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"(Re) penser la paix pour panser l’Europe Partie 2 : Rôle de Victor Hugo pour la paix en Europe" par Jacques Hallard

samedi 23 septembre 2017 par Hallard Jacques


ISIAS Politique Histoire
(Re) penser la paix pour panser l’Europe
Partie 2 : Rôle de Victor Hugo pour la paix en Europe
Jacques HALLARD, Ing. CNAM – Site ISIAS – 23
/09/2017.

Série ’(Re) penser la paix pour panser l’Europe : Partie 1 : Etat des lieux depuis le milieu du XXème siècle. L’Union Européenne entre guerre et paix’ par Jacques Hallard, mardi 15 août 2017 par Hallard Jacques - ISIAS Politique Histoire.

Partie 2 : Rôle de Victor Hugo pour la paix en Europe

PLAN : Introduction Sommaire Auteur


Introduction

Après avoir révisé la vie et l’œuvre de l’écrivain de langue française Victor Hugo, son Discours prononcé le 21 août 1849 au Congrès de la Paix à Paris est retranscrit. Il déploya beaucoup d’énergie pour encourager la fondation des États-Unis d’Europe (1876-1878) et l’une de ses affirmations est restée célèbre : « Et l’Europe ? C’est la paix ! ».

Une journée d’études avait été organisée au Sénat, en partenariat avec le Comité d’Histoire Parlementaire et Politique et la participation d’Europartenaires, le avril 2007 au Palais du Luxembourg à Paris : Madame Élisabeth du Réau, professeur émérite à l’université Paris III-Sorbonne nouvelle, y avait présenté une allocution intitulée « L’idée d’Europe avant 1914 ».

Son intervention se terminait notamment en ces termes : « Victor Hugo avait considéré qu’il faudrait quatre cents ans pour que l’idée d’Europe aboutisse. En fait, il faudra le choc de la première guerre mondiale pour voir la première proposition … et il faudra attendre l’issue du second conflit mondial pour assister à la naissance d’une organisation européenne durable ».

Est aussi retranscrit à la suite, le Discours qu’avait prononcé Victor Hugo le 11 octobre 1848 à l’Assemblée Nationale sur la liberté de la presse qu’il défendit avec pugnacité et dans lequel il rappelle notamment « que toute majorité peut devenir minorité ; ainsi respectons les minorités ». Il y rappelle aussi sa position lors d’un vote à l’Assemblée Nationale en ces termes « J’ai voté l’autre jour contre la peine de mort ; je vote aujourd’hui pour la liberté. Pourquoi ? C’est que je ne veux pas revoir 1793 ! C’est qu’en 1793 il y avait l’échafaud, et il n’y avait pas la liberté… »

Une sélection de citations et de proverbes de Victor Hugo sur la paix et la guerre en Europe est finalement reproduite, dont l’une des plus célèbres de ses affirmations - et toujours d’actualité - : « Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons », soulignant ainsi l’importance de l’éducation et d’un enseignement de qualité assuré à tous les élèves au cours de leur scolarité, comme cela a été démontré dans des dossiers récents postés sur le site ISIAS :

’L’éducation nationale est souvent critiquée sur son efficacité.’ par Jacques Hallard, dimanche 20 août 2017. « Ses forces et ses faiblesses ont inspiré le programme du Président Macron tout autant que la préparation de la rentrée 2017 ». ISIAS Education Enseignement.

’(Re) découvrir les différentes méthodes pédagogiques applicables dans l’enseignement et la formation ainsi que l’évaluation de l’enseignement et des élèves’ par Jacques Hallard, jeudi 24 août 2017.

Ajout d’actualités sur l’Europe : (« Penser l’Europe, notre responsabilité » et Discours du Président français à Athènes 08/09/2017)

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Sommaire

1. Tout savoir (ou presque !) sur Victor Hugo avec Wikipédia

2. Résumé de la biographie et des œuvres de Victor Hugo(1802-1885) Victor-Hugo.info

3. Discours prononcé le21 août 1849au Congrès de la Paix à Paris par Victor Hugo

4. Victor Hugo l’Européen, monument de la culture française (3) Sylvain Rakotoarison

5. Sénat - L’Europe au Parlement, de Victor Hugo à nos jours - 28 avril 2017

6. Discours de Victor Hugo sur la « liberté de la presse » ‘Savoiretculture.com’

7. Les citations et proverbes sur la paix et la guerre – Travail de Didier Glehello

Quelques actualités sur l’Europe (« Penser l’Europe, notre responsabilité » et Discours du Président français à Athènes 08/09/2017)

Actualités : Victor Hugo (1/4) « Solitaire, solidaire » 18/09/2017 France Culture

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1.
Tout savoir (ou presque !) sur Victor Hugo avec Wikipédia

Victor Hugo Prononciation du titre dans sa version originale Écouter est un poète, dramaturge et prosateur romantique français, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du XIXe siècle.

Portrait de Victor Hugo par Nadar (vers 1884).

Victor Hugo occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au XIXe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété4,5. Il est poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d’automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).

Ses romans rencontrent également un grand succès populaire, avec notamment Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862). Au théâtre, il expose sa théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 18276 et l’illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838, mais aussi Lucrèce Borgia et Le Roi s’amuse.

Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), et une correspondance abondante.

Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre. Il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a aussi été contesté par certains auteurs modernes7. Il a également permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position, lesquelles l’ont condamné à l’exil pendant les vingt ans du Second Empire.

Ses choix, à la fois moraux et politiques8, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique, que la Troisième République a honoré par des funérailles nationales, qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris le 1er juin 1885, dix jours après sa mort.

Sommaire

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2.
Résumé de la biographie et des ouevres de Victor Hugo(1802-1885)Document Victor-Hugo.info

Victor Hugo est né le 26 Février 1802 à Besancon en France. Poète, romancier et dramaturge, Victor Hugo est sans conteste l’un des géants de la littérature française. Les romans les plus connus de Victor Hugo sont ’Notre-Dame de Paris’ (1831) et’Les Miserables’ (1862).

L’auteur des Misérables, des Châtiments et de nombreux poèmes a allié à la fois ambition, longévité, puissance de travail et génie, ce qui ne pouvait que concourir à ce mélange de fascination et d’irritation qu’il suscite encore aujourd’hui. I écrivait avec simplicité et puissance les bonheurs et malheurs de la vie. Victor Hugo était un travailleur acharné.

Entre 1827 (Préface de son drame Cromwell) et 1830 (représentation d’Hernani, qui est l’occasion d’une célèbre « bataille »), Victor Hugo s’affirme comme le chef du romantisme.

De 1830 à 1840, il publie : un grand roman historique, Notre-Dame de Paris (1831) ; des drames, Marion de Lorme (1831), Le roi s’amuse (1832), Marie Tudor (1833), Lucrèce Borgia (1833), Ruy Blas (1838) ; et surtout quatre recueils de poésies, où il se montre maître dans l’expression lyrique des idées et des sentiments : les Feuilles d’automne (1831), les Chants du crépuscule (1835), les Voix intérieures (1837), les Rayons et les Ombres (1840).

Victor Hugo est mort à Paris le 23 May 1885 à 83 ans. Plus de 3 millions de personnes ont assisté à ses funérailles..

Livres sur Victor Hugo

Biographie, par Max Gallo Coffret deux volumes - Auteur : Max Gallo

A quatorze ans, Victor Hugo écrit : ’ Je veux être Chateaubriand ou rien ! ’ Tout le monde a lu Victor Hugo, mais lui, que sait-on vraiment de lui, à part qu’il a fait tourner les tables à Jersey ? Le portrait que nous en dresse aujourd’hui Max Gallo est fascinant. Car presque au jour le jour, nous suivons l’enfant (Victor Hugo commence à écrire des poèmes à douze ans !), puis l’adolescent et l’homme, à travers ses écrits, éclairant de l’intérieur ce siècle passionnant que fut le XIXe, naissant de la Révolution pour mettre au monde la République.

Biographie de Victor Hugo, par Jean-Marc Hovasse

Tome 1, Avant l’exil (1802-1851)
De Bonaparte premier consul à Louis Napoléon Bonaparte président de la Deuxième République, les cinquante premières années de la vie de Victor Hugo forment le premier temps d’une série de trois à laquelle il résuma lui-même sa vie (avant l’exil, pendant l’exil, depuis l’exil), mais c’est aussi le plus long et le plus éclairant.

Les Miserables - Auteur : Victor Hugo

C’est un tel classique qu’on a toujours l’impression de l’avoir déjà lu... ou vu : avec Michel Bouquet dans le rôle de Javert, ou bien Depardieu. Relire donc Les Misérables, publié par Victor Hugo en 1862, offre le plaisir de la reconnaissance et du recommencement. Toujours on sera emporté par la tension romanesque du livre, ses figures inoubliables, ses langues multiples - n’oublions pas que Victor Hugo est le premier à introduire l’argot et la langue populaire dans le français écrit -, ses histoires et son temps.

Notre-Dame de Paris - Auteur : Victor Hugo

Dans un Paris moyenâgeux, la belle Esmeralda fait battre le coeur de tous. Mais la jeune gitane est accusée de sorcellerie et doit être pendue. Quasimodo, le bossu au grand coeur, est prêt à se battre, envers et contre tous, pour la sauver. Ce roman de Victor Hugo est un véritable chef d’oeuvre.

Victor Hugo, Théâtre complet - Auteur : Victor Hugo

Édition de Jean-Jacques Thierry et de Josette Mélèze, préface de Roland Purnal. Tome 1 . Théâtre de jeunesse : Irtamène - À quelque chose hasard est bon - Inez de Castro - Amy Robsart. Drames en vers : Cromwell - Marion de Lorme - Hernani - Le Roi s’amuse - Ruy Blas - Appendice, 1840 pages. Tome 2. Drames en vers (suite) : Les Burgraves - Torquemada. Drames en prose : Lucrèce Borgia - Marie Tudor - Angelo, tyran de Padoue. Théâtre lyrique : La Esmeralda. Théâtre en liberté : La Grand-mère - L’Épée - Mangeront-ils ? - Sur la lisière d’un bois - Les Gueux - Être aimé - La Forêt mouillée. Théâtre moderne : Mille francs de récompense - L’Intervention - Fragments - Appendice, 1936 pages. Bibliothèque de la Pléiade (No 170), Gallimard.

Poèmes - Auteur : Victor Hugo -Découvrez une sélection de poèmes de Victor Hugo, libres de droit.


