale » [17]. Mais le vertical n’est pas réductible à l’horizontal, à un moment il doit trancher. Comment Macron va-t-il mener la réforme du droit du travail, la mère de ses réformes ? On sent qu’il a déjà tranché : le recours aux ordonnances et une ancienne DRH au ministère du travail. La pédagogie a déjà eu lieu en 2016, dans la rue. Comment organisera-t-il la délibération du vécu partagé autour de la transition climatique entre un premier ministre lobbyiste chez AREVA et Nicolas Hulot ?

Au delà de cette vision du politique, on trouve chez Macron une influence évidente de la pensée de John Rawls [18] qu’il a lu chez Ricoeur [19] questionnant la justice sociale comme processus de redistribution des inégalités mais organisé de manière à ce que chacun ait un droit égal d’accéder à toutes les fonctions et situations ouvertes dans la société. Si ce droit n’est pas une possibilité, les politiques publiques doivent alors s’attacher à ce qu’il le devienne dans les faits. Le projet de dérégulation de l’économie et des relations de travail s’accompagne chez Macron d’un projet de révision profonde des systèmes de protection sociale afin que chaque personne ait accès au système le plus étendu de protection économiquement possible. Mais qui déterminera l’économiquement possible ? Les opérateurs économiques et les marchés. En parallèle, il propose aussi une refondation de la formation professionnelle. Il attaque ainsi de front la pensée égalitaire de la gauche encore marxiste. Se donnera-t-il ou aura-t-il les moyens et le temps de la pédagogie ? On doit l’espérer.

Le caractère de notre président

Ricoeur a écrit sur la psychanalyse même s’il a été mal reçu dans le landerneau psychanalytique orthodoxe parisien, notamment par Lacan. Ricoeur retient de Freud le fait que l’inconscient parle mais en s’adressant à quelqu’un au travers d’un récit jamais linéaire. Il considère le corpus théorique freudien dépassé mais la pratique analytique toujours féconde. L’inconscient, la vie et le caractère constituent pour Ricoeur ce qu’il appelle l’involontaire absolu qui oppose une résistance à la maîtrise consciente. Que veut montrer de sa personnalité notre président à partir des éléments de sa biographie qu’il veut bien lâcher mais surtout que nous disent-ils de ce qu’il ne maîtrise pas ? Le choix à douze ans de se faire baptiser ; quatre ans plus tard, au lycée il tombe amoureux de sa professeure âgée de quarante trois ans et avec qui il partage toujours sa vie ; ses lectures d’enfance, notamment Cocteau et Gide « ses compagnons irremplaçables »  ; des parents dont il dit juste, comme dans un minimum syndical autobiographique, qu’ils l’ont « laissé construire sa liberté », on n’y sent pas beaucoup de chaleur ; une grand mère plus présente dans sa vie que sa mère. On voit bien que dans un milieu bourgeois de notables de province, proche de Paris, dans un catholicisme culturel ambiant, une partie de son histoire n’a pas du être simple à vivre et à construire. En somme, de cette enfance amiénoise, dans une ville longtemps bastion communiste, à l’ombre de la silhouette dominante d’une cathédrale, entourée de marais et d’hortillonnages, au cœur d’une immense plaine ouverte à toutes les invasions, il faut espérer qu’il aura les ressources et la personnalité à la hauteur des défis auxquels notre pays doit faire face.

On présente Macron comme incarnant le renouveau. En fait, comme tout le monde, il est l’héritier d’habitus familiaux, de traditions politiques et de pensées éprouvées mais dont il propose une nouvelle synthèse. Avec Ricoeur on sait que ce qui est neuf n’est pas nécessairement nouveau. C’est peut être ce qu’il y a chez notre président, à son corps défendant, de plus ricoeurien.

Références

(1) Etienne Balibar, philosophe marxiste, né en en 1942. Professeur de philosophie à Paris X.

[2] Paul Ricoeur, philosophe Français ,1913-2005.

[3] Emmanuel Mounier, philosophe Français chrétien, 1905-1945.

[4] Pour une bonne introduction à la pensée de Ricoeur, lire La critique et la conviction. Calmann Lévy 1995 réédition Arthème Fayard Pluriel, 2013.

[5] Entretien radio Notre Dame du 16 mai 2017.