Source : http://www.victor-hugo.info/

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3.
Discours prononcé le 21 août 1849 au Congrès de la Paix à Paris par Victor HugoDocument ‘Wikisource.org’

M. Victor Hugo est élu président. M. Cobden est élu vice-président. M. Victor Hugo se lève et dit :

Messieurs, beaucoup d’entre vous viennent des points du globe les plus éloignés, le cœur plein d’une pensée religieuse et sainte. Vous comptez dans vos rangs des publicistes, des philosophes, des ministres des cultes chrétiens, des écrivains éminents, plusieurs de ces hommes considérables, de ces hommes publics et populaires qui sont les lumières de leur nation. Vous avez voulu dater de Paris les déclarations de cette réunion d’esprits convaincus et graves, qui ne veulent pas seulement le bien d’un peuple, mais qui veulent le bien de tous les peuples. (Applaudissements.)

Vous venez ajouter aux principes qui dirigent aujourd’hui les hommes d’état, les gouvernants, les législateurs, un principe supérieur. Vous venez tourner en quelque sorte le dernier et le plus auguste feuillet de l’évangile, celui qui impose la paix aux enfants du même Dieu, et, dans cette ville qui n’a encore décrété que la fraternité des citoyens, vous venez proclamer la fraternité des hommes. Soyez les bienvenus ! (Long mouvement.)

En présence d’une telle pensée et d’un tel acte, il ne peut y avoir place pour un remerciement personnel. Permettez-moi donc, dans les premières paroles que je prononce devant vous, d’élever mes regards plus haut que moi-même, et d’oublier, en quelque sorte, le grand honneur que vous tenez de me conférer, pour ne songer qu’à la grande chose que vous voulez faire.

Messieurs, cette pensée religieuse, la paix universelle, toutes les nations liées entre elles d’un lien commun, l’évangile pour loi suprême, la médiation substituée à la guerre, cette pensée religieuse est-elle une pensée pratique ? cette idée sainte est-elle une idée réalisable ? Beaucoup d’esprits positifs, comme on parle aujourd’hui, beaucoup d’hommes politiques vieillis, comme on dit, dans le maniement des affaires, répondent : Non. Moi, je réponds avec vous, je réponds sans hésiter, je réponds : Oui ! (applaudissements) et je vais essayer de le prouver tout à l’heure.

Je vais plus loin ; je ne dis pas seulement : C’est un but réalisable, je dis : C’est un but inévitable ; on peut en retarder ou en hâter l’avènement, voilà tout. La loi du monde n’est pas et ne peut pas être distincte de la loi de Dieu. Or, la loi de Dieu, ce n’est pas la guerre, c’est la paix. (Applaudissements.) Les hommes ont commencé par la lutte, comme la création par le chaos. (Bravo ! bravo !) D’où viennent-ils ? De la guerre ; cela est évident. Mais où vont-ils ? À la paix ; cela n’est pas moins évident.

Quand vous affirmez ces hautes vérités, il est tout simple que votre affirmation rencontre la négation ; il est tout simple que votre foi rencontre l’incrédulité ; il est tout simple que, dans cette heure de nos troubles et de nos déchirements, l’idée de la paix universelle surprenne et choque presque comme l’apparition de l’impossible et de l’idéal ; il est tout simple que l’on crie à l’utopie ; et, quant à moi, humble et obscur ouvrier dans cette grande œuvre du dix-neuvième siècle, j’accepte cette résistance des esprits sans qu’elle m’étonne ni me décourage. Est-il possible que vous ne fassiez pas détourner les têtes et fermer les yeux dans une sorte d’éblouissement, quand, au milieu des ténèbres qui pèsent encore sur nous, vous ouvrez brusquement la porte rayonnante de l’avenir ? (Applaudissements)/

Messieurs, si quelqu’un, il y a quatre siècles, à l’époque où la guerre existait de commune à commune, de ville à ville, de province à province, si quelqu’un eût dit à la Lorraine, à la Picardie, à la Normandie, à la Bretagne, à l’Auvergne, à la Provence, au Dauphiné, à la Bourgogne : un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres, un jour viendra où l’on ne dira plus : — Les normands ont attaqué les picards, les lorrains ont repoussé les bourguignons. Vous aurez bien encore des différends à régler, des intérêts à débattre, des contestations à résoudre, mais savez vous ce que vous mettrez à la place des hommes d’armes ? savez-vous ce que vous mettrez à la place des gens de pied et de cheval, des canons, des fauconneaux, des lances, des piques, des épées ? Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l’urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée ! une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les cœurs, qui dira à chacun : Là finit ton droit, ici commence ton devoir. Bas les armes ! vivez en paix ! (Applaudissements.)

Et ce jour-là, vous vous sentirez une pensée commune, des intérêts communs, une destinée commune ; vous vous embrasserez, vous vous reconnaîtrez fils du même sang et de la même race ; ce jour-là, vous ne serez plus des peuplades ennemies, vous serez un peuple ; vous ne serez plus la Bourgogne, la Normandie, la Bretagne, la Provence, vous serez la France. Vous ne vous appellerez plus la guerre, vous vous appellerez la civilisation…

Lire le texte complet sur ce site : https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_sur_les_%C3%89tats-Unis_d%E2%80%99Europe_au_congr%C3%A8s_international_de_la_paix_en_1848_%C3%A0_Paris

Catégories : Discours 1849 Discours de Victor Hugo Paix … Dernière modification de cette page le 13 février 2017, à 12:26. Les textes sont disponibles sous licence Creative Commons Attribution-partage dans les mêmes conditions  ; d’autres conditions peuvent s’appliquer. Voyez les conditions d’utilisation pour plus de détails. Source :

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4.
Victor Hugo l’Européen, monument de la culture française (3) Par Sylvain Rakotoarison (son site) samedi 30 mai 2015. Document ‘Agora Vox’ Accueil du site > Actualités > Europe > Victor Hugo l’Européen, monument de la culture française (...) - Troisième et dernière partie : « En un mot, les États-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. » (29 août 1876). « Je voudrais signer ma vie par un grand acte, et mourir. Ainsi, la fondation des États-Unis d’Europe. » (1876-1878).

PHOTO - Après avoir évoqué la pensée politique hugolienne sur quelques sujets notamment l’enseignement, voici la plus grande utopie hugolienne qui se réalisa un siècle plus tard.

Et l’Europe ? C’est la paix !

Cette vision nationale, celle par exemple pour l’enseignement pour tous, Victor Hugo l’a également eue pour l’organisation de l’Europe. Il était particulièrement sévère à l’égard de l’Autriche et de l’Espagne, monarchies cléricales qu’il considérait en opposition avec l’idéal républicain français. Mais cela ne l’empêchait pas de voir plus loin à l’horizon.

Très fréquemment, Victor Hugo faisait part effectivement de son idée des États-Unis d’Europe. Au Congrès international de la paix qu’il présida à Paris, Victor Hugo a ainsi proclamé le 21 août 1849 ces phrases devenues célèbres et presque prémonitoires : « Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le Parlement est à l’Angleterre, ce que la Diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée Législative est à la France ! (…) Comme les peuples lointains se touchent ! Comme les distances se rapprochent ! Et le rapprochement, c’est le commencent de la fraternité. Grâce aux chemins de fer, l’Europe bientôt ne sera pas plus grande que ne l’était la France au Moyen-Âge ! Grâce aux navires à vapeur, on traverse aujourd’hui l’océan plus aisément qu’on ne traversait autrefois la Méditerranée ! Avant peu, l’homme parcourra la Terre comme les dieux d’Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera le Globe et étreindra le monde ! » (Quelle clairvoyance d’envisager jusqu’au fil électrique !).

Photo - Bien avant Joseph Caillaux et Aristide Briand, bien avant Jean Monnet et Robert Schuman, bien avant Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Delors, comme on le voit, l’esprit de la construction européenne planait déjà dans ce siècle terrible des nationalismes (Victor Hugo n’a d’ailleurs pas été le premier à imaginer une Europe unifiée mais il en a été le meilleur promoteur) et Victor Hugo avait compris que seule l’Europeunifiée serait la paix. Seul péché d’orgueil chauvin ou de francocentrisme, Victor Hugo voyait l’Europe unifiée sous la seule domination française avec pour capitale Paris : « Toutes les nations sœurs ayant pour cité et pour chef-lieu Paris, c’est-à-dire la liberté ayant pour capitale la lumière. » (29 août 1876). Mais à l’époque, Berlin et Rome étaient des capitales très récentes, et l’Allemagne et l’Italie des pays très récents, la France des Lumières répandant la liberté par sa Révolution partout en Europe restait un mythe encore très présent.

Dans ce fameux discours sur la paix, Victor Hugo esquissait même le possible futur Traité transatlantique : « Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! (…) Et Français, Anglais, Belges, Allemands, Russes, Slaves, Européens, Américains, qu’avons-nous à faire pour arriver le plus tôt possible à ce grand jour ? Nous aimer ! » (21 août 1849).

Victor Hugo a aussi décrit le 29 août 1876 les horreurs en Serbie pour démontrer la nécessité d’une Europe unie : « Nous apprenons aux gouvernements d’Europe ceci, c’est qu’on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles, c’est qu’il y a dans les places publiques des tas de squelettes de femmes ayant la trace de l’éventrement, c’est que les chiens rongent dans les rues le crâne des jeunes filles violées, c’est que tout cela est horrible, c’est qu’il suffirait d’un geste des gouvernements d’Europe pour l’empêcher, et que les sauvages qui commettent ces forfaits sont effrayants, et que les civilisés qui les laissent commettre sont épouvantables. Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l’ordre de l’écouter. Les gouvernements balbutient une réponse. Ils ont déjà essayé ce bégaiement : on exagère. (…) Chicaner l’indignation publique, rien de plus misérable. Les atténuation aggravent. C’est la subtilité plaidant pour la barbarie. C’est Byzance excusant Stamboul. Nommons les choses par leur nom. Tuer un homme au coin d’un bois qu’on appelle la forêt de Bondy ou la forêt Noire est un crime ; tuer un peuple au coin de cet autre bois qu’on appelle la diplomatie est un crime aussi. (…) Est-ce donc si difficile, la paix ? La République d’Europe, la Fédération continentale, il n’y a pas d’autre réalité politique que celle-là. (…) Ce que les atrocités de Serbie mettent hors de doute, c’est qu’il faut à l’Europe une nationalité européenne, un gouvernement un, un immense arbitrage fraternel, la démocratie en paix avec elle-même (…). En un mot, les États-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. Ceci n’était hier que la vérité ; grâce aux bourreaux de la Serbie, c’est aujourd’hui l’évidence. » (’Pour la Serbie’). Cette description de l’horreur humaine semble désormais s’appliquer aux assassinats commis par les fanatiques du Daech.

Dans une lettre du 20 septembre 1872, Victor Hugo, retenu en exil, a écrit ceci aux organisateurs du Congrès de la Paix à Lugano : « À coup sûr, cette chose immense, la République européenne, nous l’aurons. Nous aurons ces grands États-Unis d’Europe, qui couronneront le vieux monde comme les États-Unis d’Amérique couronnent le nouveau. Nous aurons l’esprit de conquête transfiguré en esprit de découverte ; nous aurons la généreuse fraternité des nations au lieu de la fraternité féroce des empereurs ; nous aurons la patrie sans frontière, le budget sans le parasitisme, le commerce sans la douane, la circulation sans la barrière, l’éducation sans l’abrutissement, la jeunesse sans la caserne, le courage sans le combat, la justice sans l’échafaud, la vie sans le meurtre, la forêt sans le tigre, la charrue sans le glaive, la parole sans le bâillon, la conscience sans le joug, la vérité sans le dogme, Dieu sans le prêtre, le ciel sans l’enfer, l’amour sans la haine. L’effroyable ligature de la civilisation sera défaite ; l’isthme affreux qui sépare ces deux mers, Humanité et Félicité, sera coupé. Il y aura sur le monde un flot de lumière. Et qu’est-ce que c’est que toute cette lumière ? C’est la liberté. Et qu’est-ce que c’est que toute cette liberté ? C’est la paix. ».

Cette prise de position, l’ancien Ministre des Affaires étrangères Jean François-Poncet l’a commentée le 15 novembre 2002 ainsi : « Victor Hugo n’a rien d’un dément. Mais il est probable qu’on ne verrait en lui qu’un rêveur inspiré si l’Histoire, celle du XXe siècle, n’avait, après deux guerres mondiales et des dizaines de millions de morts, inscrit sa prophétie dans des traités, des institutions et une monnaie dont la naissance constitue l’un des grands événements politiques de notre temps. L’Europe, dont Victor Hugo s’est fait, tout au long de sa vie, le chantre passionné, ressemble-t-elle à la Communauté d’aujourd’hui, celle de Jean Monnet et de Charles De Gaulle ? Oui, elle en a, dans une assez large mesure, les caractéristiques. (…) L’Europe hugolienne est démocratique et républicaine, comme la nôtre. (…) Le fait est que l’union de l’Europe n’a pris corps qu’avec la disparition, après 1945, des régimes totalitaires d’Allemagne et d’Italie et que la démocratie et les droits de l’Homme sont, comme Victor Hugo l’avait prédit, les fondements de la communauté qui se construit. L’Europe de Victor Hugo (…) est rhénane, c’est-à-dire franco-allemande ; elle n’inclut pas l’Angleterre. C’est une ligne de force à laquelle Hugo se tiendra, mais qui comportera, après la guerre de 1870, un préalable : le retour de l’Alsace-Lorraine à la France. (…) Le jeune royaliste devient admirateur de Napoléon, avant de militer, corps et âme, pour la République. Mais jamais il ne renonce à l’espérance européenne, véritable point fixe de sa pensée politique. Personne ni alors ni aujourd’hui, n’a défendu l’idéal européen avec autant de force, de talent et d’éloquence que lui. Oui, Victor Hugo est bien le père spirituel de l’Union Européenne ! » (Colloque au Sénat, ’Victor Hugo, l’Europe et la paix’).

Pour Victor Hugo, la construction européenne n’était qu’une étape vers un monde complètement uni. Pour l’Exposition universelle à Paris en 1869, il écrivit : « Elle s’appellera l’Europe, au XXe siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s’appellera l’Humanité. ». Il est des utopies (selon l’ironie de Maurice Barrès) capables finalement de se réaliser…

Ovationné lorsqu’il a prononcé les quelques mots d’adieu à ce congrès le 24 août 1849, Victor Hugo a pris date pour l’avenir, avec un certain orgueil : « Frères, j’accepte ces acclamations, et je les offre aux générations futures. Oui, que ce jour soit mémorable, qu’il marque la fin de l’effusion du sang humain, qu’il marque la fin des massacres et des guerres, qu’il inaugure le commencement de la concorde et de la paix du monde, et qu’on dise : le 24 août 1572 s’efface et disparaît sous le 24 août 1849 ! » (pour rappel, le 24 août 1572 s’est produit le massacre de la Saint-Barthélémy qui entraîna la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes).

Dans son discours d’ouverture au Congrès littéraire internationale le 7 juin 1878, Victor Hugo a repris cette idée que la culture faisait la paix : « Cette glorieuse année proclame, par l’exposition de Paris, l’alliance des industries ; par le centenaire de Voltaire [de sa mort], l’alliance des philosophes ; par ce congrès ici rassemblé, l’alliance des littératures ; vaste fédération du travail sous toutes les formes ; auguste édifice de la fraternité humaine, qui a pour base les paysans et les ouvriers et pour couronnement les esprits. L’industrie cherche l’utile, la philosophie cherche le vrai, la littérature cherche le beau. L’utile, le vrai, le beau, voilà le triple but de tout l’effort humain ; et le triomphe de ce sublime effort, c’est, Messieurs, la civilisation entre les peuples et la paix entre les hommes. (…) Vous et nous, nous sommes les concitoyens de la cité universelle. Tous, la main dans la main, affirmons notre unité et notre alliance. Entrons tous ensemble dans la grande patrie sereine, dans l’absolu, qui est la justice, dans l’idéal, qui est la vérité. (…) Messieurs, il y a un romain qui est célèbre par une idée fixe, il disait : Détruisons Carthage ! J’ai aussi, moi, une pensée qui m’obsède, et la voici : Détruisons la haine ! Si les lettres humaines ont un but, c’est celui-là. (…) La meilleure destruction de la haine se fait par le pardon. » (prononcé à Paris).

Autres positions politiques

Je cite très rapidement son très célèbre combat pour l’abolition de la peine de mort car je l’ai déjà évoqué récemment, par cette formule choc : « Que dit la loi ? Tu ne tueras pas. Comment le dit-elle ? En tuant ! ».

La volonté de Victor Hugo de porter l’attention sur les déshérités de la vie s’est traduite non seulement littérairement mais aussi politiquement. Issu du conservatisme politique, il s’était convaincu de devenir progressiste pour améliorer socialement le peuple. Il a ainsi voulu combattre la misère.

Gravure Cosette - Dans son discours du 9 juillet 1849, Victor Hugo a dit en particulier : « Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. (…) La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. (…) Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci (…), un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours. (…) Eh bien, Messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! (…) Vous n’avez rien fait, tant que eux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! Tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! Tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de la révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! » (en séance). Un discours pas très éloigné de ceux de Jean Jaurès.

Le trou impérial

Il est clair que l’exil qu’il a choisi pour s’opposer à Napoléon III lui a empêché toute activité politique pendant une vingtaine d’années. Lorsqu’on s’aperçoit de la robustesse de ses idées, du talent pour les exprimer, du charisme pour emporter l’adhésion, on pourrait se dire qu’il y a eu, avec Victor Hugo, un ’gâchis’ de talent politique. A contrario, peut-être tant mieux ainsi, car on peut être difficilement acteur et observateur en même temps. Durant son exil, il a écrit entre autres ’Les Châtiments’ (1853), ’Les Contemplations’ (1856), ’La Légende des siècles’ (1859) et ’Les Misérables’ (1862). Sans doute que s’il avait eu une activité politique beaucoup plus dense, des responsabilités politiques prenantes, une ambition dévorante, il aurait ’produit’ beaucoup moins de ses belles créations littéraires, pour le plus grand malheur de ses lecteurs, même cent trente années après sa disparition…

Aussi sur le blog. Sylvain Rakotoarison (22 mai 2015) http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Victor Hugo le politique.
Victor Hugo le républicain.
Victor Hugo l’Européen.
L’élection présidentielle de décembre 1848.
Napoléon III.
Pour l’abolition de la peine de mort.
L’Europe, c’était la guerre.
L’Europe, c’est maintenant la paix.
Jean Jaurès.
Actes du Colloque sur Victor Hugo au Sénat (15 et 16 novembre 2002).

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Source : http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/victor-hugo-l-europeen-monument-de-167809

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France - L’Europe au Parlement, de Victor Hugo à nos jours - 28 avril 2017

Journée d’études organisée au Sénat en partenariat avec le Comité d’Histoire Parlementaire et Politique et la participation d’Europartenaires qui s’est tenue le vendredi 6 avril 2007 au Palais du Luxembourg à Paris




L’IDÉE D’EUROPE AVANT 1914





Mme Élisabeth du Réau, professeur émérite à l’université Paris III-Sorbonne nouvelle

En ce début du troisième millénaire, les Européens affrontent de formidables défis et paraissent hésiter sur la voie à suivre. De l’est à l’ouest du continent, ils s’interrogent sur leur devenir et sur l’avenir de l’Europe, « ce petit cap du continent asiatique » selon l’expression de Paul Valéry. Ces interrogations paraissent tout à fait légitimes. Dans cette période de profonde mutation, ce « mal de vivre » européen, parfois appelé « euro scepticisme », traduit une crise d’identité comparable aux grands troubles de l’Europe romantique, après les bouleversements de l’époque révolutionnaire et impériale. Il fait également resurgir la « crise de l’esprit » également évoquée par Paul Valéry.

Fracturé depuis la fin des années 1940, le continent peut-il former un espace pacifique, cohérent et stable, au sein d’une union d’États partageant une même communauté de valeurs ? Tel est le grand défi qui nous est proposé. Les questions qui surgissent sur le devenir du continent sont au coeur du débat contemporain, mais elles rejoignent des interrogations formulées précocement par des porteurs de projet européen. Le débat sur l’avenir de l’Union implique cette vision rétrospective qui éclaire les enjeux du XIXe siècle.

L’idée d’Europe vient de très loin. J’ai abordé l’histoire de ses origines controversées après des auteurs tels Denis de Rougemont ou Jean-Baptiste Duroselle, mais ce n’est pas le propos à présent : si tel était le cas, je crois qu’il nous retiendrait bien plus que vingt-cinq minutes.