[6] Lettre envoyée par Emmanuel Macron à Paul Ricoeur, citée par Le Monde du 27 mai 2017.

[7] Georges Pompidou et Henri Emmanuelli

[8] Journal des anciens de Sciences Po « Rue Saint guillaume » 2009

[9] Emmanuel Macron. Révolution. XO éditions 2017

[10] Paul Ricoeur La critique et la conviction. Arthème Fayard 2013 Pluriel p. 132

[11] Voir Interview d’Emmanuel Macron France culture du 27 janvier 2017.

[12] Emmanuel Macron. Révolution p.169.

[13] Ernest Renan, conférence à la Sorbonne en 1882 « Qu’est ce qu’une nation ? »

[14] Paul Ricoeur. La mémoire, l’histoire l’oubli. Editions du Seuil, collection Essais. Paris, 2000. P 204.

[15] Benjamin de Rothschild, président du groupe financier Edmond de Rothschild, différent du groupe Rothschild and Co où a travaillé Emmanuel Macron

[16] Emmanuel Macron. Les labyrinthes du politique. Revue Esprit mars-avril 2011.

[17] Paul Ricoeur. La critique et la conviction. Arthème Fayard Pluriel, 2013. P 65

[18] John Rawls, philosophe américain, 1921-2002.

[19] Paul Ricoeur. Le Juste. Editions Esprit 1995.

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3.
Livre, vidéos et commentares à propos de l’ouvrage  :« Génie de la laïcité »

« Génie de la laïcité » par Caroline Fourest Parution : 12/10/2016 Pages : 336 Format : 140 x 205 mm Prix du livre numérique : 14.99 € - EAN : 9782246709817 – Editions Grasset. ‘La laïcité n’est pas un glaive, mis un bouclier’.

« Harcelée par les intégristes et leurs provocations, caricaturée et moquée dans les médias anglo-saxons, la laïcité est devenue un enjeu mondial et passionnel. On raconte n’importe quoi à son sujet. On lui fait dire aussi n’importe quoi. Il y a ceux qui voudraient la « toiletter », l’adapter à l’Islam, l’accommoder, l’ouvrir ou tout céder. Et ceux qui, au contraire, voudraient interdire le voile a la plage ou a l’université. « Ni capitulation, ni persécution », disait Ferdinand Buisson, un des pères de l’école laïque. C’est la ligne de ce livre. Il répond aux faux-procès, dévoile la guerre culturelle menée par les partisans du modèle américain, retrace l’histoire de la loi de 1905 et de l’école laïque jusqu’à nos jours, éclaire les lignes de fractures, et propose un manifeste pour une politique réellement laïque, fidèle à l’esprit de la Séparation. Lucide, limpide et indispensable, cet ouvrage défend une vision combattive et équilibrée du modèle français de laïcité, qui n’est pas un glaive, mais un bouclier ».

Source : http://www.grasset.fr/genie-de-la-laicite-9782246709817

A propos de Caroline About Caroline Fourest Chroniques & TV Films Livres

A propos de Caroline Fourest

Illustration : Caroline Fourest est essayiste, éditorialiste, scénariste, réalisatrice, co-fondatrice de la revue ProChoix (féministe, antiraciste et laïque) et chroniqueuse à Marianne. Elle enseigne à Sciences-Po sur « Multiculturalisme et Universalisme ».

Elle a écrit de nombreux essais remarqués sur l’extrême droite, l’intégrisme, le multiculturalisme et l’universalisme, dont Tirs Croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Frère Tariq : le double discours de Tariq Ramadan, La tentation obscurantiste, Le choc des préjugés, La Dernière Utopie : menaces sur l’universalisme, Libres de le dire (conversations mécréantes avec Taslima Nasreen, Marine Le Pen démasquée ou encore Eloge du blasphème (décrit par Salman Rushdie comme « un livre d’importance vitale ») et Génie de la laïcité.

La plupart de ses livres sont édités en poche et ont reçu des prix : comme le Prix national de la laïcité, le Prix du livre politique, le prix Jean Zay, le Prix Aron-Condorcet, le Prix Fetkann ou le Prix Adrien Duvand de l’Académie des Sciences morales et politiques.