Je vous propose davantage de réfléchir sur les origines du débat à partir du XIXe siècle, mais je ne résiste pas, dans un petit avant-propos très court, à évoquer la première référence dans des textes historiques du terme europeoi, européens, qui désigne dans Hérodote, nous dit Jacqueline de Romilly, « ceux qui ont su, à l’époque, résister aux Perses, ceux qui ont réussi à s’unir pour opposer une résistance à la volonté de domination des peuples venus d’Asie ». Nous sommes au IVe siècle avant J.-C. C’est beaucoup plus tard, selon l’historien médiéviste, Karl Ferdinand Werner que le terme europaensis apparaît dans un texte d’Isidore le Jeune en 769 pour décrire la victoire de ceux qui ont résisté à l’offensive de l’Islam à l’ouest du continent, les Francs de Charles Martel.

Il faut attendre la période de la Renaissance pour trouver un des documents les plus anciens, cette fois, sur l’idée de communauté européenne, dans un contexte qui est également défensif. L’intéressant est que ce texte n’est pas écrit par quelqu’un qui appartient à la communauté occidentale de l’Europe. Un des documents les plus anciens sur l’idée de communauté est un texte de la période de la Renaissance, rédigé après la prise de Constantinople par les Turcs. Il s’agit du Tractatus du roi de Bohême Georges Podiebrad, qui évoque, dès la fin du XVe siècle, la réunion permanente des partenaires européens. Cette communauté européenne est alors décrite comme universitas. Ce traité de 1464 vise à établir la paix dans la chrétienté au lendemain des événements dramatiques qui témoignent des faiblesses des défenseurs de l’Europe chrétienne.

Un projet élaboré plus tard, cette fois en France, par le duc de Sully, ministre d’Henri IV, propose - c’est assez intéressant - un meilleur équilibre en Europe grâce à un certain aménagement territorial. Ce projet va être une source d’inspiration pour d’autres auteurs, mais je ne développerai pas ce point ici. Enfin, la réflexion sur le maintien de la paix va être associée dans ces projets à l’organisation européenne. Une proposition de l’anglais William Penn, Present and future peace of Europe, est formulée en 1693. Nous avons également un texte de Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe. Il sera repris par Jean-Jacques Rousseau qui publia un Jugement sur le projet de paix perpétuelle. Enfin, bien sûr, nous nous référons à la proposition de Kant - là s’arrêtent les citations antérieures au XIXe siècle - Vers la paix perpétuelle, qui envisageait aussi une confédération féconde des États européens.

Ainsi, de l’ère de la Renaissance à celle des Lumières, face à des dangers qui menaçaient l’indépendance des États européens et à des luttes intestines sur le continent, un certain nombre de projets étaient déjà ébauchés. Retenons que, conçus autour du rétablissement de la paix, ils étaient éphémères et, d’autre part, que la concertation visait surtout les souverains et les princes.

Après ce préambule sur l’histoire du projet européen, j’évoquerai le rôle des précurseurs du XIXe siècle en mettant l’accent sur les « temps forts » et, notamment, cher monsieur le ministre, sur l’apport de Victor Hugo à cette période que l’on appelle le « printemps des peuples ». Puis je m’interrogerai sur l’évolution du concept d’États-Unis d’Europe. J’achèverai mon propos par un des premiers débats importants, en 1902, au début du XXe siècle et avant 1914. J’ai trouvé un débat sur les questions européennes, cette fois devant la Chambre des députés. Il s’agit donc d’un vrai débat parlementaire. J’ai eu la chance, il faut le dire, grâce à mes pérégrinations universitaires, d’être professeur au Mans, où se trouvent les archives de Paul d’Estournelles de Constant, dont certains connaissent l’importance.

Évoquons les précurseurs du XIXe et, tout d’abord, très brièvement, le rôle joué par Saint-Simon qui rédige, au lendemain des grandes turbulences européennes, à l’issue des guerres de l’époque révolutionnaire et impériale, un projet intitulé De la réorganisation de la société européenne. Ce projet est - et devait être - modeste : il est réduit à une micro Europe - nous allons parler de l’Europe des Six -, puisqu’il s’adressait en fait aux Parlements français et britannique, mais c’est intéressant. « Ces deux nations », écrit Saint Simon, « devraient oublier leurs rivalités, unir leurs efforts créant un Parlement commun, susciter la formation d’autres débats parlementaires et oeuvrer enfin en faveur d’un Parlement européen ». Nous sommes en 1815. Ce texte rédigé à l’époque du Congrès de Vienne n’avait donc pas la moindre chance d’obtenir un succès.

Cependant, dès les années 1830, les premières révolutions libérales et, en particulier, plusieurs mouvements en Italie, avaient surgi, notamment dans les régions sous influence de l’Empire d’Autriche où Metternich faisait régner l’ordre avec vigueur. Un Italien, un des précurseurs directs de Victor Hugo, Giuseppe Mazzini, qui avait dû fuir Rome, alors sous l’autorité du Pape, pour se réfugier en Suisse, va proposer plusieurs idées. Ce qui est très intéressant c’est qu’habituellement nous associons Mazzini avec l’idée nationale. Il avait en effet joué un rôle très important : il se faisait, comme d’autres en Italie, le champion du nationalisme et avait fondé le mouvement « Jeune Italie », dès 1832. Mais un projet plus original était la création du mouvement « Jeune Europe ». Nous sommes donc en 1834 et - je le dis car beaucoup d’étudiants sont dans le public - ce projet est extrêmement audacieux. Il dira ceci : « Les mouvements auront d’autant plus de chances de l’emporter qu’ils seront coordonnés », d’où l’idée de créer des associations nationales, libres et indépendantes qui signeraient un acte de fraternité - nous sommes en plein romantisme -, une déclaration de principe constituant la loi morale, universelle, se référant aux principes de liberté, d’égalité et de progrès. Quelle que soit la part d’utopie inhérente à un tel projet, il s’agissait d’une démarche importante, puisque la dynamique proposée était bien intereuropéenne et fondée sur la conception démocratique d’une fédération d’États nations. Ce projet est donc très intéressant et différent de ce que l’on propose au cours du siècle.

C’est dans cette même perspective que Victor Hugo prendra la parole au Congrès de la paix, à Paris, en août 1849, dans un contexte politique et international déjà différent de celui des années 1830, puisque nous nous trouvons en pleine effervescence de mouvements révolutionnaires de grande ampleur. Je passe sur les caractères de ces mouvements, mais on sait que certains éléments populaires ont joué. Ces révolutions les plus radicales ont associé des représentants des peuples. Le mouvement s’est ensuite développé dans l’ensemble de l’empire d’Autriche-Hongrie et, en 1849, nous sommes dans un moment assez tragique : une répression commence à s’amorcer, en particulier dans la ville de Budapest qui se souvient aujourd’hui encore de ces moments. Tandis qu’un reflux succède au succès des mouvements révolutionnaires - l’absence de coordination des mouvements a joué un rôle - Victor Hugo va être invité dans le cadre d’une proposition où les Franco Britanniques jouent un rôle très important - n’est-ce pas monsieur le ministre ? -, en particulier Richard Cobden. Ils organisent à Paris, au cours de l’été 1849, le Congrès de la Paix où se retrouvent des représentants de tous ces mouvements.

Je ne vais pas redire ce qui a été très bien dit, monsieur le ministre, en reprenant les propos de Victor Hugo. Néanmoins, j’ai la suite de sa citation, alors je me permets de l’évoquer. Après « Un jour viendra où vous France, vous Russie, [...] vous toutes nations du continent, vous constituerez la fraternité [...]. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par des votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France ». Effectivement, je comptais le dire mais vous l’avez évoqué, il estimait qu’il faudrait un certain temps. Il s’était dit que, peut-être, d’ici moins de quatre cents ans, ceci serait réalisé.

Ce texte est très beau et très intéressant mais Victor Hugo n’est pas un juriste, de même que l’on dira sans doute que Briand n’était pas un juriste. Il reprend certains aspects du projet de Saint-Simon en parlant d’un Parlement commun aux nations qu’il présente donc comme l’organe d’un grand État souverain, mais, au-delà de la création de cette assemblée formée par des parlementaires européens dont le mode de désignation n’est pas précisé, il suggère simplement une nécessaire concertation entre les États pour régler les problèmes d’intérêt général. C’est déjà une intuition géniale. Bien sûr, le reflux des mouvements révolutionnaires est patent, non seulement dans l’Empire d’Autriche, mais également en Allemagne où, précisément, on avait vu naître un grand mouvement parlementaire. C’est très intéressant, mais c’est un échec et, quand Bismarck arrive au pouvoir, les commentateurs - nos collègues historiens - jugent en effet sévèrement les méthodes qu’il adopte : nous sommes très loin de ce mouvement où les peuples et les parlementaires avaient été amenés à jouer un rôle.

La seconde partie de mon propos portera sur les liens entre internationalisme et « européisme ».

En effet, à la fin du XXe, l’idée européenne revient sur le devant de la scène politique et intellectuelle, mais cette idée veut se démarquer de l’utopisme - je cite les auteurs de l’époque - du printemps 1848 et acquiert une nouvelle vigueur grâce à son association avec le mouvement pacifiste qui connaît un véritable âge d’or depuis 1889, date du premier Congrès universel de la paix réuni à Paris. Des revues en sont le support : L’Européen, dirigé par Charles Seignobos, La paix par le droit de Théodore Ruyssen ou encore États-Unis d’Europe, précisément, le mensuel de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, créé dès 1867. Ce mouvement et ces revues sont assez bien connus par deux types de travaux : d’une part, les travaux des juristes parmi lesquels on peut citer un juriste français, Alain Laquièze, un de mes collègues à Paris III ; d’autre part, Gilles Cottereau, professeur de droit public à l’université du Maine, qui m’a mis sur la voie des archives de Paul d’Estournelles de Constant sur lesquelles je vais clore mon propos. Il y a aussi, bien sûr, tous ceux qui travaillent sur le pacifisme : je pense en particulier à des Italiennes dont Marta Petricioli que nous avons vue récemment à Rome, puisque nous y étions avec Gérard Bossuat et plusieurs intervenants aussi ou encore un jeune historien français, Laurent Barcelo, qui s’est intéressé à d’Estournelles de Constant. Nous avons donc une immense littérature, mais ce qui m’intéresse ici est l’association de l’européisme et du pacifisme.

Je présenterai deux initiatives dans le cadre de ce colloque consacré à la France et aux parlementaires français face à l’idée d’Europe. La première, qui est très intéressante, a été exhumée des archives de Sciences-Po et publiée ensuite, en particulier par Bernard Bruneteau dans l’Histoire de l’idée européenne, un excellent livre. Pour ma part, je l’ai découverte dans le texte, au sein des archives conservées à Sciences-Po Paris.