Certains sont traduits en anglais ou en arabe. D’autres, plus académiques, comme La Dernière Utopie sont enseignés. Ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, de 2004 à 2009, elle y a couvert l’affaire des caricatures et initié le manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme, signé entre autres par Salman Rushdie et Taslima Nasreen.

Elle a également tenu pendant cinq ans une chronique « Sans détour » au sein du journal Le Monde, animé une émission « Ils changent le monde » l’été sur France Inter et tenu une chronique « Le Monde selon Caroline Fourest » sur France Culture jusqu’en 2016. En plus de ses tribunes régulières sur le Huffington Post.

A l’écran, elle a réalisé de nombreux documentaires, dont une séries de films contre les préjugés, « Cahiers de doléances » sur LCP, et une autre sur les « Réseaux de l’extrême » pour France 5. Membre de plusieurs jurys de livres, elle a également siégé à la Fondation Anna Lindh (pour le dialogue entre les cultures). Pour lire ses chroniques dans Marianne. Source : https://carolinefourest.files.wordpress.com/2016/10/12306-100246952.jpg

Accès à plusieurs vidéos deCaroline Fourestsur leLaïcité.

A propos du « Génie de la laïcité » de Caroline Fourest Par Charles Conte 14 nov. 2016 - Édition : Laïcité – Via ‘Médiapart’.

Les éditions Grasset viennent de publier un nouveau livre de Caroline Fourest « Génie de la laïcité  ». Malgré le clin d’œil au « Génie du christianisme [une œuvre de François-René de Chateaubriand (1768-1848) qui entreprend de défendre la sagesse et la beauté de la religion chrétienne, affectée par la philosophie des Lumières, puis par la tourmente révolutionnaire »], nous ne sommes pas ici dans le registre apologétique de la littérature romantique.

Caroline Fourest est journaliste. Son objectif est « d’expliquer la laïcité ». Les deux tiers de l’ouvrage (200 pages sur 300) proposent une comparaison entre le modèle anglo-saxon, plus particulièrement américain, et le modèle français. La réflexion sur cette « guerre des modèles » est bienvenue. D’une part parce que l’auteure a un indéniable talent d’écriture. D’autre part parce le sujet est important. Les USA comme la France ont mis sur pied une séparation des Eglises et de l’Etat. Il faudrait d’ailleurs écrire « des séparations » tant les deux révolutions fondatrices, les paysages religieux, les cultures au sens le plus général, sont différentes. Deux panoramas se succèdent ainsi. S’il eut été possible de présenter autrement certains faits, l’ensemble a le mérite de poser la comparaison de façon claire, tout en penchant, bien évidement et à juste titre, pour le modèle français.

L’interventionnisme étasunien est également traité. Il est fondé sur une conception de la « liberté religieuse », fort différente de la « liberté de conscience » affirmée par notre loi de 1905. De façon générale, la liberté religieuse ne concerne que les croyants et est susceptible de s’affirmer contre les lois communes. La liberté de conscience concerne tout le monde, athées et agnostiques compris, et s’inscrit dans le cadre des lois de la République. Depuis 1998 l’International Religious Freedom Act (IRFA) oblige le département d’Etat (équivalent de notre Ministère des Affaires étrangères) à s’investir sur la question. Non seulement en produisant un rapport annuel, mais en établissant une liste de sanctions éventuelles certes peu utilisées pour l’instant. C’est la condamnation publique des Etats étrangers qui est à l’ordre du jour. La France étant pointée pour la loi de 2001 sur les dérives sectaires et la loi de 2004 sur le port de signes religieux à l’école. Ces actions du Département d’Etat sont soutenues par une Commission on international Religious Freedom (USCIRF) bipartisane et semi-indépendante.

Cette prétention à régenter les autres pays fait effectivement problème. Des sources documentaires sont données. En particulier l’indispensable ouvrage de Denis Lacorne « De la religion en Amérique. Essai d’histoire politique » paru chez Gallimard. On peut y ajouter les livres de Sébastien Fath « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche » (Seuil) et « Militants de la Bible aux États-Unis, Évangéliques et fondamentalistes du Sud » (Autrement). Le rôle de l’ambassade des Etats-Unis en France sur ce sujet est abordé. On reste ici un peu sur notre faim. Il y a eu d’autres révélations de Wikileaks que celle mentionnée. L’action de l’ambassadeur Robert A. Seiple est évoquée. Mais pas celle de l’ambassadeur Charles Rivkin, assisté par le diplomate Marc Taplin, qui fut au moins aussi efficace dans sa stratégie de séduction des jeunes issus de l’immigration. Une application du « soft power » étudié de manière générale par Frédéric Martel, mais que nous connaissons peu dans sa déclinaison « défense la liberté religieuse » et promotion d’un certain multiculturalisme. Mais la question de fond sur les deux modèles est bien posée.

Caroline Fourest consacre ensuite un chapitre aux « lignes de fractures » internes au mouvement laïque. Le ton change. Nous passons de l’analyse à la dénonciation tout azimut de ceux avec lesquels l’auteure est en désaccord. Nous les laisserons répondre. La Ligue de l’enseignement a ainsi droit pour sa part à deux mentions de sa « fameuse dérive » résultant d’un noyautage par Tariq Ramadan et ses proches et de l’influence délétère de Jean Baubérot. Si Caroline Fourest avait simplement fait son métier de journaliste, elle aurait contacté la Ligue pour s’informer des faits et enregistrer ses arguments, fût-ce pour les contester. Ce travail élémentaire n’a pas été fait. Les lecteurs de « Génie de la laïcité » ne sauront rien de la Commission Islam et Laïcité qui de 1997 à 2001 a réuni une centaine de personnes, dont Tariq Ramadan au même titre que les autres, pour un effort de réflexion critique sur son sujet. Ils ne sauront rien sur l’important travail de publications, de rencontres, de colloques incluant des chercheurs en sciences humaines, mené par la Ligue depuis trente ans. Ils ne sauront rien non plus des guides sur les séjours de vacances, la restauration collective… élaborés collectivement sur plusieurs années à partir du vécu concret quotidien de militantes et militants. Celles-ci et ceux-ci, bénévoles et salariés, apprécieront à sa juste valeur l’allusion aux subventions publiques dans ce cadre polémique.

Sans contact avec la Ligue, sans collecte de faits, sans discussion ni réfutation… peut-être avec une promenade sur internet, cette dénonciation réitérative, péremptoire et non argumentée tombe à plat. Elle reste au niveau d’une rumeur. Or les travaux et les orientations de la Ligue de l’enseignement peuvent et même doivent faire l’objet de discussions et de débats. Une Commission nationale de travail s’y emploie, ouverte à tous les courants de pensée laïques. Elle compte une soixantaine de membres. Les travaux de Caroline Fourest y sont régulièrement présentés et discutés. Est-ce trop demander que de vouloir un débat dans les règles de l’art plutôt que d’être exécutés d’un trait de plume non informé ? N’est-ce pas aussi cela « expliquer la laïcité » ? La paresse argumentative ne peut tenir lieu d’explication. Elle ne sert, finalement, que les seuls adversaires de la fonction émancipatrice de la laïcité.

Dans le dernier chapitre de « Génie de la laïcité  » intitulé « Pour une véritable politique laïque » Caroline Fourest mentionne quelques débats. Elle prend notamment position sur le port de signes religieux à l’Université, les cantines publiques, les dates d’examen, les sorties scolaires, les entreprises, les hôpitaux et les prisons… Positions globalement fondées sur la laïcité conçue comme assurant la liberté de conscience de tous. Et globalement semblables, sur ces sujets, à celles de la Ligue. Notre divergence, réelle, porte plutôt sur la stratégie à adopter pour faire aimer la République et ses lois. Faut-il participer au cœur politico-médiatique ou faut-il s’investir chaque jour, partout, avec tous les publics, pour convaincre ? Cette deuxième tâche, certes ingrate, certes difficile, est celle que nous avons choisie.

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction. L’auteur : Charles Conte, Chargé de mission à la Ligue de l’enseignement - 1 billet 2 éditions 342 articles d’éditions 3 liens 1 événement - Laïcité - L’édition participative « Laïcité » sur Mediapart est une publication de la Ligue de l’enseignement.

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant, avec participation et relecture assurées par Christiane Hallard-Lauffenburger, ex institutrice professeure des écoles – 03/10/2017

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

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