C’est un congrès des sciences politiques en 1900. Nous avançons donc dans le temps et nous nous rapprochons de l’échéance de 1914. La campagne de ce congrès va être ouverte le 5 juin 1900, sous la présidence d’Émile Boutmy, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la société des anciens élèves de l’École libre des sciences politiques, placée sous l’invocation des États-Unis d’Europe pour la section diplomatique. C’est Anatole Leroy-Beaulieu, professeur à l’École libre et membre de l’Institut qui a fait le rapport. Ce document est extrêmement intéressant. Quelles sont les questions posées ? C’est très clair. Ces questions nous paraissent terriblement contemporaines. Anatole Leroy-Beaulieu va étudier le problème de l’union européenne sous trois angles principaux. Quels sont les buts d’une telle union ? Comment concevoir les États-Unis d’Europe ? Quel espace envisager ?

À ces trois interrogations majeures, il propose, en se fondant sur les dossiers qui lui ont été fournis, quelques orientations et finalités. Un accord semblait se réaliser sur deux premiers objectifs et il dira : « En premier lieu, l’union européenne » - c’est l’expression qui est employée à l’époque - « est le plus sûr moyen de garantir la paix »- visée de paix qui rejoint celle dont nous avons déjà parlé. D’autre part, l’idée d’union européenne repose sur une ambition clairement affichée, celle de conserver à l’Europe sa puissance « grâce à un regroupement de ses forces » - autrement dit, ce que nous appelons l’« euro puissance ».

Les modalités de mise en oeuvre de l’union européenne paraissent cependant plus floues. Le rapporteur souligne cependant la nécessité de ne pas se conformer au modèle américain des États-Unis. Il rappelle la nécessité de sauvegarder - nous rejoignons Victor Hugo - l’individualité des États. La formule envisagée est donc plus proche de la structure confédérative que du modèle fédératif.

Concernant l’espace, il estime que deux États partiellement européens - la Russie et la Turquie - ne peuvent y figurer et, fait intéressant, il dit même qu’il se pose, sans la clore, la question de l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Europe. Je vous livre cette très intéressante interrogation. Naturellement, un débat important en résulte et des propositions vont suivre, celle notamment d’un avocat, Gaston Isambert, qui pense qu’il vaut mieux inclure la Grande-Bretagne, ce qui serait plus conforme à l’intérêt commun du continent.

Je termine, comme je l’ai promis, par Paul d’Estournelles de Constant. Petit fils de Benjamin Constant, diplomate jusqu’en 1894, il devient député puis sénateur de la Sarthe. Il est l’un des intervenants majeurs de la conférence de 1899 où se décide la création d’une Cour d’arbitrage, grâce à son action et en liaison avec les grandes conférences de la Paix : la première fut organisée à l’initiative du tsar et la seconde, toujours soutenue par la Russie, qu’on avait pourtant exclue auparavant du débat, fut en faveur de la paix. Ce militant extrêmement précoce intervient en janvier 1902 et propose, dans un débat très remarqué, d’élaborer une réflexion sur le thème de la nécessaire union des États européens sans laquelle la paix du continent serait menacée par des rivalités fratricides. Face à ces périls, il évoque une union européenne qui pourrait se réaliser par étapes.

Je vous cite toujours le texte qui est quand même très étonnant et intéressant : « dans l’immédiat, l’Europe doit promouvoir une meilleure organisation des marchés » - nous sommes en 1902. « Elle doit aussi tout mettre en oeuvre pour éviter des affrontements internes qui conduisent à sa dislocation et à son irrémédiable déclin ». Enfin, il va parler de la mondialisation de la politique - j’ajoute en fait le mot « mondialisation » - : il parle beaucoup de politique mondiale, encore faut-il savoir la définir. Il conclut : « Il n’y a pas de politique mondiale possible pour l’Europe en dehors de l’union européenne. C’est le devoir, ce serait l’honneur, le grand avantage même de la France, d’être la vigie de l’Europe, de la ramener dans le bon chemin, de préconiser une politique toute nouvelle dont elle profiterait et dont profiterait avec elle la civilisation tout entière ». Voilà un beau programme pour la France. Certes, il date de 1902. Je ne sais pas si, au début du XXe siècle, il ne reste pas un très beau programme !

À titre de conclusion, les initiatives en faveur d’une unification de l’Europe sont d’importance inégale et, pendant tout le XIXe siècle, elles ne furent jamais soutenues officiellement par des gouvernements. Elles furent le plus souvent inspirées par des intellectuels, voire par des experts et, nous l’avons dit, par des juristes notamment, mais elles ne réussirent pas à entraîner l’adhésion de forts courants populaires. Associées le plus souvent à la notion de paix, elles contribuent cependant à un débat sur une organisation des relations internationales qui pourraient se développer à l’échelle du continent européen.

Victor Hugo avait considéré qu’il faudrait quatre cents ans pour que l’idée d’Europe aboutisse. En fait, il faudra le choc de la première guerre mondiale pour voir la première proposition, qui sera évoquée dans quelques instants, et il faudra attendre l’issue du second conflit mondial pour assister à la naissance d’une organisation européenne durable. Je vous remercie de votre attention.


M. Jean François-Poncet

Je ne veux pas ouvrir de débat sur Victor Hugo. Juste deux observations. La première concerne la citation : Victor Hugo ne dit pas qu’il faudra quatre cents ans pour que naisse l’Europe. Il dit très précisément le contraire : il ne faudra pas quatre cents ans, parce qu’à notre époque, en un an, on peut faire « l’ouvrage d’un siècle ». Deuxième observation : il concevait la « matrice » de l’union européenne comme étant le couple franco-allemand. Une idée très actuelle. La défaite de 1870, l’annexion de la Lorraine et de l’Alsace par l’Allemagne l’ont évidemment gêné. Il a un peu changé son discours, pas fondamentalement, mais pour indiquer qu’il faudrait commencer par récupérer les provinces arrachées à la France. Pour lui, l’Union européenne c’était un peu la France élargie. Il était un Européen, ce qui ne l’empêchait pas de regarder l’Europe à travers des lunettes françaises.



Mme Sylvie Guillaume

Sans plus tarder, je vais donner la parole à Christophe Bellon qui est allocataire à l’université de Nice et qui a une bonne expérience des assemblées. Il fait partie de l’équipe du Comité d’histoire parlementaire et politique. Nous lui devons en partie l’organisation de cette journée et nous l’en remercions. Il va nous parler de son sujet de doctorat. C’est un spécialiste de Briand.

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6.
Discours de Victor Hugo sur la « liberté de la presse » Document ‘Savoiretculture.com’ - - Photo jointe : Victor Hugo

Ce discours a été prononcé par Victor Hugo le 11 octobre 1848 à l’Assemblée Nationale. Il s’exprime ici en faveur du rétablissement de la liberté de la presse et pour la levée progressive de l’état de siège, décrété suite aux insurrections du mois de juin 1848. 

Le citoyen Victor Hugo : Si je monte à la tribune, malgré l’heure avancée, malgré les signes d’impatience d’une partie de l’Assemblée (Non ! non ! — Parlez !), c’est que je ne puis croire que, dans l’opinion de l’Assemblée, la question soit jugée. (Non ! — Elle ne l’est pas !)

En outre, l’Assemblée considérera le petit nombre d’orateurs qui soutiennent en ce moment la liberté de la presse, et je ne doute pas que ces orateurs ne soient protégés, dans cette discussion, par ce double respect que ne peuvent manquer d’éveiller, dans une assemblée généreuse, un principe si grand et une minorité si faible. (Très bien !) je rappellerai à l’honorable Ministre de la justice que le comité de législation avait émis le vœu que l’état de siège fût levé, afin que la presse fût-ce que j’appelle mise en liberté.

Le citoyen Abatucci : Le comité n’a pas dit cela.

Le citoyen Victor Hugo : Je n’irai pas aussi loin que votre comité de législation, et je dirai à M. le Ministre de la Justice qu’il serait, à mon sens, d’une bonne politique d’alléger peu à peu l’état de siège, et de le rendre de jour en jour moins pesant, afin de préparer la transition, et d’amener par degrés insensibles l’heure où l’état de siège pourrait être levé sans danger. (Adhésion sur plusieurs bancs.)

Maintenant, j’entre dans la question de la liberté de la presse, et je dirai à M. le Ministre de la justice que, depuis la dernière discussion, cette question a pris des aspects nouveaux. Pour ma part, plus nous avançons dans l’œuvre de la constitution, plus je suis frappé de l’inconvénient de discuter la constitution en l’absence de la liberté de la presse. (Bruit et interruptions diverses.)

Je dis dans l’absence de la liberté de la presse, et je ne puis caractériser autrement une situation dans laquelle les journaux ne sont point placés et maintenus sous la surveillance et la sauvegarde des lois, mais laissés à la discrétion du pouvoir exécutif. (C’est vrai !) Eh bien, messieurs, je crains que, dans l’avenir, la constitution que vous discutez ne soit moralement amoindrie. (Dénégations. — Adhésion sur plusieurs bancs.)

Le citoyen Dupin (de la Nièvre) : Ce ne sera pas faute d’amendements et de critiques.

Le citoyen Victor Hugo : Vous avez pris, messieurs, deux résolutions graves dans ces derniers temps : par l’une, à laquelle je ne me suis point associé, vous avez soumis la République à cette périlleuse épreuve d’une assemblée unique ; par l’autre, à laquelle je m’honore d’avoir concouru, vous avez consacré la plénitude de la souveraineté du peuple, et vous avez laissé au pays le droit et le soin de choisir l’homme qui doit signer le Gouvernement du pays. (Rumeurs.) Eh bien, messieurs, il importait dans ces deux occasions que l’opinion publique, que l’opinion du dehors pût prendre la parole, la prendre hautement et librement, car c’étaient là, à coup sûr, des questions qui lui appartenaient. (Très bien !) L’avenir, l’avenir immédiat de votre constitution amène d’autres questions graves. Il serait malheureux qu’on pût dire que, tandis que tous les intérêts du pays élèvent la voix pour réclamer ou pour se plaindre, la presse est bâillonnée. (Agitation.)

Messieurs, je dis que la liberté de la presse importe à la bonne discussion de votre constitution. Je vais plus loin (Écoutez ! Ecoutez !), je dis que la liberté de la presse importe à la liberté même de l’Assemblée. (Très bien !) C’est là une vérité…. (Interruption.)

Le citoyen Président : Écoutez, messieurs ; la question est des plus graves.

Le citoyen Victor Hugo : Il me semble que, lorsque je cherche à démontrer à l’Assemblée que sa liberté, que sa dignité même sont intéressées à la plénitude de la liberté de la presse, les interrupteurs pourraient faire silence. (Très bien !)

Je dis que la liberté de la presse importe à la liberté de cette Assemblée, et je vous demande la permission d’affirmer cette vérité comme on affirme une vérité politique, en les généralisant.

Messieurs, la liberté de la presse est la garantie de la liberté des assemblées (Oui ! Oui ! )

Les minorités trouvent dans la presse libre l’appui qui leur est souvent refusé dans les délibérations intérieures. Pour prouver ce que j’avance, les raisonnements abondent, les faits abondent également. (Bruit.)

Voix à gauche : Attendez le silence ! C’est un parti pris !

Le citoyen Victor Hugo : Je dis que les minorités trouvent dans la presse libre… ; et messieurs, permettez-moi de vous rappeler que toute majorité peut devenir minorité ; ainsi respectons les minorités. (Vive adhésion.) Les minorités trouvent dans la presse libre l’appui qui leur manque souvent dans les délibérations intérieures. Et voulez-vous un fait ? Je vais vous en citer un qui est certainement dans la mémoire de beaucoup d’entre vous. (Marques d’attention.)

Sous la Restauration, un jour un orateur énergique de la gauche, Casimir Périer, osa jeter à la Chambre des Députés cette parole hardie : « Nous sommes six dans cette enceinte et 30 millions au dehors. » (Mouvement.)

Messieurs, ces paroles mémorables, ces paroles qui contenaient l’avenir, furent couvertes, au moment où l’orateur les prononça, par les murmures de la Chambre entière, et le lendemain par les acclamations de la presse unanime. (Très bien ! très bien ! — Mouvement prolongé.)

Et bien, voulez-vous savoir ce que la presse libre a fait pour l’orateur libre ? (Écoutez ! ) Ouvrez les lettres politiques de Benjamin Constant, vous y trouverez ce passage remarquable : « En revenant à son banc, le lendemain du jour où il avait parlé ainsi, Casimir Périer me dit : « Si l’unanimité de « la presse n’avait pas fait contrepoids à l’unanimité de « la Chambre, j’aurais peut-être été découragé. » (Sensation.)

Voilà ce que peut la liberté de la presse ; voilà l’appui qu’elle peut donner ! C’est peut être à la liberté de la presse que vous avez dû cet homme courageux qui, le jour où il le fallut, sut être bon serviteur de l’ordre parce qu’il avait été bon serviteur de la liberté. (Très bien ! très bien ! — Vive sensation.) Ne souffrez pas les empiétements du pouvoir ; ne laissez pas se faire autour de vous cette espèce de calme faux qui n’est pas le calme, que vous prenez pour l’ordre et qui n’est pas l’ordre ; faites attention à cette vérité que Cromwell n’ignorait pas, et que Bonaparte savait aussi : Le silence autour des assemblées, c’est bientôt le silence dans les assemblées. (Mouvement.) Encore un mot : Quelle était la situation de la presse à l’époque de la terreur ?… (Interruption.) Il faut bien que je vous rappelle des analogies non dans les époques, mais dans la situation de la presse, la presse alors était, comme aujourd’hui, libre de droit, esclave de fait. Alors, pour faire taire la presse, on menaçait de mort les journalistes, aujourd’hui on menace de mort les journaux. Mouvement.) Le moyen est moins terrible, mais il n’en est pas moins efficace.

Qu’est-ce que c’est que cette situation ? C’est la censure. (Agitation.) C’est la censure, c’est la pire, c’est la plus misérable de toutes les censures ; c’est celle qui attaque l’écrivain dans ce qu’il a de plus précieux au monde, dans sa dignité même ; celle qui livre l’écrivain aux tâtonnements sans le mettre à l’abri des coups d’État. (Agitation croissante.) Voilà la situation dans laquelle vous placez la presse aujourd’hui.

Le citoyen Flocon : Je demande la parole.

Le citoyen Victor Hugo : Eh quoi ! Messieurs, vous raturez la censure dans votre constitution et vous la maintenez dans votre Gouvernement ! à une époque comme celle où nous sommes, où il y a tant d’indécision dans les esprits !… (Bruit.)

Le citoyen Président : Il s’agit d’une des libertés les plus chères au pays ; je réclame pour l’orateur le silence et l’attention de l’Assemblée. (Très bien ! très bien !)

Le citoyen Victor Hugo : Je fais remarquer aux honorables membres qui m’interrompent en ce moment qu’ils violent deux libertés à la fois : la liberté de la presse, que je défends, et la liberté de la tribune, que j’invoque. (Très bien ! très bien ! — Approbation.)

Comment ! Il n’est pas permis de vous faire remarquer qu’au moment où vous venez de déclarer que la censure était abolie, vous la maintenez ! (Bruit. — Parlez ! parlez !) . Il n’est pas permis de vous faire remarquer qu’au moment où le peuple attend des solutions, vous lui donnez des contradictions ! Savez-vous ce que c’est que des contradictions en politique ? Les contradictions sont la source des malentendus, et les malentendus sont la source des catastrophes. (Mouvement.)

Ce qu’il faut en ce moment aux esprits divisés, incertains de tout, inquiets de tout, c’est un grand exemple en haut ; c’est dans le Gouvernement, dans l’Assemblée nationale, la grande et fière pratique de la justice et de la vérité ! (Agitation prolongée.)

M. le Ministre de la justice invoquait tout à l’heure l’argument de la nécessité. Je prends la liberté de lui faire observer que la nécessité est l’argument des mauvaises politiques ; que, dans tous les temps, sous tous les régimes, les hommes d’État, condamnés par une insuffisance qui ne venait pas d’eux quelquefois, qui venait des circonstances mêmes, se sont appuyés sur cet argument de la nécessité. Nous avons entendu déjà, et souvent, sous le régime antérieur, les gouvernants faire appel à l’arbitraire, au despotisme, aux suspensions de journaux, aux incarcérations d’écrivains. Messieurs, prenez garde ! Vous faites respirer à la République le même air qu’à la Monarchie. (Très bien !) Souvenez-vous que la Monarchie en est morte. (Mouvement.) Messieurs, je ne dirai plus qu’un mot… (Interruption) L’Assemblée me rendra cette justice, que des interruptions systématiques ne m’ont pas empêché de protester jusqu’au bout en faveur de la liberté de la presse. (Adhésion. — Très bien ! Très bien !)

Messieurs, des temps inconnus s’approchent : préparons-nous à les recevoir avec toutes les ressources réunies de l’État, du peuple, de l’intelligence, de la civilisation française et de la bonne conscience des gouvernants. Toutes les libertés sont des forces ; ne nous laissons pas plus dépouiller de nos libertés que nous ne nous laisserions dépouiller de nos armes la veille du combat. (Approbation) Prenons garde aux exemples que nous donnons ! Les exemples que nous donnons sont inévitablement plus tard nos ennemis ou nos auxiliaires ; au jour du danger, ils se lèvent et ils combattent pour nous ou contre nous, (Très bien ! très bien !)

Quant à moi, si le secret de mes votes valait la peine d’être expliqué, je vous dirais : J’ai voté l’autre jour contre la peine de mort ; je vote aujourd’hui pour la liberté. Pourquoi ? C’est que je ne veux pas revoir 93 ! C’est qu’en 93 il y avait l’échafaud, et il n’y avait pas la liberté (Mouvement.)

J’ai toujours été, sous tous les régimes, pour la liberté, contre la compression. Pourquoi ? C’est que la liberté réglée par la loi produit l’ordre, et que la compression produit l’explosion. Voilà pourquoi je ne veux pas de la compression et je veux de la liberté. (Très bien ! Très bien ! Aux voix ! Aux voix !)

Post Published : 10 janvier 2012 - Author : SC - Found in section : DISCOURS CELEBRES, Victor Hugo - Tags : Allocution Hugo, Discours Hugo, Hugo, Propos Victor Hugo, V. Hugo - Copyright © 2017 SavoiretCulture.com All rights reserved – Source : http://www.savoiretculture.com/discours-victor-hugo-sur-la-liberte-de-la-presse/

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7.
Les citations et proverbes sur la paix et la guerre – Travail de Didier Glehello

Victor Hugo : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons  »

La guerre est plus facile à déclarer que la paix n’est facile à organiser.
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

Ce ne sera que par les grands travaux de la paix qu’on fera diversion aux ardentes tentations de la guerre. Si dispendieux que paraissent les travaux de la paix, ils ne coûteront jamais la dixième partie de ce que ces tentations coûteraient, alors même qu’elles resteraient à l’état de velléités. La France est avide de gloire. Il lui faut ou la gloire que promet la guerre, ou la gloire que peut donner la paix.
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

Une paix feinte est plus nuisible qu’une guerre ouverte.
Citation de l’Italie ; Sentences et proverbes italiens (1683)

Être toujours en retard d’une guerre devrait nous déterminer à être parfois en avance d’une paix.
Citation de Robert Sabatier ; Le livre de la déraison souriante (1991)

La paix est un chant, la guerre est un long hurlement parmi des cris.
Citation de Robert Sabatier ; Le livre de la déraison souriante (1991)

La passion est cette guerre que n’apaise aucune paix.
Citation de Robert Sabatier ; Le livre de la déraison souriante (1991)

On ne fait la guerre que pour conclure la paix : donc, entre le soldat de la guerre et le soldat de la paix, la seule différence que j’aperçoive, c’est que le soldat de la paix prend le chemin le plus court ; il arrive au but tout de suite, il arrive à la paix sans traverser la guerre. Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

La civilisation et la barbarie s’excluent : la barbarie, c’est la guerre ; la civilisation, c’est la paix.
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

On cherche le génie dans l’homme de guerre, pourquoi ne pas le chercher dans l’homme de paix ? Pourquoi persister à vouloir enfermer la paix dans le cercle étroit et tant de fois parcouru de la routine ? Pourquoi ne pas faire au hasard une aussi large part dans la paix que dans la guerre ? Pourquoi la paix, comme la guerre, n’aurait-elle pas sa stratégie, ses éclairs, ses batailles, ses victoires ?
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

La paix européenne a cessé d’être une utopie du jour où la guerre est devenue un contre-sens.
Citation de Emile de Girardin ; Pensées et maximes (1867)

Dans la paix se faire le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal possible, voilà le droit des gens.
Citation de Montesquieu ; De l’esprit des lois (1748)

L’homme est né pour la paix, et il ne respire que la guerre.
Citation de Jacques-Bénigne Bossuet ; La charité fraternelle (1666)

Après l’armistice des fiançailles, le mariage est un traité de paix, en attendant une autre guerre.
Citation de Robert Sabatier ; Le livre de la déraison souriante (1991)

La paix n’est qu’un intervalle entre deux guerres.
Citation de Hervé Bazin ; Abécédaire (1984)

Un arrangement médiocre, ou une paix boiteuse, vaut mieux que la guerre.
Citation de Georges Clemenceau ; La mêlée sociale (1895)

Il est plus facile de faire la guerre que la paix.
Citation de Georges Clemenceau ; Discours du 14 Juillet 1919.

Amour fait paix, amour fait guerre.
Citation de Dicton français ; Adages et dictons français (1728)

Paix et guerre sont toujours en balance.
Citation de Pierre Gringore ; Les folles entreprises (1505)

Une imprudente paix éternise la guerre.
Citation de Lucien Émile Arnault ; Régulus, II, 8 (1822)

Mieux vaut une mauvaise paix que la meilleure guerre.
Citation de Nicolas Machiavel ; Histoire de Florence (1521-1525)

La guerre fait les voleurs, et la paix les fait pendre.
Citation de Nicolas Machiavel ; L’art de la guerre (1521)

Vous devez aimer la paix comme un moyen de guerres nouvelles.
Citation de Friedrich Nietzsche ; Ainsi parlait Zarathoustra (1885)

Quand la paix règne, l’homme belliqueux se fait la guerre à lui-même.
Citation de Friedrich Nietzsche ; Par-delà le bien et le mal (1886)

Une méchante paix est pire que la guerre.
Citation de Tacite ; Les annales - IIe siècle.

On trouve toujours de l’argent pour faire la guerre, jamais pour vivre en paix.
Citation de Albert Brie ; Le mot du silencieux (1978)

Origine : www.mon-poeme.fr - Didier Glehello Résidence Captal C401
6, rue François Legallais 33260 La Teste (Gironde, France)

En savoir plus sur http://www.mon-poeme.fr/citations-paix-guerre/#v7HIeMLcMmjZzBRx.99

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Quelques actualités sur l’Europe

Dans le quotidien du soir ‘Le Monde des Livres’ du vendredi 5 septembre 2017, plus d’une centaine d’auteurs du monde entier pensent à frais nouveaux l’aventure du Vieux Continent dans une publication intitulée « Europe. Notre histoire », parue le 13 septembre 2017. Trois pages de critique, d’entretiens et de bonnes feuilles.

Penser l’Europe, notre responsabilité - Le Monde www.lemonde.fr/livres/article/.../l...

6 sept. 2017 - Penser l’Europe, notre responsabilité. Plus d’une centaine d’auteurs pensent l’aventure du Vieux Continent dans « Europa. Notre histoire ».

Penser l’europe, notre responsabilité - YouTube Vidéo  3:01 https://www.youtube.com/watch?v=QBUlwW4zmeY - 6 sept. 2017 - Ajouté par Top 24h News

Emmanuel Macron : « Notre génération peut choisir de refonder l’Europe, maintenant » Publié Le 08.09.2017 à 11h08 - Temps de lecture : 12 min - En visite d’Etat en Grèce, Emmanuel Macron a présenté, jeudi 7 septembre 2017, son projet pour rebâtir l’Europe. Extraits du discours tenu par le président français - Photo - Emmanuel Macron lors de son discours sur la colline de la Pnyx, jeudi 7 septembre, à Athènes. POOL / REUTERS

VERBATIM. En visite d’Etat en Grèce, Emmanuel Macron a choisi la colline de la Pnyx, face à l’Acropole d’Athènes, pour lancer son appel à rebâtir l’Europe. Dans son discours, dont nous reproduisons des extraits, le président français dénonce notamment les failles de la construction européenne et insiste sur la nécessité de restaurer souveraineté et démocratie.

« Merci, monsieur le premier ministre [Alexis Tsipras], de m’accueillir ici, et je vois, par notre présence, votre présence ce soir, la reconnaissance de l’amitié profonde et séculaire qui lie la Grèce et la France. Car peu de nations ont, comme les nôtres, transmis et hérité en quelque sorte des valeurs qui ont fait et qui font notre Europe. Peu de nations ont intégré si intimement leur propre culture et leur identité. (…)

Je ne saurais cependant me limiter à l’émotion, si vive soit-elle, que procurent ces lieux de mémoire. Et je veux plutôt me mettre à leur écoute. Parce que ces lieux nous obligent, puisque c’est ici que fut inventée la forme moderne de l’Etat, ici que cette cité d’Athènes construisit patiemment, par la souveraineté du peuple, la souveraineté de son destin, nous devons nous demander sans complaisance : qu’avons-nous fait, nous, Européens, de notre souveraineté ? Puisque c’est ici que fut pris le risque de cette démocratie qui confie au peuple le gouvernement du peuple, et considère que le plus grand nombre, c’est mieux que le petit nombre, pour édicter une loi respectable, interrogeons-nous : qu’avons-nous fait, nous, de la démocratie ?

Et ces paroles que, non loin d’ici, Périclès prononça en l’honneur des guerriers morts au combat, écoutons-les raisonner encore fortement. “La liberté, disait-il, est notre règle dans le gouvernement de la République, et dans nos relations quotidiennes. La suspicion n’a aucune place.” Mais nous, Européens, nous faisons-nous encore confiance ?

« Nous n’avons pas été à la hauteur de la promesse »

Sur la Pnyx prévalait le goût de la parole libre, du débat, voire de la controverse. Aussi, je veux vous tenir ce soir un discours de vérité, un discours sans ambages : en Europe aujourd’hui, la souveraineté, la démocratie et la confiance sont en danger. Vous le savez mieux que personne car ce qu’on a appelé “la crise grecque” l’a révélé au grand jour.

Cette crise n’a pas été seulement une crise de la Grèce. Elle a été une crise de l’Europe, et en un sens, j’ose le dire, un échec de l’Europe. Faut-il se contenter d’en faire le constat amer et renoncer à l’idéal européen ? Parce que nous n’avons pas été à la hauteur de la promesse européenne, faut-il abandonner ce combat ? Ce serait une erreur profonde, une double erreur.

D’abord parce que l’Europe s’est toujours construite en triomphant des guerres et des échecs. La Grèce elle-même put rejoindre la Communauté européenne pour tourner la page des années de dictature militaire. Et l’Europe n’existe pas sans cet inlassable volontarisme ! L’Europe même n’a toujours été qu’une métamorphose ! (…) Lorsque l’Europe s’arrête, elle se trahit elle-même et elle court le risque de se démanteler. Ensuite, ce serait une erreur parce que tous, nous voyons l’Histoire s’accélérer, disloquer chaque jour un peu plus l’ordre qui s’était installé depuis trente ans sans que personne ne puisse dire quel ordre surgira des mutations en cours.

Alors oui, dans ce monde où les alliances d’hier, parfois, se fissurent, où des risques nouveaux apparaissent et bousculent des pays que nous pensions indéplaçables, font émerger des puissances nouvelles dans ce monde, où nos valeurs même, ce qui nous tenait dans la certitude que l’ordre établi était le nôtre, sont profondément chahutées. L’Europe est un des derniers havres où nous continuons collectivement de nourrir une certaine idée de l’Humanité, du droit, de la liberté, de la justice. Plus que jamais aujourd’hui, nous avons besoin de l’Europe. Le monde a besoin de l’Europe. En programmer le démantèlement n’aurait à cet égard aucun sens. Ce serait une forme de suicide politique et historique.

(…)

« La reconquête de notre souveraineté est une nécessité »

L’autre choix, celui que je veux vous proposer ce soir, c’est celui de la refonder, parce que notre génération peut choisir de refonder l’Europe aujourd’hui, maintenant, par une critique radicale car nous avons tort de laisser la critique de l’Europe à ceux qui la détestent ! Ceux qui aiment l’Europe doivent pouvoir la critiquer pour la refaire, pour la corriger, pour l’améliorer, pour la refonder !

(…)

Alors oui, c’est pour parler de ces espérances, de ces trois espérances, de souveraineté, de démocratie et de confiance que je suis là ce soir.

La reconquête de notre souveraineté, c’est une nécessité première. Parce que je ne laisserai pas ce terme à ceux qu’on appelle les “souverainistes”. Non, la souveraineté, c’est bien ce qui fait que nous décidons pour nous-mêmes, que nous nous fixons nos propres règles, que nous choisissons notre avenir, et ce qui fait notre monde. La souveraineté n’est pas la propriété de celles et ceux qui préfèrent le rétrécissement sur les frontières ! (…)

La souveraineté véritable, elle construit, elle doit se construire dans et par l’Europe ! Celle dans laquelle nous croyons ! La souveraineté que nous voulons, c’est celle qui consiste précisément à conjuguer nos forces pour bâtir ensemble une puissance européenne pour pouvoir décider de ne pas subir ce que les superpuissances feront mieux que nous !

(…)

Pourquoi ? Parce que nos défis ne sont plus à l’échelle de nos nations ! Regardez le changement climatique et les cataclysmes qu’il produit ! Regardez le défi des migrations que votre pays a eu à affronter, il y a un peu plus de deux ans et dont il connaît encore aujourd’hui les conséquences, la crainte qu’il fait naître, les belles histoires qui en surgissent ! Regardez le terrorisme qui, dans chacune de nos sociétés, que nous pensions à l’abri de l’Histoire, est revenu fracasser des vies et nous faire douter ! Regardez les puissances nucléaires qui émergent là où nous ne pensions qu’avoir des puissances secondaires !

Face à ce monde-là et chacun de ces risques nouveaux, face au risque des crises économiques et financières que nous avons subies, que vous avez subies il y a maintenant près de dix ans en votre cœur, quelle est la bonne protection qui vous protège ? Les nations seules ? Allons, ces gens-là sont-ils raisonnables ? Veulent-ils encore mentir au peuple ? Non, les nations ont un poids ! Elles décident démocratiquement ! Mais oui ! La bonne échelle est l’échelle européenne !

(…)

« Nous avons commis des erreurs multiples »

Nous avons, pendant les premières années de la zone euro, commis des erreurs multiples, qui ont reposé sur des mensonges, parfois, il faut bien le dire ici aussi avec humilité et détermination. On a parfois menti et on a menti au peuple en faisant croire que, sans rien réformer, on pouvait vivre à Athènes comme à Berlin, et ça n’était pas vrai. Mais qui a-t-on fait payer ? Les responsables politiques qui avaient menti ? Non, le peuple qui avait cru des mensonges.

C’est le peuple grec qui, après toutes ces années, lorsque la crise est survenue, cette crise financière devenue une crise des dettes souveraines, c’est le peuple grec qui a payé, des années durant lesquelles on a voulu corriger tout cela par des politiques qui, mues par la défiance, ont d’un seul coup créé, il faut bien le dire, des injustices et des incompréhensions. Nous avons perdu le sel de ce goût pour la cohésion sociale, ce qui nous tenait. Nous l’avons perdu parce que nous nous sommes perdus dans une guerre civile, au sein de l’Europe, entre des puissances qui ne se faisaient plus confiance.

C’est cela, l’histoire de la décennie qui s’achève : une forme de guerre civile interne où on a voulu regarder nos différences, nos petites trahisons et où nous avons en quelque sorte oublié le monde dans lequel nous étions ; où nous avons préféré corriger ces petites différences et ces petites trahisons en oubliant que, face à nous, il y avait des puissances radicalement différentes et que la seule question qui nous était posée, c’est : comment faire de la zone euro une puissance économique qui puisse tenir, face à la Chine et face aux Etats-Unis ? Comment faire de notre Europe une puissance diplomatique et militaire qui puisse défendre nos valeurs et nos intérêts, face à des régimes autoritaires qui émergent des crises profondes qui peuvent nous bousculer. C’est cela notre seul défi, et pas un autre.

Alors oui, je veux que nous retrouvions, par la réconciliation d’une Europe qui sait conjuguer à nouveau la responsabilité et la solidarité, la force d’une souveraineté qui ne soit pas que nationale mais bien européenne.

Cela passera par des objectifs communs : une volonté de défendre ce qui nous a faits par des réformes institutionnelles indispensables. Il faudra une Europe dans laquelle nous osons à nouveau défendre la convergence sociale, fiscale, parce que c’est ce qui nous tient réunis, et évite les divergences qui nous éclatent. Il faudra retrouver le sel de cette zone euro et inventer une gouvernance forte qui nous fera souverains, avec un budget de la zone euro, avec un véritable responsable exécutif de cette zone euro, et un Parlement de la zone euro devant lequel il devra rendre compte.

(…)

« Le projet européen s’est heurté à un refus du peuple »

Cette souveraineté qui est la capacité des nations à décider de leur destin, qu’est-elle si ce n’est pas le peuple qui décide du cap qu’ensemble nous poursuivrons ? Et comment ne pas voir que la défaite de l’Europe depuis tant d’années est aussi une défaite de la démocratie ?

Par l’ampleur qu’il a prise, l’élargissement qu’il a connu, la diversité qu’il a adoptée, le projet européen s’est soudain heurté voilà un peu plus de dix ans à un refus du peuple, des peuples. Ce qui s’est passé en 2005 en Europe, en France, aux Pays-Bas, ce sont des peuples parmi les Etats fondateurs qui ont d’un seul coup décidé que ce projet n’était plus pour eux. (…) Alors oui, ces votes ont marqué l’arrêt d’une aventure qui faisait que l’Europe avait toujours avancé comme à l’abri de la volonté de nos peuples. Et lorsque je combats les dérives parfois bureaucratiques qui font que l’Europe voudrait avancer par des règles que nos citoyens ne comprennent plus, qui voudraient faire que l’Europe avance en s’occupant de chaque détail du quotidien parce qu’elle a perdu son grand dessein, c’est pour retrouver le sel de cette démocratie européenne, lorsque je me bats pour que nous puissions réviser la directive des travailleurs détachés, je me bats contre cette Europe qui a fini par produire des règles absurdes où nos peuples ne parviennent même plus à comprendre les sociétés dans lesquelles nous voulons les faire vivre.

(…)

Choisissons une autre voie, la voie inventée à l’endroit même où nous nous trouvons qui n’était pas celle de la démagogie, c’était celle de la démocratie, de la controverse, du débat, de la construction par l’esprit critique et le dialogue. (…) C’est ce que je veux durant le premier semestre de l’année 2018 dans tous les pays de notre continent, de notre Europe, retrouver le sel de ce qui a été inventé à l’endroit où nous nous trouvons, ce qui a fait nos démocraties. Alors oui, par ces conventions démocratiques durant six mois, débattons de cette feuille de route que les gouvernements auront construite dans ses principes et retrouvons-nous six mois plus tard pour en faire la synthèse et sur cette base, débattue, partagée par des débats sur le terrain, par des débats numériques partout en Europe, construisons ce qui sera le fondement d’une réinvention de notre Europe pour les dix ans, les quinze ans qui viennent.

(…)

« Mettons en place un parlement de la zone euro »

Remonter l’histoire grecque, c’est rencontrer la force de cette démocratie, la force de ce débat. (…) C’est pour cela que je veux défendre pour les prochaines élections européennes des listes transnationales. Nos amis britanniques décident de nous quitter, n’essayons pas de nous réattribuer nation par nation les quelques places qu’ils libèrent au Parlement européen, non ! Considérons qu’enfin nous pouvons avoir un débat européen, des listes européennes, une vraie démocratie européenne qui vivra à travers les pays et demain, si nous voulons une zone euro plus intégrée, un cœur d’Europe qui en soit l’avant-garde, donnons plus de forces démocratiques, mettons en place un Parlement de la zone euro qui permettra de construire les règles d’une responsabilité démocratique de celles et ceux qui prendront des décisions, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

(…)

Nous, Européens, nous partageons une histoire et un destin, c’est parce que nous retrouverons le fil de ce chemin que nous pourrons rebâtir la confiance. Voyez l’endroit où nous sommes ; apercevez encore dans la nuit qui arrive la colline derrière moi, l’Acropole. (…) Oui, l’Acropole d’Athènes est un miroir tendu à notre identité européenne, nous nous y reconnaissons, nous y lisons notre destin commun et ce temple fut celui des dieux antiques, mais aujourd’hui les croyances qui l’ont fait naître ont disparu et pourtant nous pensons encore à cette force. Nous sentons encore sa part sacrée.

Il y a comme le disait Malraux, il y a près de soixante ans ici même, il y a une Grèce secrète qui repose dans le cœur de tous les hommes d’Occident.

(…)

« Nous devons nous réapproprier notre patrimoine »

Je veux que dans les propositions que nous ferons, dans cette feuille de route à dix ans, nous retrouvions de l’audace, de l’ambition profonde pour que cette Europe de la culture, de la connaissance, du partage des langues soit profondément refondée. Il nous faut aussi une Europe du patrimoine. Je parlais de l’Acropole dont la restauration et le nouveau musée ont eu un prix élevé. Tout ce qui incarne notre passé commun – art grec, art romain, art médiéval, du baroque au classique – tous ces édifices, toutes ces œuvres sont la substance même de notre mémoire et de notre être.

Les protéger et les faire vivre doit être une préoccupation de tous les Européens. Lorsque la civilisation est attaquée, elle est attaquée dans la culture, dans son patrimoine. Regardez partout au Proche-Orient, au Moyen-Orient ou en Afrique ! Et donc ce patrimoine, nous devons le défendre, le porter, le réinventer, nous le réapproprier parce qu’il est notre identité et notre avenir !

(…)

Regardez l’heure que nous partageons, c’est ce moment dont Hegel parlait, ce moment où la chouette de Minerve s’envole, il est délicieux ce moment parce qu’il a quelque chose de confortable et de rassurant. La chouette de Minerve porte la sagesse mais elle regarde toujours derrière. Ne vous arrêtez pas à la chouette de Minerve, ayez cette ambition folle à nouveau de vouloir une Europe plus forte, plus démocratique, refondée par sa culture et ce qui nous unit ! Je vous demande à vous, et en particulier à vous, jeunesse d’Europe, d’avoir cette ambition extrême peut-être un peu folle !

Sur le même sujet Macron esquisse à Athènes sa relance de l’Europe

Ce que nous espérons est entre nos mains ; désirons-le ensemble pour nous et pour nos enfants ! Alors je vous le promets, nous réussirons ! Suivons en cela les paroles du poète Georges Séféris et je le cite : “Et quand on cherche le miracle, il faut semer son sang aux quatre coins du vent car le miracle n’est pas ailleurs mais circule dans les veines de l’homme.” Alors donnons une chance à ce miracle ensemble pour notre Europe ! »

Mentions légales Données personnelles Conditions générales Source : http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2017/09/08/emmanuel-macron-notre-generation-peut-choisir-de-refonder-l-europe-maintenant_5182727_3232.html?xtref=https://www.google.fr/

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Actualités : Victor Hugo (1/4) « Solitaire, solidaire » 18/09/2017 France Culture

Proposé par La Compagnie des auteurspar Matthieu Garrigou-Lagrange « émission du lundi au jeudi de 15h à 16h – Photo : Portrait photographique de Victor Hugo publié dans la revue illustrée Galerie contemporaine, littéraire, artistique qui faisait partie d’une série publiée par Goupil & Cie. (1876) • Crédits : Etienne Carjat (Source : Wiki)

Comment écrire la vie, ou plutôt les vies, d’un homme tel que Victor Hugo ? Sa vie se mêle intrinsèquement à son œuvre très diverse, ainsi qu’aux événements historiques desquels il fut le contemporain. Jean-Marc Hovasse nous raconte le grand homme du XIXe siècle, sous le masque de la légende.

Jean-Marc Hovasse est agrégé et docteur ès lettres et directeur de recherche au CNRS. Spécialiste de Victor Hugo, il est l’auteur de plusieurs essais et commentaires sur son œuvre. Les deux premiers tomes de la biographie qu’il lui consacre sont parus en 2001 et 2008 chez Fayard. Le troisième tome, Après l’exil (1870-1885), devrait paraître prochainement.

A 15h30, c’est la chronique de Jacques Nerson, critique de théâtre et journaliste pour l’Obs.

A 15h55, Jacques Bonnaffé présente la poésie de François Gibault.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE : Ouverture : Panama de The Avener (Capitol) Fin : Dwaal, de Holy Stays (Something in Construction)

MUSIQUE CHRONIQUE : Self portrait de Chilly Gonzales (Gentle threat).

Source ; https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/victor-hugo-14-solitaire-solidaire

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 23/09/2017

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Politique Histoire (Re) penser la paix pour panser l’Europe Partie 2 Rôle de Victor Hugo pour la paix en Europe.6

Mis en ligne par Pascal Paquin de Yonne Lautre, un site d’information, associatif et solidaire(Vie du site & Liens), un site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti,

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